Cyclotourisme en Pyrénées catalanes

J’ai le plaisir de vous présenter ici le récit de mon voyage à vélo en Pyrénées catalanes, côté Espagne

  - Alain Postic -

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Dimanche 31 Août 2014 – de Targasonne à Soldeu (62 Kms)

007_col de Puymorens

 

La météo exécrable de ce mois d’Août me donnait quelques inquiétudes sur le temps que me réservait cette première semaine de Septembre pour mon voyage à vélo en Pyrénées catalanes. Les Dieux de la météo me prédisent finalement une belle semaine ensoleillée. Miracle !

 

Je parts du petit village de Targasonne, près de Font Romeu. Un petit détour vers la centrale solaire Thémis toute proche s’impose. Le site est visible de loin par la tour de 100 m de haut sur laquelle se concentrent les rayons solaires provenant des miroirs mobiles placés au sol.

La Cerdagne est la région avec l’ensoleillement maximal en France. Ceci, combiné avec l’altitude, explique l’implantation de centrales solaires sur ce site ainsi qu’à Odeillo et Mont-Louis. Ces centrales sont davantage orientées vers la recherche que vers la production.

Pour éviter la route principale, je choisis la route de Estavar qui descend dans la vallée de Cerdagne. Je suis toujours très attentif, voire inquiet, pour tout ce qui pourrait grincer, couiner, frotter, craquer au cours des premiers kilomètres. J’entends quelques craquements au moyeu avant que j’ai démonté, graissé, resserré avant le départ. Et si j’avais trop serré le roulement ? Une petite gêne au genou me rappelle des souvenirs de tendinite. J’ai changé de chaussures au dernier moment. Et si l’épaisseur de la semelle ne demandait pas un réglage de la hauteur de selle ?

J’espère que tout çà n’est que mauvaise inquiétude.

Je passe rapidement la ville de Llivia dans cette enclave espagnole en territoire français.

A Ur je rejoins la nationale 20. La circulation automobile est raisonnable pour l’instant.

Ça monte tranquillement. Après le village de Latour de Carol, je fais une petite visite des 2 tours, vestiges du château de Carol, élément défensif de la Cerdagne.

Le tunnel du Puymorens est malheureusement fermé pour travaux, ce qui promet une circulation plus intense par la route du col. Le dénivelé augmente après Porté Puymorens où on commence à voir la route en lacets. Les choses sérieuses commencent, physiquement parlant, il est temps de passer sur le petit plateau.

Une petite collation s’impose car il est déjà midi et je ressens un manque d’énergie pour arriver au col.

Une fois arrivé, je préfère entamer la descente pour trouver un endroit convenable pour déjeuner, le sommet étant un peu trop exposé au vent.

Je ne trouve pas ce qui conviendrait avant la jonction avec la route qui vient d’Ax Les Thermes en charriant son lot de véhicules à destination des temples de la consommation du Pas de la Case et d’Andorre.

Au détour d’un virage, un parking en retrait permet de s’éloigner de la route bruyante. La pollution sonore des véhicules est masquée par l’écoulement d’un torrent et le tintement des cloches d’un troupeau de vaches.

Quel contraste entre ces véhicules bruyants et énergivores, symboles de la civilisation moderne éphémère et cette nature proche, si calme, si reposante, symbole d’éternité.

Le chemin vers le Pas de la Case est vraiment perturbé, pollué par le flot intensif de la circulation.

Je m’arrête pour quelques photos de cette ville frontalière d’Andorre vouée au commerce de produits détaxés.

Je regarde au loin la montagne pour ne pas trop voir toutes ces constructions et cette route large dédiée à la voiture

La circulation diminue après la ville aux magasins. Tant mieux pour moi cycliste car plus l’effort est intense, et il l’est vraiment par ici, plus les risques d’écart de trajectoire sont importants et dangereux.

Mon 30x32 n’est pas de trop pour appréhender ces longues lignes droites pentues et ne pas trop solliciter mon organisme en cette première journée. Des panneaux indiquent des 6-7 %  dans cette montée vers le port d’Envalira. En dépit du soleil il ne fait pas bien chaud. La transpiration qui se refroidit sur le ventre commence à me faire mal à l’abdomen. Le remède est connu, se couvrir d’avantage pour éviter le refroidissement.

Le col, dernier obstacle de la journée est atteint après une grosse dépense d’énergie. On monte quand même à 2409 mètres, ce qui en fait le plus haut col routier des Pyrénées. Arriver si haut dès le premier jour a été faisable car mon point de départ était déjà situé à 1600 mètres.

Une température très fraîche, des nuages bas qui avancent, une terrasse de bar déserte, une station service, rien ne m’incite à passer du temps ici. Il me reste à me laisser glisser vers Soldeu, village, station de ski, accroché à la pente vers la ville d’Andorra la Vella.

Je ne repère pas au premier passage l’hôtel Bruxelles où j’ai réservé. Je descends jusqu’au bout du village. Vu la pente et l’étalement de ce village, l’effort pour remonter est loin d’être négligeable. Il n’est que 17heures et me voilà déjà arrivé, mais cette première journée m’a demandé de gros efforts.

Ici, en principauté d’Andorre on peut manger à partir de 19 heures et le personnel parle Français. L’Espagne c’est pour demain.

 

Lundi 1er septembre – de Soldeu à Tuixent (90 kms)

014_OrdinoJe continue ce matin la descente entamée hier, bien couvert, vu la fraîcheur matinale. Je retrouve donc cette route en direction d’Andorra La Vella, très large, prévue pour absorber le trafic intense des officionado de la consommation et des sports d’hiver. Ce matin je ne suis pas gêné par la circulation. Une bande latérale me permet de me mettre un peu à l’écart des voitures.

Bien que la route ne soit pas adaptée au cyclotourisme, quelques sites intéressants s’offrent au voyageur, églises, cascade de Les Moles. Les 7 kms de descentes jusqu’à Canillo sont vite avalés.

Pour éviter le centre ville d’Andorra et surtout pour quitter la route principale et découvrir autrement la Principauté, je bifurque en direction du col d’Ordino. Immédiatement la route s’élève et je sens que c’est un bon choix de passer par là au vu des lacets que j’aperçois au flanc de la montagne. Oui, j’aime bien les petites routes qu’on monte par paliers. L’itinéraire est d’ailleurs classé « cyclotouristique » par la signalisation. Très vite je domine la vallée que je viens de quitter. La pente sévère justifie le 30x32, mais je suis en pleine forme. Heureusement que j’ai changé mes pignons avant de partir, ajoutant ce 32 dents qui me permet d’appréhender plus tranquillement les forts pourcentages. En vieillissent on perd des dents d’un côté et on en rajoute de l’autre.

Moins puiser dans les réserves physiques permet à l’esprit de mieux jouir de l’environnement.

Les paysages sont ici jubilatoires dans la belle lumière du matin, vues lointaines sur les montagnes, prés éclatants de verdure, bas côtés fleuris.

C’est là que je mesure vraiment le privilège d’être à vélo, de faire corps avec cette nature grandiose, ayant tout le loisir de m’arrêter quand bon me semble pour contempler et photographier. Oui, j’en prends plein les yeux, je suis en extase, presque déçu de voir arriver le col.

Ici fleurit une grande variété de plantes, magnifiant cette halte.

Je rencontre deux randonneurs français qui font une portion de la traversée Ouest-Est de la chaîne pyrénéenne, autre expérience intéressante.

Après une bonne collation de pain enduit de pâte de noisette au chocolat revitalisante, je m’élance dans la descente. J’atteints rapidement les premiers villages qui dominent la grande ville. Je trouve les constructions plutôt élégantes, bien intégrées dans le paysage.

Très vite la circulation auto augmente à l’approche de la capitale de la Principauté que je ne peux pas éviter.

En pleine ville je croise un tracteur avec sa remorque remplie de feuilles de tabac. J’avais aperçu quelques parcelles de cette culture, jusque dans la zone urbaine. Il semble qu’on puisse cultiver le tabac dans son jardin.

Mon expérience de cycliste urbain parisien m’est ici utile pour affronter le trafic bien dense. La traversée est un peu longue et pénible, mais je sors assez vite de la ville pour une entrée en Espagne. Je rejoins là la route principale quittée ce matin, mais c’est assez calme et je roule à nouveau en sécurité sur le bas-côté qui vaut une bonne piste cyclable.

J’atteints rapidement Séo de Urgell. Au centre ville je me ballade un peu dans les rues ombragées où se tient un grand marché. Je ne trouve pas les fruits que je recherche et que j’aurais bien appréciés pour me rafraîchir, vu l’heure et la chaleur. Il est près de 14 heures et je n’ai toujours pas trouvé l’endroit pour m’installer.

Je quitte donc la ville par la petite route qui me conduira dans la montagne. Je sais que la montée sera longue et que le plein d’énergie est indispensable avant d’attaquer l’ascension.

L’entré ombragée d’un champ m’accueillera le temps du repas. Quelques noix cueillies sur l’arbre complèteront agréablement le repas.

Comme il me reste encore près de 40 kms bien ardus, la sieste sera pour un autre jour.

A 15h il fait une fournaise du diable, mais pas le choix, il faut bien y aller.

Je monte doucement en moulinant et trouve ainsi un peu d’air pour avancer, bien remonté après la pause repas. Encore une fois, je fais le constat que c’est le moral, l’envie d’aller de l’avant qui est le moteur principal du plaisir. Même dans cette forte chaleur, sur des pentes importantes, je suis heureux d’avancer car mon corps revitalisé répond bien et que j’accepte le temps tel qu’il est. Quelle satisfaction, quelle jouissance tout de même de trouver rapidement des zones ombragées dans cette belle et exigeante ascension. Elle pourrait être qualifiée de dure, vu la chaleur et les pourcentages mais aujourd’hui pour moi elle est magnifique parce que tous les paramètres pour qu’il en soit ainsi sont réunis.

Je traverse des villages pittoresques endormis, pas âme qui vive sur mon chemin.

Le col de la Trava n’est toujours pas en vue, mais pas de problème, tout va bien. C’est le genre de route dont je ne suis pas pressé de voir le bout. Chaque instant doit être apprécié.

Bientôt j’aperçois loin dans la vallée Seo de Urgell que j’ai quitté en début d’après-midi. Je mesure le chemin parcouru. Encore quelques kms après ce point de vue, et me voilà aux 1480 m du col de la Trava. Et là je vois passer l’unique cycliste aperçu de l’après-midi.

Encore de nombreux arrêts photos dans cette magnifique descente. Je fais un peu abstraction du temps qui passe, certain d’arriver à destination à une heure raisonnable, certain de trouver le gîte réservé.

Et il y a des belles choses à voir, surtout que le soleil déclinant magnifie les couleurs.

Au village de Adraén je trouve par miracle la seule fontaine de l’après-midi alors que je commençais à tirer la langue, les bidons vides. Tout vient à point certains jours bénis. Impossible de ne pas capturer les images de ces villages perchés illuminés par les rayons solaires du soir. C’est grandiose.

Que fait là cette barque de pêcheur dans un potager de montagne ? Mystère qui fait travailler l’imagination.

Tuixent est maintenant en vue, baignées par les derniers rayons de l’astre solaire. Il est près de 20h30, je suis arrivé, les yeux éblouis. Le projecteur s’éteint progressivement. Belle journée, beau spectacle. 

 

Mardi 2 Septembre de Tuixent à Borreda (82 kms)

068_BorredaSi la journée se passe normalement, j’ai dès le matin programmé une sieste à la mi-journée car j’ai peu dormi cette nuit. Je suis tombé de sommeil à 21h30 après l’excellent repas concocté et servi par Irene la patronne de Cal Faragetes. Soupe de courgettes, puis crudités et un plat de haricots plats cuisinés avec un jambon de pays. Cela eut bien fait mon affaire mais ensuite arriva une grosse cuisse de poulet rôtie accompagnée de pomme de terre. Bien que n’ayant plus vraiment faim, j’ai dégusté cette viande fondante. Est-ce ce repas copieux pas raisonnable et bien arrosé qui me fit me réveiller à 1h du matin et ne plus me rendormir ou sont-ce les cloches de l’église qui égrènent jusqu’au quart d’heure ? J’en ai profité pour écrire le récit de la veille.

Le petit déjeuner est bien copieux également avec charcuteries et un yaourt de chèvre de pays vraiment délicieux.

Le soleil illumine le haut du village quand je prends le départ. A peine 1 Km plus loin, je sens ma roue arrière dégonflée. Pas de doute, c’est une crevaison. Ça ne m’était pas encore arrivé pendant ma semaine de voyage à vélo estivale que je fais maintenant pour la 6éme année consécutive. Un changement de chambre à air, et c’est reparti.

Ce matin je monte vers le col de Port. C’est une route agréable, bien que le regard ne porte pas souvent bien loin. Le chemin passe la plupart du temps dans une forêt de pins. La vue de Tuixent en contrebas montre une progression rapide en altitude. Il fait déjà bien chaud. J’aperçois au loin par certaines trouées dans la végétation, une montagne aride, pelée. Au col je découvre le gîte où j’avais envisagé de séjourner avant de choisir l’hébergement de Tuixent. Bien m’en a pris car il m’eut été bien laborieux de faire cette montée en fin de journée.

Et en avant pour la descente en direction de Sant Llorenç de Maronys. Ça fait du bien de se laisser glisser doucement après les efforts de la montée. Pas ici de paysages spectaculaires mais quelques occasions de pauses photo. Ici une ferme perdue, des pitons rocheux immenses, fendus par un cours d’eau.

En pause casse-croûte, je vois passer un groupe de cyclistes, le nez dans le guidon, accompagnés de leur voiture suiveuse. Les pauvres !

L’église du village de La Coma se détache harmonieusement bien sur un fond montagneux de couleurs dégradées.

Après l’arrivée dans la province de Guixers, j’aperçois rapidement la ville de Sant Llaurenç entourée de sommets spectaculaires en dents de scie. En ville je trouve un jardin public bien vert et ombragé pour la pause de la mi-journée et la sieste attendue.

Les eaux turquoise du barrage qu’on longe après la sortie de la ville donnent l’occasion de belles prise de vues.

La route vers Berga n’est pas de tout repos, successions de montées et descentes où je croise quelques camions de taille impressionnante sur cette route de montagne. La circulation n’est cependant pas trop gênante sur ce parcours.

Tiens, j’aurais bien fait une halte pour me désaltérer à cette terrasse de bar en bord de route en pleine campagne. L’endroit est attirant pour le voyageur, un ruisseau coule derrière la maison. C’est malheureusement fermé en ce milieu d’après-midi. J’aurais également bien fait le plein d’eau. Ce sera pour Berga.

Un panneau m’informe que le col de la Mina est bien ouvert. Tiens donc, il me reste un col à franchir ? Je l’avais un peu oublié, imaginant déjà être bien monté sur le chemin parcouru. Bien qu’ayant imprimé lors de la préparation du voyage le dénivelé de chaque étape, je ne le consulte pas souvent, préférant généralement la découverte au fil de l’eau.

Le col de la Mina me mine quand même un peu le moral, mais il faut aller au charbon.

Un nouveau décor de roches rougeâtres me permet tout de même de me distraire la vue, de rompre la monotonie et de moins me focaliser sur l’effort physique.

Au détour d’un virage apparaît la ville de Berga en contrebas de ma route. C’est encore raté pour le ravitaillement en eau car le détour par la ville en contrebas me demanderait un détour trop exigeant en énergie. En avant donc en direction de Borreda, village étape de ce soir.

Un nouveau plan d’eau artificiel m’offre l’occasion d’une petite pause rafraîchissante. C’est également l’occasion de cueillir et déguster quelques mûres pour compenser les pertes en sucres.

En cette fin de journée,  l’éclairage rasant amplifie la beauté des paysages. Je prends donc mon temps pour contempler ces belles compositions naturelles, ce ciel coloré chargé de nuages..

Voilà l’entrée de Borreda. Il reste ensuite encore une montée de 3 kms. J’arrive donc au soleil couchant, beau spectacle, belle fin de journée.

Le gîte ne proposant pas  de repas du soir, je me contente largement d’un gratin dauphinois aux 3 fromages lyophilisé de chez le Vieux Campeur, la nuit tombée, sur la terrasse au bruissement des insectes, tintement lointain de cloches de vaches, hululements réguliers d’une chouette.

La superbe chambre donne directement sur la terrasse, ce qui me permet de rentrer le vélo sur la proposition de mon hôte, le risque de pluie n’étant pas exclut pour cette nuit.

 

Mercredi 3 Septembre – De Borreda à Olot (72 Kms)

089_têtéeFraîcheur et belle lumière matinale, petite route sinueuse en petites montées, silence humain, chant des oiseaux, bruits de troupeaux, tout cela rend un cyclotouriste heureux. Le ciel est un peu couvert, brumeux, la distance est limitée aujourd’hui, voilà des conditions propices à la réflexion sur le sens de mes voyages à vélo.

Le fait de voyager seul permet de vivre plus intensément les relations avec le terrain, la nature environnante. Cependant j’ai un désir de partager, de témoigner de cette expérience par le récit et les photos. Je ne suis pas assez fort pour vivre pleinement et exclusivement ces moments présents. J’ai pu le constaté l’année dernière quand mon appareil photo est tombé en panne. Il me manquait quelque chose d’important, une béquille.

Vers le village d’Alpens, le changement de versant permet de découvrir les montagnes de l’après-midi. Sur la place sont érigées de magnifiques sculptures en fer forgé sur le thème de la musique. J’ai cru comprendre qu’il y a près d’ici des forges réputées.

Dans la descente vers la vallée, le vert tendre des acacias embellit le bord des routes.

A Sant Quirze de Besora je trouve sur ma route une petite supérette qui vend entre autres des fruits frais. J’en avais rêvé, me voilà reparti avec du raisin, des pêches et autres victuailles. Çà fait quelques kilos en plus qu’il vaut mieux transformer en énergie vitale au plus tôt car ici j’attaque les sommets de la journée. Après quelques virages j’aperçois un endroit qui me semblerait convenir pour manger ces fruits. Miracle, j’y trouve un improbable point d’eau que je ne vois jamais d’habitude. L’idéal pour laver mes fruits et m’installer pour mon grand repas. Cet endroit est sacré, la présence d’une croix  indique que d’autres que moi l’on déjà constaté. La vue est imprenable, la ville et son église en bas, la montagne qui m’attend en haut. Il y a des circonstances où je serais tenté d’admettre que Dieu existe. D’ailleurs, au cas où ce serait le cas, je fais une prière au moment de quitter l’endroit et attaquer les 20 kms à priori de rude ascension. Mais grâce au ciel, les nuages me préservent de la chaleur. Grâce vous soit rendue, Sant Quirze et Santa Maria de Besora.

Voilà justement ce charmant village de Santa Maria, au détour d’un virage. Comme souvent apparaît  l’image de la vie rurale paisible, l’église entourée des vieilles maisons de pierres, un troupeau de vaches qui paissent en contrebas, le tout sur un fond majestueux de montagnes.

Jusqu’au village de Vidra la pente se laisse gravir progressivement, sans beaucoup forcer.

Ce chemin que j’ai choisi pour aujourd’hui est en quelque sorte un raccourci champêtre, alternative à la route normale en direction d’Olot. Jusqu’à Vidra je suis encore un peu inquiet sur la possibilité de continuer cle chemin perdu qui passe par la montagne. Et si la route était coupée ? Et si j’avais mal jugé de l’état de la chaussée sur Google Street ? Ouf, déjà je trouve bien un panneau sur la place du village qui  indique Olot. C’est encore à 30 kms et la signalisation routière précise que la vitesse est limitée à 30 km/h sur l’intégralité du parcours.

Çà me convient bien !

J’en comprends vite la raison, vu l’étroitesse, l’état du revêtement et le tracé de ce qui ressemble beaucoup à une route forestière. C’est une de ces routes de bonheur cyclotouristique. On commence par longer un cours d’eau apaisant. Il faut passer quelques grilles placées sur la chaussée pour empêcher le passage des animaux. Au fur et à mesure de la montée, le chemin devient de plus en plus forestier et la pente de plus en plus raide, avec des passages entre 10 et 15 % d’après Openrunner. Heureusement que je suis en pleine forme et mon braquet 30x32 me permet de monter ces murs qui se dressent sur mon passage sans mettre le compteur cardiaque dans le rouge. Mais je vous assure, il faut appuyer de tout son corps sur les pédales et zigzaguer pour tenter d’atténuer la déclivité.

Ce qui aurait pu être infranchissable, une galère avec des braquets inadaptés, un problème physique, le mauvais temps trop chaud ou de pluie orageuse est aujourd’hui pour moi le pur bonheur que j’avais recherché en traçant ce parcours hors normes.

Je n’arrête pas de faire des poses photo, sachant que la distance modeste de 60 Kms pour la journée m’autorise à flâner.

Quand je sors des bois de feuillus magnifiques, je trouve ces pâturages  fleuris d’altitude où paissent les troupeaux de bovins qu’on entend avant de voir. Je passe pas mal de temps à capturer des images de ces paisibles ruminants que je trouve bien photogéniques.

Là haut, il n’y a pas vraiment de col. Après la sévère montée vient une succession de toboggans. Ensuite c’est la plongée sur le versant opposé.

Les pourcentages sont encore plus prononcés de ce côté, supérieurs à 15%. La vue sur la région volcanique de Olot est grandiose. Dommage que je n’ai pas le temps de consacrer une journée à faire une balade dans ce parc naturel de la Zona Volcanica.

Je suis cabré sur les freins. Pour me soulager les poignets mis à rude contribution, je fais une pause. Je me rends compte que les jantes sont brûlantes et les pneus sur gonflés par la chaleur.

A peine ai-je fait cette constatation que le pneu arrière déjante en une explosion, tel un coup de fusil dans les bois, chambre à air ouverte sur 10 cms.

Je crois que les prières aux saints et saintes locaux m’ont préservé d’un accident aujourd’hui. J’ose à peine imaginer ce qu’aurait donné l’éclatement imminent en roulant.

Je n’en mène pas large alors qu’il reste encore des descentes vertigineuses à passer. Je baisse par précaution la pression des pneus, rendant du coup le vélo assez instable. Il faut faire ce choix si je ne veux pas éclater une deuxième chambre et me retrouver sans matériel de rechange pour les jours à venir.

Bien que la distance du parcours était la moins longue de la semaine, j’arrive à Olot vers 20 heures. Bien qu’ayant pris soin d’imprimer un plan de la ville, je ne trouve pas mon hôtel. J’erre près d’une heure dans cette ville que je n’imaginais pas si étendue avant de trouver mon hébergement, la nuit tombée.

 

Jeudi 4 Septembre – de Olot à Castellar (70 Kms)

105_Vallfogona de RipollesJe ne parts pas de bonne heure à cause d’un petit déjeuner qui se fait attendre et que je prends le temps de savourer une fois servi.

La journée commence par une longue montée de 15 kms pour grimper de 700m. La route est rectiligne et monte régulièrement. Je pédale à un rythme de métronome entre 7 et 8 km/h. Il m’arrive souvent de regarder mes pieds tourner plutôt que les longues lignes droites sans fin. Les points de vue intéressants sont assez rares.

Quand je m’arrête et me retourne, je suis souvent impressionné par ce que je viens de monter sans grande difficulté.

La descente, après les cols de Coubet et de Canes, est plus pittoresque que la première partie.

On longe une belle vallée avec de nombreux pâturages en terrasses dominés par un versant boisé. La pente modérée ne nécessite pas beaucoup de freinage et je peux me laisser aller tranquillement. En général je ralentis dès que j’atteints les 40Km/h.

Bien que les nuages restent accrochés aux sommets, le soleil fait de belles apparitions, illuminant par intermittence le paysage.

Je fais mon arrêt de midi à Vallfogona de Ripollès. Je m’installe sur la magnifique place du village médiéval. Cette place entourée de vielles bâtisses est bien reposante. Je vois plus de chats que d’habitants.

Dans la plupart des villages et villes flottent des drapeaux catalans. On peut voir sur les murs également beaucoup d’inscriptions politiques en faveur de l’indépendance de la province.

Je traverse la ville de Ripoll rapidement pour continuer mon chemin. Après une courte portion de route à grande circulation, je retrouve une voie accueillante pour les cyclos.

Je trouve plus tôt que je ne l’avais prévu une route pour Castellar de n’Hug, juste après le village de Gomprèn.. Et là, changement de braquet obligatoire, tout à gauche sur le 30x32 car on attaque la chaîne pyrénéenne de front, plein nord.

Le temps devient menaçant. Le tonnerre gronde au loin et les nuages roulent sur les sommets.

Comme je ne suis plus loin de l’arrivée, je musarde, prenant le temps de cueillir quelques mûres et prendre des photos.

Quand il commence à pleuvoir, j’enfile mes vêtements imperméables pour les retirer quelques minutes plus tard, fausse alerte.

A l’approche de Castellar, une terre rouge parsemée de plantes vertes présente un décor surprenant, original.

Alors que je suis occupé derrière mon appareil photo, l’orage éclate soudain. J’ai juste le temps d’attraper mes vêtements de pluie préparés sur le porte-bagages et de me mettre un tant soit peu à l’abri d’un arbre. La pluie violente dévale après quelques minutes la route et les bas-côtés sous mon abri de fortune. J’attends la fin de la grosse averse en évitant le ruissellement de l’eau dans mes chaussures.

Heureusement que la perturbation ne dure qu’une dizaine de minutes, me permettant de repartir vers le village que j’apercevais déjà avant l’arrêt forcé.

Ce temps chaotique est propice aux belles photos, avec un ciel sombre, des percées lumineuses, des nuages qui enveloppent les sommets, une atmosphère purifiée.

L’éclaircie me permet de visiter tranquillement l’extraordinaire village de Castellar avec ses anciennes constructions au pied des falaises. C’est le plus haut village de Catalogne à 1450 m.

Au gîte La Closa j’apprends que je suis ce soir le seul occupant. J’ai donc un dortoir de 3 pour moi tout seul.

Depuis plusieurs heures que je suis maintenant arrivé, le ciel a ouvert les vannes en grand. C’est le déluge dans le vacarme de l’orage. J’apprécie bien d’être confortablement installé à l’abri. J’espère que çà ira mieux demain, que les réserves célestes auront été vidées.

 

Vendredi 5 Septembre  - De Castellar à Targasonne (70 Kms)

118_vers CastellarQuel contraste dans ces mêmes paysages entre le passage orageux d’hier soir et ce temps lumineux de ce matin. La brume comble les vallées, les massifs projettent leurs ombres. La terre rouge contraste avec les verts de la végétation et le bleu du ciel.

Ciel clair, lumière magique du matin, bruit de cascade, beuglement de vaches dans l’immensité des pâturages d’altitude, multiples orchestres de cuivre bovins jouant leurs symphonies pastorales, tout cela inciterait à rester là à écouter et regarder. Surtout ne pas aller trop vite. Je rigole, je jubile. Chaque avancée est un ravissement, une sensation de plénitude. Quelle divinité, quel principe suprême est à l’origine de ce décor, de cette harmonie, de cette sensation de vibrer avec son environnement ? 

Ce parcours est un des plus beaux parmi ceux que j’ai fait à vélo. De quel côté que l’on dirige la vue, les reliefs sont mis en valeur par la lumière du soleil encore bas.

En photographiant des fleurs de chardons je prends conscience du plein de vie sur ces fleurs, dans ces herbes. Le petit monde des abeilles, bourdons, papillons, criquets et autres insectes grouille de vie et quand on prend le temps d’observer on se rend compte que la beauté du microcosme égale celle des paysages plus accessible  au voyageur.

La nature ne sait plus quoi inventer pour me ravir la vue. Après l’orage d’hier soir, le ciel uniformément bleu du début de matinée, voici près du sommet les nuages bas cotonneux qui roulent, cachent et recachent les sommets.

Le col de La Creueta est annoncé à 1888 m. Malgré les nuages de plus en plus abondants à l’approche du sommet, j’ai la surprise, une fois passé sur l’autre versant de constater que le beau temps est toujours là.

C’est l’heure du dernier pique-nique. Je choisis la meilleure place, une vue panoramique avec musique champêtre en fond sonore.

Les troupeaux de vaches et chevaux m’inspirent inlassablement comme sujets photographiques.

Je rejoins bientôt les stations de ski de La Molina et Massela. La descente vers la plaine de Cerdagne est grisante mais je pense encore à l’éclatement de ma chambre à air il y a 2 jours. Je reste donc bien prudent.

La ville du Puigcerdá ressort admirablement du paysage d’altiplano sous le projecteur solaire. Je préfère éviter la ville. Ça me fait moins de route à grande circulation, moins de difficultés à m’orienter et moins de dénivelé en restant sur le versant de la montagne, en passant par Queixans, Vilallobent et Palau de Cerdagne. Ces petites routes à flanc de montagne sont bien agréables à parcourir à vélo. La moisson n’est pas encore terminée en ce début septembre sur ce haut plateau à 1200m d’altitude.

Je ne peux malgré tout éviter de rejoindre la route à grande circulation vers Saillagouse.

A l’entrée de la ville, je prends la direction de Estavar. Après le village j’attaque les 5 derniers kilomètres d’ascension vers Egat-Font Romeu. C’est là que me surprend une averse orageuse.

Voyant arriver les gros nuages, j’avais pris la précaution de sortir le parapluie. Au moins je ne l’aurai pas transporté pour rien.

L’esprit s’imaginant déjà en haut, le corps a un peu de mal à avaler ces 400 m de dénivelé. Allez, je m’offre un dernier arrêt pour reprendre quelques forces avec un sandwich à la pâte chocolat-noisette.

Le ciel est bien menaçant jusqu'à Targasonne, m’offrant une dernière occasion de photo de beaux nuages.

 

Au terme de ce voyage, si je devais recommander trois parcours cyclotouristiques exceptionnels dans ces Pyrénées catalanes, ce serait la route de Castellar de n’Hug ,le chemin entre Sant Quirze de Besora et Olot par Vidra et le parcours entre La Seu d’Urgell et Sant Llorenç de Morunys par Tuixent.