Bicyclette sans frontière par MDB Vallée de Montmorency

19 août 2015

Grand Tour du Vexin Français 16 août 2015 - par Jean-Jacques

Jean-Jacques nous emmène faire un grand tour dans le Vexin français. Récit, conseils, impressions, photos et carte, Jean-Jacques nous livre tous ses secrets.

« J’avais envie de revoir La Roche Guyon alors hier, dimanche 16 août, j’ai décidé de faire un grand tour par Pontoise, Meulan, La Roche Guyon, Gisors et, car je me sentais en forme, Amblainville puis Valmondois car en rentrant de balade, je n’aime pas faire les derniers kilomètres entre Méry sur Oise et Enghien les Bains... »

Lisez la suite sur son blog => http://meisseljj.unblog.fr/2015/08/17/grand-tour-du-vexin-francais/

Carte_tour_du_vexin

Vue_depuis_la_cote_La_Roche_Guyon

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17 novembre 2014

Nouvelle randonnée en pays d'Apt avec Jean-Jacques Meissel (nov 2014)

Jean-Jacques a récidivé et nous fait partager ses souvenirs de sa randonnée de novembre 2014, cinq jours de cyclotourisme en pays d'Apt.

Pour cela, rendez-vous sur son blog :

http://meisseljj.unblog.fr/2014/11/15/randonnee-en-pays-dapt-5-jours-en-nov-2014/

Rando Apt 2014

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28 septembre 2014

Cyclotourisme en Pyrénées catalanes

Cyclotourisme en Pyrénées catalanes

J’ai le plaisir de vous présenter ici le récit de mon voyage à vélo en Pyrénées catalanes, côté Espagne

  - Alain Postic -

Pour accéder à l'album photos, cliquer ici ........Voir les Photos

Pour visualiser le parcours, cliquer ici .....Voir le parcours

 

Dimanche 31 Août 2014 – de Targasonne à Soldeu (62 Kms)

007_col de Puymorens

 

La météo exécrable de ce mois d’Août me donnait quelques inquiétudes sur le temps que me réservait cette première semaine de Septembre pour mon voyage à vélo en Pyrénées catalanes. Les Dieux de la météo me prédisent finalement une belle semaine ensoleillée. Miracle !

 

Je parts du petit village de Targasonne, près de Font Romeu. Un petit détour vers la centrale solaire Thémis toute proche s’impose. Le site est visible de loin par la tour de 100 m de haut sur laquelle se concentrent les rayons solaires provenant des miroirs mobiles placés au sol.

La Cerdagne est la région avec l’ensoleillement maximal en France. Ceci, combiné avec l’altitude, explique l’implantation de centrales solaires sur ce site ainsi qu’à Odeillo et Mont-Louis. Ces centrales sont davantage orientées vers la recherche que vers la production.

Pour éviter la route principale, je choisis la route de Estavar qui descend dans la vallée de Cerdagne. Je suis toujours très attentif, voire inquiet, pour tout ce qui pourrait grincer, couiner, frotter, craquer au cours des premiers kilomètres. J’entends quelques craquements au moyeu avant que j’ai démonté, graissé, resserré avant le départ. Et si j’avais trop serré le roulement ? Une petite gêne au genou me rappelle des souvenirs de tendinite. J’ai changé de chaussures au dernier moment. Et si l’épaisseur de la semelle ne demandait pas un réglage de la hauteur de selle ?

J’espère que tout çà n’est que mauvaise inquiétude.

Je passe rapidement la ville de Llivia dans cette enclave espagnole en territoire français.

A Ur je rejoins la nationale 20. La circulation automobile est raisonnable pour l’instant.

Ça monte tranquillement. Après le village de Latour de Carol, je fais une petite visite des 2 tours, vestiges du château de Carol, élément défensif de la Cerdagne.

Le tunnel du Puymorens est malheureusement fermé pour travaux, ce qui promet une circulation plus intense par la route du col. Le dénivelé augmente après Porté Puymorens où on commence à voir la route en lacets. Les choses sérieuses commencent, physiquement parlant, il est temps de passer sur le petit plateau.

Une petite collation s’impose car il est déjà midi et je ressens un manque d’énergie pour arriver au col.

Une fois arrivé, je préfère entamer la descente pour trouver un endroit convenable pour déjeuner, le sommet étant un peu trop exposé au vent.

Je ne trouve pas ce qui conviendrait avant la jonction avec la route qui vient d’Ax Les Thermes en charriant son lot de véhicules à destination des temples de la consommation du Pas de la Case et d’Andorre.

Au détour d’un virage, un parking en retrait permet de s’éloigner de la route bruyante. La pollution sonore des véhicules est masquée par l’écoulement d’un torrent et le tintement des cloches d’un troupeau de vaches.

Quel contraste entre ces véhicules bruyants et énergivores, symboles de la civilisation moderne éphémère et cette nature proche, si calme, si reposante, symbole d’éternité.

Le chemin vers le Pas de la Case est vraiment perturbé, pollué par le flot intensif de la circulation.

Je m’arrête pour quelques photos de cette ville frontalière d’Andorre vouée au commerce de produits détaxés.

Je regarde au loin la montagne pour ne pas trop voir toutes ces constructions et cette route large dédiée à la voiture

La circulation diminue après la ville aux magasins. Tant mieux pour moi cycliste car plus l’effort est intense, et il l’est vraiment par ici, plus les risques d’écart de trajectoire sont importants et dangereux.

Mon 30x32 n’est pas de trop pour appréhender ces longues lignes droites pentues et ne pas trop solliciter mon organisme en cette première journée. Des panneaux indiquent des 6-7 %  dans cette montée vers le port d’Envalira. En dépit du soleil il ne fait pas bien chaud. La transpiration qui se refroidit sur le ventre commence à me faire mal à l’abdomen. Le remède est connu, se couvrir d’avantage pour éviter le refroidissement.

Le col, dernier obstacle de la journée est atteint après une grosse dépense d’énergie. On monte quand même à 2409 mètres, ce qui en fait le plus haut col routier des Pyrénées. Arriver si haut dès le premier jour a été faisable car mon point de départ était déjà situé à 1600 mètres.

Une température très fraîche, des nuages bas qui avancent, une terrasse de bar déserte, une station service, rien ne m’incite à passer du temps ici. Il me reste à me laisser glisser vers Soldeu, village, station de ski, accroché à la pente vers la ville d’Andorra la Vella.

Je ne repère pas au premier passage l’hôtel Bruxelles où j’ai réservé. Je descends jusqu’au bout du village. Vu la pente et l’étalement de ce village, l’effort pour remonter est loin d’être négligeable. Il n’est que 17heures et me voilà déjà arrivé, mais cette première journée m’a demandé de gros efforts.

Ici, en principauté d’Andorre on peut manger à partir de 19 heures et le personnel parle Français. L’Espagne c’est pour demain.

 

Lundi 1er septembre – de Soldeu à Tuixent (90 kms)

014_OrdinoJe continue ce matin la descente entamée hier, bien couvert, vu la fraîcheur matinale. Je retrouve donc cette route en direction d’Andorra La Vella, très large, prévue pour absorber le trafic intense des officionado de la consommation et des sports d’hiver. Ce matin je ne suis pas gêné par la circulation. Une bande latérale me permet de me mettre un peu à l’écart des voitures.

Bien que la route ne soit pas adaptée au cyclotourisme, quelques sites intéressants s’offrent au voyageur, églises, cascade de Les Moles. Les 7 kms de descentes jusqu’à Canillo sont vite avalés.

Pour éviter le centre ville d’Andorra et surtout pour quitter la route principale et découvrir autrement la Principauté, je bifurque en direction du col d’Ordino. Immédiatement la route s’élève et je sens que c’est un bon choix de passer par là au vu des lacets que j’aperçois au flanc de la montagne. Oui, j’aime bien les petites routes qu’on monte par paliers. L’itinéraire est d’ailleurs classé « cyclotouristique » par la signalisation. Très vite je domine la vallée que je viens de quitter. La pente sévère justifie le 30x32, mais je suis en pleine forme. Heureusement que j’ai changé mes pignons avant de partir, ajoutant ce 32 dents qui me permet d’appréhender plus tranquillement les forts pourcentages. En vieillissent on perd des dents d’un côté et on en rajoute de l’autre.

Moins puiser dans les réserves physiques permet à l’esprit de mieux jouir de l’environnement.

Les paysages sont ici jubilatoires dans la belle lumière du matin, vues lointaines sur les montagnes, prés éclatants de verdure, bas côtés fleuris.

C’est là que je mesure vraiment le privilège d’être à vélo, de faire corps avec cette nature grandiose, ayant tout le loisir de m’arrêter quand bon me semble pour contempler et photographier. Oui, j’en prends plein les yeux, je suis en extase, presque déçu de voir arriver le col.

Ici fleurit une grande variété de plantes, magnifiant cette halte.

Je rencontre deux randonneurs français qui font une portion de la traversée Ouest-Est de la chaîne pyrénéenne, autre expérience intéressante.

Après une bonne collation de pain enduit de pâte de noisette au chocolat revitalisante, je m’élance dans la descente. J’atteints rapidement les premiers villages qui dominent la grande ville. Je trouve les constructions plutôt élégantes, bien intégrées dans le paysage.

Très vite la circulation auto augmente à l’approche de la capitale de la Principauté que je ne peux pas éviter.

En pleine ville je croise un tracteur avec sa remorque remplie de feuilles de tabac. J’avais aperçu quelques parcelles de cette culture, jusque dans la zone urbaine. Il semble qu’on puisse cultiver le tabac dans son jardin.

Mon expérience de cycliste urbain parisien m’est ici utile pour affronter le trafic bien dense. La traversée est un peu longue et pénible, mais je sors assez vite de la ville pour une entrée en Espagne. Je rejoins là la route principale quittée ce matin, mais c’est assez calme et je roule à nouveau en sécurité sur le bas-côté qui vaut une bonne piste cyclable.

J’atteints rapidement Séo de Urgell. Au centre ville je me ballade un peu dans les rues ombragées où se tient un grand marché. Je ne trouve pas les fruits que je recherche et que j’aurais bien appréciés pour me rafraîchir, vu l’heure et la chaleur. Il est près de 14 heures et je n’ai toujours pas trouvé l’endroit pour m’installer.

Je quitte donc la ville par la petite route qui me conduira dans la montagne. Je sais que la montée sera longue et que le plein d’énergie est indispensable avant d’attaquer l’ascension.

L’entré ombragée d’un champ m’accueillera le temps du repas. Quelques noix cueillies sur l’arbre complèteront agréablement le repas.

Comme il me reste encore près de 40 kms bien ardus, la sieste sera pour un autre jour.

A 15h il fait une fournaise du diable, mais pas le choix, il faut bien y aller.

Je monte doucement en moulinant et trouve ainsi un peu d’air pour avancer, bien remonté après la pause repas. Encore une fois, je fais le constat que c’est le moral, l’envie d’aller de l’avant qui est le moteur principal du plaisir. Même dans cette forte chaleur, sur des pentes importantes, je suis heureux d’avancer car mon corps revitalisé répond bien et que j’accepte le temps tel qu’il est. Quelle satisfaction, quelle jouissance tout de même de trouver rapidement des zones ombragées dans cette belle et exigeante ascension. Elle pourrait être qualifiée de dure, vu la chaleur et les pourcentages mais aujourd’hui pour moi elle est magnifique parce que tous les paramètres pour qu’il en soit ainsi sont réunis.

Je traverse des villages pittoresques endormis, pas âme qui vive sur mon chemin.

Le col de la Trava n’est toujours pas en vue, mais pas de problème, tout va bien. C’est le genre de route dont je ne suis pas pressé de voir le bout. Chaque instant doit être apprécié.

Bientôt j’aperçois loin dans la vallée Seo de Urgell que j’ai quitté en début d’après-midi. Je mesure le chemin parcouru. Encore quelques kms après ce point de vue, et me voilà aux 1480 m du col de la Trava. Et là je vois passer l’unique cycliste aperçu de l’après-midi.

Encore de nombreux arrêts photos dans cette magnifique descente. Je fais un peu abstraction du temps qui passe, certain d’arriver à destination à une heure raisonnable, certain de trouver le gîte réservé.

Et il y a des belles choses à voir, surtout que le soleil déclinant magnifie les couleurs.

Au village de Adraén je trouve par miracle la seule fontaine de l’après-midi alors que je commençais à tirer la langue, les bidons vides. Tout vient à point certains jours bénis. Impossible de ne pas capturer les images de ces villages perchés illuminés par les rayons solaires du soir. C’est grandiose.

Que fait là cette barque de pêcheur dans un potager de montagne ? Mystère qui fait travailler l’imagination.

Tuixent est maintenant en vue, baignées par les derniers rayons de l’astre solaire. Il est près de 20h30, je suis arrivé, les yeux éblouis. Le projecteur s’éteint progressivement. Belle journée, beau spectacle. 

 

Mardi 2 Septembre de Tuixent à Borreda (82 kms)

068_BorredaSi la journée se passe normalement, j’ai dès le matin programmé une sieste à la mi-journée car j’ai peu dormi cette nuit. Je suis tombé de sommeil à 21h30 après l’excellent repas concocté et servi par Irene la patronne de Cal Faragetes. Soupe de courgettes, puis crudités et un plat de haricots plats cuisinés avec un jambon de pays. Cela eut bien fait mon affaire mais ensuite arriva une grosse cuisse de poulet rôtie accompagnée de pomme de terre. Bien que n’ayant plus vraiment faim, j’ai dégusté cette viande fondante. Est-ce ce repas copieux pas raisonnable et bien arrosé qui me fit me réveiller à 1h du matin et ne plus me rendormir ou sont-ce les cloches de l’église qui égrènent jusqu’au quart d’heure ? J’en ai profité pour écrire le récit de la veille.

Le petit déjeuner est bien copieux également avec charcuteries et un yaourt de chèvre de pays vraiment délicieux.

Le soleil illumine le haut du village quand je prends le départ. A peine 1 Km plus loin, je sens ma roue arrière dégonflée. Pas de doute, c’est une crevaison. Ça ne m’était pas encore arrivé pendant ma semaine de voyage à vélo estivale que je fais maintenant pour la 6éme année consécutive. Un changement de chambre à air, et c’est reparti.

Ce matin je monte vers le col de Port. C’est une route agréable, bien que le regard ne porte pas souvent bien loin. Le chemin passe la plupart du temps dans une forêt de pins. La vue de Tuixent en contrebas montre une progression rapide en altitude. Il fait déjà bien chaud. J’aperçois au loin par certaines trouées dans la végétation, une montagne aride, pelée. Au col je découvre le gîte où j’avais envisagé de séjourner avant de choisir l’hébergement de Tuixent. Bien m’en a pris car il m’eut été bien laborieux de faire cette montée en fin de journée.

Et en avant pour la descente en direction de Sant Llorenç de Maronys. Ça fait du bien de se laisser glisser doucement après les efforts de la montée. Pas ici de paysages spectaculaires mais quelques occasions de pauses photo. Ici une ferme perdue, des pitons rocheux immenses, fendus par un cours d’eau.

En pause casse-croûte, je vois passer un groupe de cyclistes, le nez dans le guidon, accompagnés de leur voiture suiveuse. Les pauvres !

L’église du village de La Coma se détache harmonieusement bien sur un fond montagneux de couleurs dégradées.

Après l’arrivée dans la province de Guixers, j’aperçois rapidement la ville de Sant Llaurenç entourée de sommets spectaculaires en dents de scie. En ville je trouve un jardin public bien vert et ombragé pour la pause de la mi-journée et la sieste attendue.

Les eaux turquoise du barrage qu’on longe après la sortie de la ville donnent l’occasion de belles prise de vues.

La route vers Berga n’est pas de tout repos, successions de montées et descentes où je croise quelques camions de taille impressionnante sur cette route de montagne. La circulation n’est cependant pas trop gênante sur ce parcours.

Tiens, j’aurais bien fait une halte pour me désaltérer à cette terrasse de bar en bord de route en pleine campagne. L’endroit est attirant pour le voyageur, un ruisseau coule derrière la maison. C’est malheureusement fermé en ce milieu d’après-midi. J’aurais également bien fait le plein d’eau. Ce sera pour Berga.

Un panneau m’informe que le col de la Mina est bien ouvert. Tiens donc, il me reste un col à franchir ? Je l’avais un peu oublié, imaginant déjà être bien monté sur le chemin parcouru. Bien qu’ayant imprimé lors de la préparation du voyage le dénivelé de chaque étape, je ne le consulte pas souvent, préférant généralement la découverte au fil de l’eau.

Le col de la Mina me mine quand même un peu le moral, mais il faut aller au charbon.

Un nouveau décor de roches rougeâtres me permet tout de même de me distraire la vue, de rompre la monotonie et de moins me focaliser sur l’effort physique.

Au détour d’un virage apparaît la ville de Berga en contrebas de ma route. C’est encore raté pour le ravitaillement en eau car le détour par la ville en contrebas me demanderait un détour trop exigeant en énergie. En avant donc en direction de Borreda, village étape de ce soir.

Un nouveau plan d’eau artificiel m’offre l’occasion d’une petite pause rafraîchissante. C’est également l’occasion de cueillir et déguster quelques mûres pour compenser les pertes en sucres.

En cette fin de journée,  l’éclairage rasant amplifie la beauté des paysages. Je prends donc mon temps pour contempler ces belles compositions naturelles, ce ciel coloré chargé de nuages..

Voilà l’entrée de Borreda. Il reste ensuite encore une montée de 3 kms. J’arrive donc au soleil couchant, beau spectacle, belle fin de journée.

Le gîte ne proposant pas  de repas du soir, je me contente largement d’un gratin dauphinois aux 3 fromages lyophilisé de chez le Vieux Campeur, la nuit tombée, sur la terrasse au bruissement des insectes, tintement lointain de cloches de vaches, hululements réguliers d’une chouette.

La superbe chambre donne directement sur la terrasse, ce qui me permet de rentrer le vélo sur la proposition de mon hôte, le risque de pluie n’étant pas exclut pour cette nuit.

 

Mercredi 3 Septembre – De Borreda à Olot (72 Kms)

089_têtéeFraîcheur et belle lumière matinale, petite route sinueuse en petites montées, silence humain, chant des oiseaux, bruits de troupeaux, tout cela rend un cyclotouriste heureux. Le ciel est un peu couvert, brumeux, la distance est limitée aujourd’hui, voilà des conditions propices à la réflexion sur le sens de mes voyages à vélo.

Le fait de voyager seul permet de vivre plus intensément les relations avec le terrain, la nature environnante. Cependant j’ai un désir de partager, de témoigner de cette expérience par le récit et les photos. Je ne suis pas assez fort pour vivre pleinement et exclusivement ces moments présents. J’ai pu le constaté l’année dernière quand mon appareil photo est tombé en panne. Il me manquait quelque chose d’important, une béquille.

Vers le village d’Alpens, le changement de versant permet de découvrir les montagnes de l’après-midi. Sur la place sont érigées de magnifiques sculptures en fer forgé sur le thème de la musique. J’ai cru comprendre qu’il y a près d’ici des forges réputées.

Dans la descente vers la vallée, le vert tendre des acacias embellit le bord des routes.

A Sant Quirze de Besora je trouve sur ma route une petite supérette qui vend entre autres des fruits frais. J’en avais rêvé, me voilà reparti avec du raisin, des pêches et autres victuailles. Çà fait quelques kilos en plus qu’il vaut mieux transformer en énergie vitale au plus tôt car ici j’attaque les sommets de la journée. Après quelques virages j’aperçois un endroit qui me semblerait convenir pour manger ces fruits. Miracle, j’y trouve un improbable point d’eau que je ne vois jamais d’habitude. L’idéal pour laver mes fruits et m’installer pour mon grand repas. Cet endroit est sacré, la présence d’une croix  indique que d’autres que moi l’on déjà constaté. La vue est imprenable, la ville et son église en bas, la montagne qui m’attend en haut. Il y a des circonstances où je serais tenté d’admettre que Dieu existe. D’ailleurs, au cas où ce serait le cas, je fais une prière au moment de quitter l’endroit et attaquer les 20 kms à priori de rude ascension. Mais grâce au ciel, les nuages me préservent de la chaleur. Grâce vous soit rendue, Sant Quirze et Santa Maria de Besora.

Voilà justement ce charmant village de Santa Maria, au détour d’un virage. Comme souvent apparaît  l’image de la vie rurale paisible, l’église entourée des vieilles maisons de pierres, un troupeau de vaches qui paissent en contrebas, le tout sur un fond majestueux de montagnes.

Jusqu’au village de Vidra la pente se laisse gravir progressivement, sans beaucoup forcer.

Ce chemin que j’ai choisi pour aujourd’hui est en quelque sorte un raccourci champêtre, alternative à la route normale en direction d’Olot. Jusqu’à Vidra je suis encore un peu inquiet sur la possibilité de continuer cle chemin perdu qui passe par la montagne. Et si la route était coupée ? Et si j’avais mal jugé de l’état de la chaussée sur Google Street ? Ouf, déjà je trouve bien un panneau sur la place du village qui  indique Olot. C’est encore à 30 kms et la signalisation routière précise que la vitesse est limitée à 30 km/h sur l’intégralité du parcours.

Çà me convient bien !

J’en comprends vite la raison, vu l’étroitesse, l’état du revêtement et le tracé de ce qui ressemble beaucoup à une route forestière. C’est une de ces routes de bonheur cyclotouristique. On commence par longer un cours d’eau apaisant. Il faut passer quelques grilles placées sur la chaussée pour empêcher le passage des animaux. Au fur et à mesure de la montée, le chemin devient de plus en plus forestier et la pente de plus en plus raide, avec des passages entre 10 et 15 % d’après Openrunner. Heureusement que je suis en pleine forme et mon braquet 30x32 me permet de monter ces murs qui se dressent sur mon passage sans mettre le compteur cardiaque dans le rouge. Mais je vous assure, il faut appuyer de tout son corps sur les pédales et zigzaguer pour tenter d’atténuer la déclivité.

Ce qui aurait pu être infranchissable, une galère avec des braquets inadaptés, un problème physique, le mauvais temps trop chaud ou de pluie orageuse est aujourd’hui pour moi le pur bonheur que j’avais recherché en traçant ce parcours hors normes.

Je n’arrête pas de faire des poses photo, sachant que la distance modeste de 60 Kms pour la journée m’autorise à flâner.

Quand je sors des bois de feuillus magnifiques, je trouve ces pâturages  fleuris d’altitude où paissent les troupeaux de bovins qu’on entend avant de voir. Je passe pas mal de temps à capturer des images de ces paisibles ruminants que je trouve bien photogéniques.

Là haut, il n’y a pas vraiment de col. Après la sévère montée vient une succession de toboggans. Ensuite c’est la plongée sur le versant opposé.

Les pourcentages sont encore plus prononcés de ce côté, supérieurs à 15%. La vue sur la région volcanique de Olot est grandiose. Dommage que je n’ai pas le temps de consacrer une journée à faire une balade dans ce parc naturel de la Zona Volcanica.

Je suis cabré sur les freins. Pour me soulager les poignets mis à rude contribution, je fais une pause. Je me rends compte que les jantes sont brûlantes et les pneus sur gonflés par la chaleur.

A peine ai-je fait cette constatation que le pneu arrière déjante en une explosion, tel un coup de fusil dans les bois, chambre à air ouverte sur 10 cms.

Je crois que les prières aux saints et saintes locaux m’ont préservé d’un accident aujourd’hui. J’ose à peine imaginer ce qu’aurait donné l’éclatement imminent en roulant.

Je n’en mène pas large alors qu’il reste encore des descentes vertigineuses à passer. Je baisse par précaution la pression des pneus, rendant du coup le vélo assez instable. Il faut faire ce choix si je ne veux pas éclater une deuxième chambre et me retrouver sans matériel de rechange pour les jours à venir.

Bien que la distance du parcours était la moins longue de la semaine, j’arrive à Olot vers 20 heures. Bien qu’ayant pris soin d’imprimer un plan de la ville, je ne trouve pas mon hôtel. J’erre près d’une heure dans cette ville que je n’imaginais pas si étendue avant de trouver mon hébergement, la nuit tombée.

 

Jeudi 4 Septembre – de Olot à Castellar (70 Kms)

105_Vallfogona de RipollesJe ne parts pas de bonne heure à cause d’un petit déjeuner qui se fait attendre et que je prends le temps de savourer une fois servi.

La journée commence par une longue montée de 15 kms pour grimper de 700m. La route est rectiligne et monte régulièrement. Je pédale à un rythme de métronome entre 7 et 8 km/h. Il m’arrive souvent de regarder mes pieds tourner plutôt que les longues lignes droites sans fin. Les points de vue intéressants sont assez rares.

Quand je m’arrête et me retourne, je suis souvent impressionné par ce que je viens de monter sans grande difficulté.

La descente, après les cols de Coubet et de Canes, est plus pittoresque que la première partie.

On longe une belle vallée avec de nombreux pâturages en terrasses dominés par un versant boisé. La pente modérée ne nécessite pas beaucoup de freinage et je peux me laisser aller tranquillement. En général je ralentis dès que j’atteints les 40Km/h.

Bien que les nuages restent accrochés aux sommets, le soleil fait de belles apparitions, illuminant par intermittence le paysage.

Je fais mon arrêt de midi à Vallfogona de Ripollès. Je m’installe sur la magnifique place du village médiéval. Cette place entourée de vielles bâtisses est bien reposante. Je vois plus de chats que d’habitants.

Dans la plupart des villages et villes flottent des drapeaux catalans. On peut voir sur les murs également beaucoup d’inscriptions politiques en faveur de l’indépendance de la province.

Je traverse la ville de Ripoll rapidement pour continuer mon chemin. Après une courte portion de route à grande circulation, je retrouve une voie accueillante pour les cyclos.

Je trouve plus tôt que je ne l’avais prévu une route pour Castellar de n’Hug, juste après le village de Gomprèn.. Et là, changement de braquet obligatoire, tout à gauche sur le 30x32 car on attaque la chaîne pyrénéenne de front, plein nord.

Le temps devient menaçant. Le tonnerre gronde au loin et les nuages roulent sur les sommets.

Comme je ne suis plus loin de l’arrivée, je musarde, prenant le temps de cueillir quelques mûres et prendre des photos.

Quand il commence à pleuvoir, j’enfile mes vêtements imperméables pour les retirer quelques minutes plus tard, fausse alerte.

A l’approche de Castellar, une terre rouge parsemée de plantes vertes présente un décor surprenant, original.

Alors que je suis occupé derrière mon appareil photo, l’orage éclate soudain. J’ai juste le temps d’attraper mes vêtements de pluie préparés sur le porte-bagages et de me mettre un tant soit peu à l’abri d’un arbre. La pluie violente dévale après quelques minutes la route et les bas-côtés sous mon abri de fortune. J’attends la fin de la grosse averse en évitant le ruissellement de l’eau dans mes chaussures.

Heureusement que la perturbation ne dure qu’une dizaine de minutes, me permettant de repartir vers le village que j’apercevais déjà avant l’arrêt forcé.

Ce temps chaotique est propice aux belles photos, avec un ciel sombre, des percées lumineuses, des nuages qui enveloppent les sommets, une atmosphère purifiée.

L’éclaircie me permet de visiter tranquillement l’extraordinaire village de Castellar avec ses anciennes constructions au pied des falaises. C’est le plus haut village de Catalogne à 1450 m.

Au gîte La Closa j’apprends que je suis ce soir le seul occupant. J’ai donc un dortoir de 3 pour moi tout seul.

Depuis plusieurs heures que je suis maintenant arrivé, le ciel a ouvert les vannes en grand. C’est le déluge dans le vacarme de l’orage. J’apprécie bien d’être confortablement installé à l’abri. J’espère que çà ira mieux demain, que les réserves célestes auront été vidées.

 

Vendredi 5 Septembre  - De Castellar à Targasonne (70 Kms)

118_vers CastellarQuel contraste dans ces mêmes paysages entre le passage orageux d’hier soir et ce temps lumineux de ce matin. La brume comble les vallées, les massifs projettent leurs ombres. La terre rouge contraste avec les verts de la végétation et le bleu du ciel.

Ciel clair, lumière magique du matin, bruit de cascade, beuglement de vaches dans l’immensité des pâturages d’altitude, multiples orchestres de cuivre bovins jouant leurs symphonies pastorales, tout cela inciterait à rester là à écouter et regarder. Surtout ne pas aller trop vite. Je rigole, je jubile. Chaque avancée est un ravissement, une sensation de plénitude. Quelle divinité, quel principe suprême est à l’origine de ce décor, de cette harmonie, de cette sensation de vibrer avec son environnement ? 

Ce parcours est un des plus beaux parmi ceux que j’ai fait à vélo. De quel côté que l’on dirige la vue, les reliefs sont mis en valeur par la lumière du soleil encore bas.

En photographiant des fleurs de chardons je prends conscience du plein de vie sur ces fleurs, dans ces herbes. Le petit monde des abeilles, bourdons, papillons, criquets et autres insectes grouille de vie et quand on prend le temps d’observer on se rend compte que la beauté du microcosme égale celle des paysages plus accessible  au voyageur.

La nature ne sait plus quoi inventer pour me ravir la vue. Après l’orage d’hier soir, le ciel uniformément bleu du début de matinée, voici près du sommet les nuages bas cotonneux qui roulent, cachent et recachent les sommets.

Le col de La Creueta est annoncé à 1888 m. Malgré les nuages de plus en plus abondants à l’approche du sommet, j’ai la surprise, une fois passé sur l’autre versant de constater que le beau temps est toujours là.

C’est l’heure du dernier pique-nique. Je choisis la meilleure place, une vue panoramique avec musique champêtre en fond sonore.

Les troupeaux de vaches et chevaux m’inspirent inlassablement comme sujets photographiques.

Je rejoins bientôt les stations de ski de La Molina et Massela. La descente vers la plaine de Cerdagne est grisante mais je pense encore à l’éclatement de ma chambre à air il y a 2 jours. Je reste donc bien prudent.

La ville du Puigcerdá ressort admirablement du paysage d’altiplano sous le projecteur solaire. Je préfère éviter la ville. Ça me fait moins de route à grande circulation, moins de difficultés à m’orienter et moins de dénivelé en restant sur le versant de la montagne, en passant par Queixans, Vilallobent et Palau de Cerdagne. Ces petites routes à flanc de montagne sont bien agréables à parcourir à vélo. La moisson n’est pas encore terminée en ce début septembre sur ce haut plateau à 1200m d’altitude.

Je ne peux malgré tout éviter de rejoindre la route à grande circulation vers Saillagouse.

A l’entrée de la ville, je prends la direction de Estavar. Après le village j’attaque les 5 derniers kilomètres d’ascension vers Egat-Font Romeu. C’est là que me surprend une averse orageuse.

Voyant arriver les gros nuages, j’avais pris la précaution de sortir le parapluie. Au moins je ne l’aurai pas transporté pour rien.

L’esprit s’imaginant déjà en haut, le corps a un peu de mal à avaler ces 400 m de dénivelé. Allez, je m’offre un dernier arrêt pour reprendre quelques forces avec un sandwich à la pâte chocolat-noisette.

Le ciel est bien menaçant jusqu'à Targasonne, m’offrant une dernière occasion de photo de beaux nuages.

 

Au terme de ce voyage, si je devais recommander trois parcours cyclotouristiques exceptionnels dans ces Pyrénées catalanes, ce serait la route de Castellar de n’Hug ,le chemin entre Sant Quirze de Besora et Olot par Vidra et le parcours entre La Seu d’Urgell et Sant Llorenç de Morunys par Tuixent.

 

 

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23 novembre 2013

Randonnée en pays d'Apt - novembre 2013

Jean-Jacques nous fait découvrir à travers son blog la rando au pays d'Apt dont il a profité avec quelques amis du 8 au 12 novembre 2013.

Pour découvrir son article, suivre le lien suivant :

http://meisseljj.unblog.fr/2013/11/23/randonnees-en-pays-dapt-5-jours-en-nov-2013/

Et pour découvrir les photos de JJM, vous pouvez cliquer directement sur la photo ci-dessous.

Rando_JJM_nov2013

 

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07 octobre 2013

Voyage à vélo dans les Pyrénées entre Catalogne et Aragon.

Pyrénées, entre Catalogne et Aragon

 

J’ai le plaisir de vous présenter ici le récit de mon voyage à vélo dans les Pyrénées entre Catalogne et Aragon.

- Alain Postic – Août 2013

 

Pour accéder à l'album photos, cliquer ici ........Voir les Photos

Pour visualiser le parcours, cliquer ici .....        Voir le parcours

 

 

De Saint-Lary-Soulan à Vielha (87 kms)

005_brume1

Ce n’est pas le marin qui prend la mer, c’est la montagne qui appelle le cycliste, qui l’aspire, qui l’inspire.

Ce matin mon état d’esprit est je pense un peu semblable à celui du voyageur qui largue les amarres, qui quitte les repères ordinaires pour une part d’inconnu, d’aventure.

Après ma traversée des Pyrénées de l’Atlantique à la Méditerranée il y a 4 ans, je m’élance ce matin de Saint-Lary-Soulan pour un périple plus modeste sur les routes pyrénéennes côté espagnol.

Pour éviter la route nationale de la vallée, j’emprunte les chemins parallèles, mais tout de même bien plus escarpés.

Tous les sens sont en éveil sur ces premières pentes sérieuses montant vers Camparan.

J’écoute le ruissellement de l’eau omniprésente qui descend les ruisseaux et suinte en de multiples endroits en cascades rafraîchissantes. J’écoute les cloches qui égrènent l’heure dans les villages traversés, Bazus-Aure, Grézian, Lançon. J’écoute le bourdonnement des abeilles sur les sapins. J’écoute les bruits de mon vélo pour tenter de discerner un éventuel problème.

Pour l’instant juste des bruits connus, pédalier qui couine, patin de frein qui frotte sur la jante, petit craquement au dérailleur, roulement du caoutchouc sur le bitume.

Je respire l’odeur des foins. Je me régale de ces couleurs de début de matinée où le soleil gagne lentement sur l’ombre et dissout les dernières brumes..

Je sens mon corps qui répond à tous les obstacles, encore plein de puissance. Il en faut bien pour passer ces chemins où les efforts de la montée sont presque aussitôt annulés par des descentes équivalentes. Cet itinéraire bis est très exigeant.

C’est un peu frustrant d’avoir perdu l’altitude conquise en arrivant sur Bordères-Louron. Et là, direction du col de Peyresourde, l’un des 2 grands obstacles de la journée.

Il est déjà 11 heures mais je dois passer le sommet avant la pause de la mi-journée.

Je fais donc un arrêt casse-croûte d’attente.

Les panneaux d’information indiquent des pourcentages compris entre 6 et 9% de pente. Çà c’est du sérieux, surtout quand il commence à faire chaud. Il n’y a pas beaucoup de virages par ici. Ce sont de longues lignes droites dont je ne vois pas le bout.

En arrivant près du sommet on voit la route qui tourne sur la droite et on s’apprête à poursuivre l’effort. La bonne surprise c’est que le col est juste là et que cette route aperçue se dirige vers une station de sports d’hiver.

Ouf, enfin atteints ces 1569 mètres.

Tant qu’à faire, bien qu’il serait l’heure de manger, autant me laisser emporter dans la descente vers Bagnères-de-Luchon. Çà ne demande pas trop d’énergie et ce sera çà de fait en ces heures chaudes.

Le val d’Oô et le lac éponyme me tenteraient bien, mais çà demanderait un détour chronophage. Donc, gardons le cap sur Luchon.

Je trouve à la sortie de la ville le bon endroit pour me ressourcer. Petit lac des cygnes et des canards.

La préparation du poulet au riz et épices indiennes est simple. Chauffer de l’eau et la verser dans le sachet de produits déshydratés. Je n’ai pas tellement faim car je grignote régulièrement, mais je me force à terminer le plat pour refaire le plein d’énergie.

Après 2 heures d’arrêt, en route vers la deuxième difficulté de la journée, le col du Portillon.

Les bidons sont vides et je dois absolument les remplir avant d’entamer l’ascension. Je tourne dans cette ville d’eau en quête de fontaine, en vain. Il me faut donc passer par la case bistrot.

Je me souvenais des pentes raides de ce Portillon que j’avais escaladées il y a quelques années à la fraîche, de bon matin, plein d’énergie.

Je crois qu’elles sont encore plus raides dans la chaleur de l’après-midi. Ces pentes me demandent un gros effort, à la limite de mes capacités. C’est là que je regrette de ne pas avoir un développement plus petit.

Je voulais avant de partir, au dernier moment,  remplacer mon plateau de 30 dents par un 28, mais çà ne se fait plus sur ce nouveau pédalier que j’ai monté la semaine dernière. Il faudrait que je passe en 30 dents à l’arrière au lieu de 28.

Donc, dur, dur, très dur en cette première journée dans ce deuxième col exigeant. Je m’arrête souvent pour calmer le palpitant. Il m’arrive même de pousser ces 30 kilos et je m’essouffle rapidement.

Dès le début de l’ascension me revient une douleur croissante au bas du ventre. C’est un problème auquel je dois faire face certains jours, en général en fin d’après-midi. Le maillot étant trempé de sueur à cet endroit, j’y applique une serviette que je conserve en place. Et, bonne nouvelle, le mal disparaît rapidement. Sans doute ais-je trouvé l’origine de cette douleur récurrente , le froid causé par l’humidité locale.

J’avance quand même à 5 km/h, ce qui n’est pas trop mal et qui me permet de ne pas pousser l’organisme dans ses retranchements dès le premier jour. Il vaut mieux être prudent pour espérer continuer le chemin dans de bonnes conditions.

C’est ainsi que j’arrive au sommet à la limite de la rupture mais avec quelques réserves d’énergie pour la fin du parcours dominical.

Bien qu’aucun panneau ne l’indique on passe ici en Espagne. Me voilà donc en terre étrangère pour 5 jours, si tout se passe comme prévu.

Bossost est vite atteint par cette descente rapide.

Je craignais de devoir côtoyer ici une circulation auto importante sur la nationale vers Vielha, mais c’est plutôt tranquille en ce dimanche soir. De plus le parcours est agréable, sur le bas-côté de la chaussée qui longe le cours de la Garonne.

On devine ici les débordements du torrent lors des inondations du mois de Juin. Routes défoncées en partie refaites, présence de nombreux débris imposants dans le lit du torrent.

On est ici en amont de Saint-Béat qui a subit des inondations catastrophiques.

Pour atteindre Vielha on reprend un peu d’altitude, mais la pente est légère et régulière.

J’arrive à destination vers 20 heures.

La réservation préalable d’hôtel permet d’arriver sans le souci du logement.

Je passe donc la nuit à l’hôtel Orla.

 

 

De Vielha à Altron (78 kms)

066_refletsAu menu de la journée : on monte le matin et on descend l’après-midi.

Dès la sortie de Vielha le tempo est donné : je tourne petit plateau et grand pignon.

La circulation auto est importante mais une large voie est aménagée, à priori pour les cyclistes, bien qu’aucune signalisation n’y fait référence. En tout cas je me sens bien en sécurité.

Je remonte le cours de la Garonne. Ici les traces des inondations récentes sont encore partout présentes. Les travaux de réparation et de consolidation vont bon train. De nombreux chantiers sont ouverts sur cette première partie d’ascension. Des pans de routes ont été emportés par les flots ravageurs.

Quelques villages jalonnent le parcours, un peu à l’écart de la route principale. Ce n’est pas un chemin exceptionnellement intéressant pour le cycliste. C’est une route d’accès aux stations de sport d’hiver, large avec une pente moyenne, régulière jusqu’à Solardi.

La route cyclotouristiquement intéressante pour le voyageur à vélo commence avec les premiers virages.

Après Baqueira, une ligne droite pentue m’obsède par la recherche d’un signe annonciateur d’un changement de direction.

Enfin, voilà de vrais lacets de montagne comme je les apprécie. J’y fais la rencontre d’un couple de Tchèques qui fait un parcours aller-retour de Toulouse à Barcelone.

On arrive aux 2072 mètres du Port de Bonaigua par une ultime longue courbe.

Je trouve que c’est un 2000m relativement abordable. Il me rappelle le Port de Pailhères avec la présence de chevaux d’élevage en liberté.

On y trouve bien les plans d’eau qui justifient l’appellation du lieu.

De nombreuses cascades enchantent la descente. Je freine pour l’instant  pour ne pas consommer trop rapidement mon capital altitude. J’apprécie la pente descendante  en cherchant le bon coin pour l’arrêt de la mi-journée.

J’opte pour les bords d’un cours d’eau paisible, réserve de pêche. C’est pas mal au niveau du décor mais çà manque un peu d’ombre. Je ne m’y attarde pas, une fois le repas terminé.

Il y a de la descente au programme. Je ne crains donc pas trop la chaleur de l’après-midi.

Je me prends à dévaler ces pentes avec des pointes à 50 km/h. C’est plutôt grisant, mais vu le poids de mon chargement, je n’en abuse pas. Je pense à ce qui se passerait si un pneu éclatait ou se dégonflait subitement à cette vitesse.

L’eau est omniprésente soit sous forme de torrents, ou comme du côté de le Guingetta d’Aneu sous forme d’un lac longiligne où se mirent les sommets alentours.

Peu après Llevorsi le torrent est accessible facilement. J’en profite pour me rafraîchir le corps. Il parait que l’eau glacée est bonne pour la circulation sanguine et qu’elle prémunit des tendinites. Et en plus çà fait un bien fou.

C’est une pause qui ressource et recharge les batteries de la motivation.

Juste au moment de mon passage, des sportifs mettent leur embarcation à l’eau. Après quelques préparatifs de retournement dans l’eau et autres ébats, les voilà partis dans les flots tumultueux. Je ne pense pas que ce soit des débutants.

Voilà Rialp où je trouve une indication pour la direction du petit village d’Altron et du Roch Hôtel où j’ai réservé pour la nuit.

Sur la carte Altron ne semblait pas me détourner de façon conséquente de mon itinéraire normal.

Sur le terrain je peste contre ce choix saugrenu. On y va par un chemin qu’il n’est pas très raisonnable d’emprunter en fin de journée. Là je ressens dans les mollets une douleur musculaire héritée de mes efforts de la première journée intensive.

Heureusement que cette deuxième journée n’a pas été trop exigeante et qu’il me reste des réserves.

J’arrive vers 19h dans ce charmant mais haut perché village. L’accueil est sympathique et de plus le patron parle français, ce qui n’est pas désagréable quand mon espagnol est quasi inexistant.

Una cerveza fresqua por favor ! J’ai quand même appris les rudiments de survie.

L’orage gronde dès mon arrivée.

Le patron me raconte qu’on trouve par ici beaucoup de cèpes. A priori ces champignons n’étaient pas traditionnellement cueillis dans la région. Ce sont quelques Français de passage qui les ont fait connaître et apprécier.

Il parait qu’il a beaucoup plu en Juillet et que la récolte est abondante. Pluies dans les Pyrénées espagnoles et beau temps exceptionnel en France, le changement climatique c’est maintenant.

 

 

De Altron à El Pont de Suert (72 kms)

097_Gerri de la SalLa pluie s’est arrêtée dans la nuit. Le ciel est juste un peu couvert ce matin.

Je dévale la pente que j’ai durement gravie hier soir.

La route qui descend par cette large vallée n’est pas d’un grand intérêt pour le cyclotouriste. Dans les premiers kilomètres.

On descend par paliers un peu monotones. Je baille.

Pour casser le rythme ennuyeux je m’arrête à Gerri de la Sal pour visiter le pont médiéval majestueux au dessus du cours d’eau. L’accès au pont n’est pas évident à deviner. C’est un simple porche. Je suis surpris de voir passer une auto sur cette construction d’un autre temps.

Par ce pont on peut aussi accéder au monastère de Santa Maria Il n’y a malheureusement pas de visite possible de l’intérieur du monument au moment de mon passage.

L’endroit est cependant reposant et vaut le détour.

Après plusieurs tunnels, en voici un par lequel les vélos sont interdits de passage.

Quelle chance de pouvoir ainsi découvrir ce petit chemin de contournement qui longe la rivière.

C’est un bonheur de rouler en toute tranquillité sur ce site exceptionnel des « Congost de Collegats ». L’eau a sculpté la falaise majestueuse teintée de verts et d’ocres . Oubliée ici la première partie du parcours en somnolence. J’en profite pour grignoter quelques aliments de ma réserve, fruits et gâteaux secs.

Au fur et à mesure de mon avancement j’allège ainsi mes sacoches.

En consultant la carte de plus près, je découvre une occasion de ne pas rejoindre cette route de transhumance automobile ennuyeuse vers La Pobla de Segur.

Je ne suis pas fâché de changer de direction pour un chemin mieux adapté au voyage à vélo en direction du village de Pujol.

Mieux adapté, c’est ce que j’imaginais. Surprise, la route n’est pas bitumée et çà monte raide, mais la pente était prévisible pour s’extraire de la vallée.

En avant pour l’aventure !

Quand je dois me mettre debout sur les pédales les pneus patinent sur ces cailloux. Dans les portions les plus pentues je pousse l’engin à pieds. Enfin voilà quand même de l’animation pour tenir mes sens en éveil et mettre un peu d’inconnu au programme.

Dans les premières pentes je peux admirer les fameuse gorges parcourues tout à l’heure. Ce chemin sent la campagne, les étables.

La progression vers Pujol est lente. Je prends le temps d’apprécier ce chemin inattendu. J’ai juste une inquiétude sur la distance qu’il me faudra ainsi parcourir sur les cailloux.

Heureusement çà s’arrange après le village endormi où je ne vois pas âme qui vive.

Peu après une belle vue sur le village de Peramea s’offre à moi sur la droite. Je fais un petit détour pour la photo, puis direction Bretui et Moncortès. La route est superbe. Les champs sont d’un vert lumineux. Le bord du chemin est souvent abondamment fleuri.

Je me fixe pour objectif d’atteindre l’Estany de Moncortès pour l’arrêt pique-nique car il est déjà près de 14h. Le temps légèrement couvert me permet de rouler agréablement encore à cette heure.

Je m’installe sur les berges de l’étang. Quelques promontoires sont aménagés autour du plan d’eau et certains en profitent pour s’élancer à la nage.

Le repas avalé, je ne traîne pas longtemps car la météo permet d’avancer et je crains l’arrivée d’un orage en soirée. Quand je rejoins la route « normale » de El Pont de Suert après ce détour champêtre, j’ai perdu une grande partie de mon capital altitude engrangé ce matin.

Peu importe, il ne fallait pas rater cet itinéraire enchanteur.

Au croisement de Sentenada je rejoins à la terrasse d’un café un couple de Français qui a fait les jours précédents le même parcours que moi et ils ont pour ce soir la même destination. Ils sont jeunes et font du camping sauvage.

Après une longue et fastidieuse remontée très progressive on trouve bientôt un brusque changement de déclivité.

La bière consommée tout à l’heure ne m’a pas été bénéfique. Une petite pause s’impose pour avaler quelques remontants.

Il m’arrive de temps en temps de me sentir vidé de mon énergie, faible et tremblant. Peut-être une baisse de tension, qui disparaît rapidement après ingestion de quelques aliments et une petite pause. C’est bien ce qui se passe ici où je me retrouve maintenant en pleine possession de mes moyens pour attaquer cette montée vers le col de Creu de Parvès.

L’ascension est facile car je n’ai pas dépensé depuis ce matin beaucoup de mes réserves. Il m’en reste sous la pédale et j’apprécie l’effort .

L’orage n’est pas très loin. Le tonnerre gronde et des éclairs zèbrent le ciel. Mais il me semble que j’ai encore de l’avance sur lui et n’y prend pas trop garde, sinon pour capturer des photos de ce ciel sombre au dessus de paysages ensoleillés.

Le col à 1350m est franchi après le village de Pervès, alors qu’il est indiqué avant sur la carte.

Après un deuxième col qui suit de près le premier, c’est la plongée vers El Pont de Suert. La route crevassée ne m’incite pas à rouler trop vite malgré la forte pente. Les patins de freins ont du perdre quelques millimètres ici.

J’arrive vers le plan d’eau aux alentours de 19h30.

Les derniers rayons de soleil me permettent d’apprécier les différentes nuances dans les couleurs de l’eau.

Ce soir j’ai mangé une crêpe salée à la farine de blé avec Roquefort, noix et miel, suivie d’une excellente salade composée.

 

 

De El Pont de Suert à Barbastro (114 kms)

159_Roda de IsabenaAprès un petit déjeuner copieux composé de tartines de pain, jambon et diverses charcuteries, me voilà parti à la recherche du petit chemin pour monter vers le village de Cirès.

Je ne vois aucune indication à l’endroit où je situe la route d’après ma carte.

Je demande la direction à un passant en précisant que je ne comprends pas bien l’espagnol. Il m’explique plein de choses auxquelles je ne saisis pas un mot. En tout cas il ne m’indique pas de chemin dans les parages mais un détour par les grandes routes que je souhaite justement éviter.

Je prends, un peu résigné cette option en me renseignant à nouveau un peu plus loin. Un jeune homme parlant un peu français m’indique clairement la route que je cherche. Ouf ! Sauvé !

Heureusement que nous sommes le matin, moment où l’énergie est à son maximum et dommage que mon petit développement s’arrête au 30x28. Ca monte raide et j’en profite si on peut dire pour pousser le vélo en marchant pour éviter la casse de rayon par excès de tension. La route est sympathique malgré la difficulté.

Un premier indice m’inquiète quand même. Le chemin est bien défoncé à l’entrée de Cirès. Dans le village, des amas de terre et un cul de sac !

Des ouvriers m’informent que la route a été emportée par un glissement de terrain.

Je ne m’imagine vraiment pas revenir sur mes pas pour reprendre les grandes routes. Je comprends à ce moment que mon premier indicateur était peut être au courant de l’état de la chaussée et que vue la pente il n’imaginait même pas qu’on puisse y passer à vélo.

Le problème est que le chemin alternatif indiqué par les ouvriers ne figure pas sur ma carte. En tout cas une seule possibilité à l’endroit indiqué, une route empierrée, mais aucun panneau indicateur, pas plus qu’il y en avait en bas pour indiquer la route impraticable.

Me voilà à nouveau parti pour près de 5 kms de VTT. Mais je ne suis pas au bout de mes surprises et ce qui me gène le plus est de ne jamais voir la moindre indication qui annoncerait le village de Bonanza que je dois rejoindre.

Le sol est défoncé et s’avère être un chemin de randonnée pédestre. Non, les Pyrénées espagnoles ne souffrent pas de sècheresse. Je patauge dans des flaques d’eau boueuses qui barrent complètement le passage. Je dois nettoyer les jantes pour tenter de retrouver un freinage normal sans rayer mes jantes.

Bon, ici, que prendre, le GR ou le semblant de chemin forestier ?

Une personne qui me double en véhicule tout terrain me confirme quand même que le suis dans la bonne direction. Ça fait vraiment du bien d’écarter l’hypothèse du retour en arrière quand on galère depuis  plus d’une heure.

Je n’y suis pas encore mais le moral va mieux.

J’aperçois le village mais il faut encore faire un sacré détour sur la caillasse pour y arriver. Pas super le chrono ! Près de 3 heures pour 10 kms et il m’en reste 90 d’ici ce soir.

Arrivé sur la route principale, évidemment aucune indication à la sortie de mon chemin de terre.

J’imagine que le village est au point culminant, ou plutôt je n’imagine rien et fonce naturellement dans la descente vertigineuse. Après 3 kms je m’arrête, un peu intrigué par un panneau  qui indique une direction sur la gauche que je n’avais pas prévu d’après la carte.

Méprise, grosse méprise, j’ai pris la direction opposée à mon objectif !

J’ai bien précisé que la descente était vertigineuse. Et bien la remontée sera par la même route avec la pente dans l’autre sens.

Sans doute pour me narguer, je vois pour la première fois en Espagne des panneaux qui indiquent les pourcentage de dénivelé tous les kilomètres. Donc, pour résumer, sommet à 4 kms, pente moyenne entre 6 et 7%.

Une décision s’impose : manger pour ne pas craquer.

Normalement le Puerto de Bonanza à 1380 mètres est le point culminant de la journée et je dois descendre tout le restant de la journée en direction de Barbastro.

Il est très agréable d’imaginer une après-midi normalement favorable, sans trop transpirer car il fait bien chaud aujourd’hui.

J’apprécie d’autant plus de me laisser aller dans le vent après la galère de ce matin.

Des locaux font le plein de bidons à une source, j’en fais de même.

Je traverse des gorges majestueuses en passant quelques tunnels.

Toute l’après-midi je suis le cours de Rio Isabena.

Vers 14h je m’arrête dans un camping au milieu de nulle part pour manger à l’ombre près de la piscine.

Le décor par ici est plutôt vert contrairement à ce que j’avais imaginé pour cette vallée isolée.

A partir de Serraduy les cigales m’accompagnent bruyamment.

Peu de circulation dans les parages. Je continue ma descente de la A1605 quand je croise une moissonneuse batteuse. Hallucination ? Effet de la chaleur ? Je n’ai pas pour le moment vu aussi loin que portent mes yeux la moindre parcelle de céréales. J’en verrai dans les kilomètres qui suivent où les cultures de blé, vignes et pâturages apparaissent progressivement.

Je peux également témoigner pour avoir senti, vu et entendu de la présence de nombreux élevages de porcs.

A Capella je fais une pause à l’ombre du superbe  pont romain..

A la sortie de Graus j’ai le plaisir de prouver une excellente piste cyclable le long de la route principale. Le revêtement est parfait et bien roulant.

Pour éviter de rejoindre un peu plus loin une route plus importante avec de nombreux tunnels, je laisse à regret la belle piste cyclable pour ce qui me semble être un chemin plus favorable aux vélos.

Comme imaginé, cette première partie de route est bien agréable, en pente raisonnable sur un revêtement de velours vers un petit col.

La route correspond à ce que j’attends pour une indication en jaune bordé de vert sur ma carte.

Mon appréhension concerne la bifurcation suivante pour prendre une route en blanc sur la carte.

Au carrefour espéré, point d’indication, point de route digne de ce nom, juste un sentier empierré comme j’en ai pratiqué ce matin et en regardant de près , un petit panneau de bois sur lequel on devine le dessin d’un vélo.

Voilà ma galère du soir. 5 kms entre marche et recherche d’équilibre quand j’ose monter sur le vélo. Et toujours cette incertitude d’être sur le bon chemin.

Les Espagnols ont des progrès à faire dans la signalisation des routes et tant que j’en suis dans les critiques pour me défouler, la protection des monuments historiques n’est pas non plus leur fort si j’en juge par ces multiples supports d’antennes imposants qu’on voit ici sur un monastère, là sur les hauteurs d’un village pittoresque perché.

Par contre, bravo, pas un seul panneau publicitaire à l’approche des villes et pas de centres commerciaux en périphérie.

Donc, j’en suis sur mon chemin de traverse à guetter des indices qui pourraient me confirmer que je vais là où je souhaite aller.

En voilà un, une grande route, loin en contrebas avec une succession de tunnels, celle-là même qui justifie mon détour un peu secoué par ici.

Un nouvel indice m’indique que je me rapproche de la civilisation. L’odeur de porcheries ne m’a jamais semblée aussi rassurante. Qui dit porcheries, dit normalement chemin praticable d’accès.

En effet, je me dirige à l’odeur et trouve le village prévu de Olvena.

Et là, pour une route çà en est une belle, à nouveau un revêtement de luxe et une belle descente vers la grande route.

C’est décidé, je ne recherche plus de raccourci, je suis la nationale et ses indications rassurantes jusqu’à Barbastro.

Cette grande route n’est par ailleurs pas trop fréquentée, en descente, et comme souvent une large bande est praticable sur le bas-côté pour rouler en toute sécurité.

J’arrive à 20h30 après une journée bien mouvementée.

 

De Barbastro à Ainsa (94 kms)

200_troupeau3Après avoir profité d’une après-midi de descente hier, je dois aujourd’hui regagner un peu d’altitude. Il n’y a pas pour autant de difficulté majeure, pas de grand col pour cette journée. Le profil altimétrique calculé par OpenRunner ne dépasse pas les 900m. Vu la distance à parcourir de près de 100 kms, je parts dès 7h, dès que l’hôtelier m’ouvre le garage.

La ville de Barbastro étant assez étendue, j’avais pris la précaution d’imprimer précisément l’itinéraire de sortie. Je trouve donc facilement la grande route qui m’éloigne de la ville.

Le soleil levant colore fugitivement le ciel de rouge.

Sur les hauteurs se dresse le Monasterio el Pueyo remontant au 13ème siècle. Malheureusement il est enlaidi par la présence sur les toits de ces affreuses antennes imposantes..

Au village de Peraltilla, changement de cap pour aller vers le nord, vers la montagne.

Dans les régions par lesquelles je suis passé, la route principale ne passe pas souvent dans les villages qui se tiennent un peu à l’écart. On y accède souvent par une pente raide. Ayant fait ici le détour par le village, je ne trouve aucun panneau d’indication pour ma direction..

J’aurais juste dû continuer un peu sur la nationale pour trouver l’embranchement.

Sur le parcours je remarque les églises d’Azara et d’Azlor construites au pied de pitons rocheux, curiosités qui me sortent un peu de la somnolence provoquée par la monotonie de ce début de journée.

Les hirondelles volent bas, les mouchent qui m’assaillent aussi.

Sur les hauteurs d’Abiego on a un beau point de vue sur la ville et ses alentours et on distingue les sommets pyrénéens qui émergent à peine des nuages.

Je fais le petit détour nécessaire pour visiter Adahuesca à la recherche de quelque chose qui pourrait ressembler à une boulangerie. Rien de tel en vue. Le village est endormi en ce 15 Août, mais je ne vois de toute façon pas de commerce.

A la sortie du village je suis un peu perdu par la présence d’une route , sans doute nouvelle, qui ne figure pas sur ma carte et où des panneaux indiquent la direction de Barbastro d’où je viens. C’est donc un peu inquiet que je dévale les virages. Je retrouve heureusement un peu plus loin ma petite route pour Colungo qui monte enfin. Je commençais à avoir des fourmis dans les jambes.

Il est près de midi. J’aurais bien mangé au restaurant aujourd’hui, mais ici on ne sert pas avant 14h. Je préfère tout de même faire ma pause comme je roule depuis 5 heures, avant d’attaquer la pente vers un petit col qui approche, le Collado de San Capracio.

Malgré l’ombre, il fait plutôt chaud sous mon arbre. Je repars donc assez vite pour trouver un peu de ventilation en roulant.

Cette route est à la limite du Parc de la « Sierra y los Cañones de Guara », très prisé des sportifs et randonneurs pour ses paysages spectaculaires. L'action érosive des rivières et du vent a sculpté cette étonnante structure de canyons étroits et de défilés grandioses, fascinante pour les amateurs de canyoning.

Quelques points de vue permettent d’admirer l’entrée de quelques une de ces merveilles de la nature.

Cette route est assez intéressante mais j’avais imaginé des paysages plus grandioses en bordure de ce parc.

Après Colungo les paysages me rappellent les Gorges du Verdon, en mois spectaculaire.

Sur la suite du parcours, je m’imagine  sur les routes vallonnées du Vaucluse, du côté de Saint-Saturnin-lès-Apt.

Je suis presque à sec et je ne vois pas par ici beaucoup de fontaines. Je fais le détour par plusieurs villages et trouve le robinet public salvateur pour la soif et le rafraîchissement.

J’apprécie en cette fin d’après-midi quelques passages à l’ombre de bois de pins, oasis de fraîcheur.

Sur les hauteurs de fin de parcours je distingue de plus en plus nettement la haute montagne qui m’attend vers le nord demain.

J’aurais davantage apprécié la descente vers Ainsa si à nouveau je n’avais pas eu le droit à une route défoncée en travaux.

Le chantier qui s’étire sur plusieurs kms est impressionnant. La route est élargie en rognant sur les parois rocheuses. Une grosse machine concasse les gros blocs en petits cailloux.

J’arrive après 10 heures de ballade à destination à Ainsa.

L’hôtel est à l’écart de la ville vivante.

Après installation, douche, une bière puis deux, je patiente jusqu’à l’heure espagnole du dîner à partir de 21h. Ce soir c’est buffet total à volonté pour 14 euros.

 

 

De Ainsa à Saint-Lary (97 kms)

209_congost de las devotos2Ce matin je suis levé tôt pour partir au lever du jour dans le but d’éviter au maximum la circulation sur la route du retour en France par le tunnel de Bielsa-Aragnouet.

A 6h du matin, pas question de petit-déjeuner à l’hôtel. Je me prépare donc le repas dans la chambre. Parmi les quelques sachets d’aliments lyophilisés qui me restent un petit hachis Parmentier devrait faire l’affaire.

La courbe de dénivelé de la journée est simple. On monte de 500 à 1800 m sur près de 50 kms, puis on redescent jusqu’à destination pendant 20 kms.

Me voilà donc parti avant le lever du soleil. Cette première partie du chemin est plaisante : rares véhicules, pente légère et progressive. On suit le cours du Rio Cinca et la vue porte sur les sommets environnants.

On traverse sur près de 1,5 kms les gorges des « Congost de las Devotas ».

A part une courte portion indiquée à 10%, je ne ressens pas vraiment cette montée progressive

jusqu’à Bielsa .

Au niveau du village, part sur la gauche une route qui me tente vers la vallée de la Pineta, vallée qui s’enfonce dans le Parc National de « Ordesa y monte Perdido ».

Çà démarre très raide à la sortie de Bielsa, puis ensuite, bien que je ne m’en rende pas vraiment compte, çà doit monter légèrement pendant 14 kms..

Je recherche en progressant un coin pique-nique bien situé pour mon dernier repas de la semaine dans la nature.

Je commençais à désespérer et à regretter d’avoir fait ce détour quand j’ai trouvé l’endroit idéal dans le cours de ce Rio Cinca que je longe depuis ce matin.

La vue est superbe sur les hauts sommets alentours encore recouverts de quelques zones neigeuses.

A l’ombre, les pieds dans l’eau dans ce décor de rêve, c’est un bien appréciable dernier pique-nique.

Je sais tout de même qu’il me reste à monter la portion la plus difficile avant d’arriver au tunnel.

En repassant à Bielsa, je prends le temps d’apprécier une boisson rafraîchissante. Au moment de partir arrive une petite averse orageuse que je n’avais pas vu venir.

J’attends que çà se passe, puis en avant vers le sommet.

Comme prévu, la pente est sévère, entre 10 et 15% sur de longues lignes droites.

Bien que je sois en pleine forme, que les nuages aient eu la délicatesse de me prémunir de la grosse chaleur, je dois faire quelques haltes avant de parvenir au niveau du tunnel.

Ce n’est pas un problème, je ne suis pas pressé d’en finir avec ce parcours et je suis dans les temps.

Dans la montée le tonnerre gronde et soudain les vannes célestes s’ouvrent.

Incroyable, j’ai juste le temps de me réfugier sous une sorte de hangar providentiel.

Je me demande à quoi il peut servir quand je vois un minibus s’y garer pour prendre un groupe de personnes équipées pour quelque chose comme du rafting. Apparemment ils se servent de l’abri pour s’équiper.

J’attends là tranquillement au sec et je peux rapidement repartir dans une atmosphère rafraîchie.

J’appréhendais un peu ce tunnel, passage obligé pour le retour sur Saint-Lary.

Les panneaux indicateurs me renseignent sur la configuration.1664m côté espagnol, 1821m côté français, pente moyenne de 5% sur 3 kms.

La circulation auto est régulée alternativement dans un sens puis dans l’autre par des feux, je crois à cause de travaux d’amélioration.

Je laisse passer la file de véhicules à l’attente, puis je m’élance pour ces 3 kms.

J’arrive à la moitié du chemin avant de me faire doubler par le flot de véhicules suivant. Comme la voie dans l’autre sens est libre, les véhicules me doublent en toute sécurité.

Souhaitant y passer le moins de temps possible, je maintiens dans la mesure de mes capacités, un rythme rapide.

A la sortie du tunnel il pleut à nouveau à flots. Pas de problème, j’attends 10 minutes à la sortie du boyau et l’orage passe, laissant la montagne parsemée de gros nuages laiteux.

Bien recouvert dans cette atmosphère humide et fraîche, je me laisse couler  doucement vers la fin de ce voyage de 542 kms.

A peine arrivé, les pluies d’orage recommencent de plus belle. J’ai vraiment eu de la chance au niveau météo tout au long de la semaine et particulièrement aujourd’hui où je suis passé entre les averses.

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27 juillet 2013

Copenhague, le paradis de la bicyclette

Copenhagen, bikes' paradise

On n'est pas surpris de voir des vélos garés un peu partout dans Copenhague. Difficile de prendre une photo sans qu'une bonne poignée de bicyclettes ne figure dessus. C'est pas un scoop.
We are not surprised at seeing bikes parked a bit everywhere in Copenhagen. Difficult to take a picture without a good quantity of bikes appearing inside. It is no scoop.

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Les emplacements de stationnement pour les vélos sont bien évidemment nombreux et vastes.
The sites of parking for bikes are naturally numerous and large.

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Mais ce qui frappe le plus les Français (modestes personnes que nous sommes) ce sont les voies de circulation consacrées aux vélos aussi larges que des voies pour les automobiles. Ce qui est somme toute logique, car même s'ils sont moins encombrants, les vélos sont ici bien plus nombreux que les automobiles.
But what hits Frenchmen most (modest persons that we are) these are the so broad ways of circulation dedicated to bikes, as ways for cars. What is logical as a result, because even if they are less bulky, bikes are numerous here much more than cars.

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Dans le centre ville, les bicyclettes sont plus nombreuses que les automobiles et camions réunis. Dès que le feu passe au vert pour les vélos, ceux-ci sont prioritaires sur les automobiles et le passage des carrefours se fait sans risque de collision.
In the city centre, bikes are more numerous than cars and lorries together. As soon as the traffic lights turn to the green for bikes, these have priority on cars and the passage of crossroads is made without risk of collision.

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Mais ces aménagements cyclables qui semblent "luxueux" pour nous qui en avons si peu, ne se limitent pas à quelques artères principales en ville. Même sur les routes de banlieue et de campagne, les vélos ont leurs voies au revêtement confortable (ce qui n'est pas la moindre qualité).
But these cyclables developments which seem "luxurious" for us who have it so rarely, are not limited to some arterial roads in city. Even on the roads of suburbs and of countryside, bikes have their ways with a comfortable coating (which is not the slightest quality).

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On note que beaucoup de parents et de nurses disposent de cycles spécialement aménagés pour le transport des enfants.
We note that many parents and nurses dispose of cycles especially done up for transport of the children.

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Mais il n'y a pas que les vélos et la Petite Sirène, il y a aussi beaucoup de musées fort intéressants et des endroits pittoresques, et les villages environnants sont également plein de charmes. Qu'attendez-vous pour y passer quelques vacances ?
But there is not only bikes and the Little Mermaid, there are also many very much interesting museums and picturesque places, and the nearby villages are also full of charms. For what do you wait to spend some holiday there?

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01 mai 2013

Toulouse - Carcassonne par le Canal du Midi

Jean-Jacques Meissel fait le récit sur son blog de sa randonnée (avec son jeune fils) sur 2 jours au mois d'avril le long du Canal du Midi. De quoi nous mettre l'eau à la bouche, c'est à lire ICI

Canaldumidi2Photo Jean-Jacques Meissel

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09 septembre 2012

Entre Alpes et Provence

Entre Alpes et Provence

 J’ai le plaisir de vous présenter ici le récit de mon voyage à vélo entre Alpes et Provence.

En traversant 6 départements, 700 kms en 8 jours.

- Alain Postic -

 

Pour accéder à l'album photos, cliquer ici ........Voir les Photos

Pour visualiser le parcours, cliquer ici .....        Voir le parcours

 

De Embrun à Uvernet-Fours (65 kms)

 009__Durance

Je n’ai pas mal au dos, pas mal aux dents. Au niveau des articulations tout va bien. Je ne me suis pas foulé une cheville en ratant un trottoir. Je ne me suis pas cassé la figure en glissant dans la douche. Un si petit rien aurait pu empêcher la réalisation de ce projet préparé depuis des mois. Petits miracles de la vie, je suis disponible pour ce nouveau voyage à vélo.

 

Embrun, métropole ecclésiastique jusqu’à la Révolution française. Siège d’un archevêché à partir du IX° siècle, elle était une ville religieuse influente comme le témoigne son imposante cathédrale Notre Dame du Réal.

La vieille citée d’Embrun sur son promontoire rocheux domine la Durance.

La rivière impétueuse et destructrice pendant des siècles est maintenant domptée par le barrage de Serre-Ponçon qui ferme la vallée.

Tourisme et production hydroélectrique, château d’eau de la Provence, le barrage a changé les paysages et l’économie de la région.

 

Entre Embrun et Savines-Le-Lac la circulation sur la route nationale est intense en ce dimanche matin. Une autre option aurait consisté à prendre directement les petites routes de montagne de l’autre côté du lac. Je n’ai pas osé attaquer directement les fortes pentes. Le départ est toujours un peu crispant. Peur de rater le premier virage, craintes sur la fiabilité du matériel. Encore l’appréhension de ce petit rien qui pourrait anéantir en quelque secondes cette aventure qui démarre.

Après Savines la carte Michelin indique une route jaune bordée de vert. Voilà normalement un bel itinéraire pour cyclotouriste .Il offre en effet d’impressionnantes vues sur le lac de Serre-Ponçon. On pourrait parfois se croire du côté des calanques méditerranéennes.

C’est dimanche, je mange au restaurant ce midi à Le Lauzet-Ubaye. Evidemment après un buffet de desserts à volonté, un temps de repos s’impose. Un peu d’ombre à l’entrée du camping, voilà qui fera l’affaire pour cet arrêt digestion.

La circulation est à nouveau intense sur la route vers Barcelonnette. Mais çà roule bien sur une chaussée refaite à neuf récemment, avec un léger vent favorable. Cà roule tellement bien que je rate la petite route qui m’aurait permis de trouver plus de tranquillité en direction du col d’Allos. Je me retrouve donc à Barcelonnette au milieu de la foule de la principale rue piétonne. Quelques photos, le temps de repérer quelques indices sur cette ville marquée par le Mexique, restaurants, plaquettes d’information et de commémoration. Vite, fuyons la foule, le mercantilisme, en route vers les sommets.

J’ai réservé pour ce soir dans un gîte à Uvernet-Fours, au pied de la montée vers le col d’Allos. Arrivé à l’auberge du Rozet, quelques gouttes tombent. Trop peu, insignifiant semble t-il au regard de la sècheresse que décrivent les propriétaires des lieux. Ici M. et Mme Dauphin accueillent les visiteurs  comme des amis de longue date. Chaleur, convivialité, confort dans cette bâtisse imprégnée d’Afrique.

 

De Uvernet-Fours à Trigance (112 kms)

 038_Allos

A 8h30 j’attaque la montée vers le col d’Allos. Un pente à 7% pourrait sembler un peu rude au sortir du petit-déjeuner, mais çà passe bien. Cette route étroite est faite pour les cyclistes. Malheureusement les dépassements sont un peu périlleux, surtout quand il s’agit de camping-cars. Le murmure de l’eau au fond du ravin m’accompagne dans les premiers kms. J’arrive bientôt aux Agnelets, un des points d’accès au domaine skiable de Pra-Loup en hiver. Cette montée me met en joie. Tous les ingrédients du plaisir de rouler à vélo sont ici réunis. La pente est raisonnable, la température de l’air est idéale en cette matinée. On passe du soleil à l’ombre. Les paysages sont intéressants, du minéral à la verdure. Tout incite ici à apprécier l’instant présent. Le crissement des insectes, le chant des oiseaux, le cri des marmottes vers le sommet, tout m’invite à ne pas aller trop vite pour savourer ces moments magiques, ces instants qui motivent d’une année sur l’autre l’envie de la randonnée en montagne.

Déjà arrivé au sommet. Il y a des ascensions que l’on voudrait poursuivre pour aller encore plus haut, plus loin.

A 2200m, au col d’Allos, on ressent la magie des grands cols. Silence ponctué du tintement des cloches de vaches, vue panoramique.

Passé le col j’entame la descente de l’après-midi, la descente des sommets jusqu’au lac de Castillon, sur près de 60 kms.

Il doit être désespérant de remonter sur cette distance le cours du Verdon et le Val d’Allos. Pour cette fois, dans le bon sens, je profite bien pour me laisser aller dans la chaleur du début d’après-midi. C’est un peu monotone, la région du Val d’Allos semble assez austère.

Le Verdon m’accompagne ensuite de ponts en ponts. Après St André des Alpes, surgit le bleu émeraude intense du lac de Castillon. La vue est splendide, la baignade sûrement agréable par cette grosse chaleur. Je n’y goûterai pas cette fois car il me reste pas mal de route à faire.

De Castellanne, plusieurs variantes pour rejoindre le village de Trigance où j’ai réservé un hôtel pour ce soir. La route rouge principale qui longe le Verdon avec sûrement un fort trafic auto ou alors la petite route blanche qui s’en va tout droit dans la forêt et la montagne. Celle là me tente d’avantage.

Je refais un plein d’énergie avant d’attaquer cette portion finale. Un mélange de pain d’épices, de fromage et de deux pêches pas très mûres achetées ce matin à la  Foux d’Allos. Quelque chose n’est pas bien passé dans les intestins de ce mélange original.

Le plaisir de cette montée par ailleurs agréable est un peu gâché par une douleur tenace au bas-ventre. J’arrive vers 19h au restaurant-hôtel  Lou Cafourcho, adresse indiquée par le gîte d’étape voisin, complet pour ce soir. Bonne adresse en l’occurrence.

 

De Trigance à Forcalquier (114 kms)

 072_Gorges du Verdon

Une route à 2 chevrons pour se mettre en jambes ce matin, çà commence très fort. C’est l’effort à fournir pour basculer du côté des Gorges du Verdon.

Comme son nom l’indique, la corniche est vraiment sublime. C’est bien sûr à vélo qu’on apprécie tout le grandiose des lieux. La nature fait ici dans les extrêmes. Autant les gorges sont profondes, les parois vertigineuses, autant la route monte fort et redescend à maintes reprises, sans doute pour faire sentir aux lilliputiens bipèdes de passage leur insignifiance devant le temps et le travail hallucinant de l’eau qui a entaillé ces montagnes.

Je fais la pause de la mi-journée à la source de Vaumale au début de la descente vers Aiguines. Quelle récompense de fraîcheur en cette journée torride ! Le murmure de l’eau qui coule dans le bassin est tellement apaisant et la halte se prolongerait bien s’il n’y avait encore du chemin à faire. Un peu après on aperçoit la dernière portion bleue turquoise du Verdon qui se jette dans le lac de Sainte-Croix. On distingue les multiples embarcations qui font la joie des touristes de passages.

Après Aiguines on arrive à ce dernier pont sur le Verdon d’où la vue est magique, contraste entre ces berges blanches escarpées et le bleu émeraude intense de l’eau.

Il faut ensuite remonter vers Moustiers-Ste-Marie. Me croirez-vous si je vous dis qu’il fait une chaleur à ne pas mettre un cycliste sur une route ? Le soleil est au zénith et il est préférable d’aller voir Ste marie pour trouver un peu de fraîcheur et de réconfort.

Je ne suis visiblement pas le seul à avoir eu cette géniale idée. Beaucoup de badauds dans les rues piétonnes. Je m’abreuve encore une fois à une fontaine, je m’enivre d’eau et de fraîcheur.

J’en oublierais presque que je dois être à Forcalquier ce soir.

Après quelques kms sur la route nationale, je bifurque vers des chemins plus sympathiques. Puimoisson, Brunet par un raccourci en chemin de campagne mieux adapté aux VTT qu’à mon poids lourd.

La route droite du Val d’Asse me semble interminable, avant d’enfin atteindre Oraison puis La Brillanne. Encore 11 kms jusqu’à Forcalquier. Heureusement la route est moins pentue que je ne le craignais car ce soir je sature après cette longue journée..

Le gîte d’étape, lui est situé en hauteur à 2 kms de la ville. J’ai atteint l’objectif du jour, mais comme il y a des routes qu’on voudrait jamais ne voir s’arrêter, il y en a d’autres qui semblent sans fin. Histoire de moral.

Je suis l’unique occupant du gîte. Un dortoir, une cuisine, une salle de bains. Je suis tellement exténué, et comme de plus je mange régulièrement tout au long du trajet, je me fais juste une soupe et je me couche. Il fera jour demain.

 

De Forcalquier à Villes-sur-Auzon (97 kms)

 088_Colorado Rustrel

Je suis levé avant le soleil ce matin. Le ciel s’illumine du côté d’Oraison. Le Prieuré de Salagon et le château de Sauvan que j’approche ce matin garderont leur mystère pour moi.

Les maraîchers arrosent leurs cultures. Beau spectacle lumineux avec le soleil rasant.

Je bifurque vers St Michel l’Observatoire. C’est jour de vide grenier. Je traverse la place à pieds pour éviter la déviation mise en place. Après le village j’aperçois les dômes de l’observatoire de Haute Provence.

Aubenas-Les-Alpes me rappelle que je suis bien dans les Alpes. Çà monte sérieux en direction de Vachères. Pour monter au village il y a deux choix : la route directe interdite aux poids lourds ou un peu plus loin la route « normale ». Une 3ème solution consiste à ne pas monter au village, à le contourner.

Laquelle des trois pensez-vous que je choisis ?

J’ai attaqué direct la montée par le chemin le plus court avec mon poids lourd de vélo. Et là j’ai compris l’interdiction. Impossible avec mes développements d’y monter sans mettre pied à terre pour pousser le chargement en avant. Et pousser un chargement de 30 kg sur cette pente s’avère aussi difficile que de pédaler. J’ai oublié de vous dire, peut-être l’aviez-vous deviné, qu’il faisait fort chaud. Le charmant village de Vachères (je ne suis pas rancunier) se prépare aux fêtes du 15 Août.

La fontaine salvatrice m’accueille pour le casse-croûte matinal.

Il y a ensuite une magnifique descente vers Oppedette d’où je peux apercevoir pour la 1ère fois le Mont Ventoux par lequel je passerai demain.

A Oppedette je rate mon changement de vitesse pour attaquer la côte à la sortie du village et doit mettre pied à terre devant un étal de fruits et légumes du pays. Je profite de l’occasion pour acheter un beau melon bien mûr. Un kg de plus dans les sacoches, c’est négligeable.

Je longe ensuite les Gorges d’Oppedette qu’il faudrait sans doute découvrir à pieds pour mieux apprécier..

Le village suivant s’appelle Viens. J’y vais encore une fois par la route directe, celle qui est interdite aux poids lourds. Incorrigible. Cette fois les 2 chevrons indiquant des pourcentages compris entre 10 et 15% sont bien indiqués sur la carte. Même topologie, même scénario qu’à Vachères avec un melon en plus.

J’allais posé pied à terre pour la n ième fois, quand une cycliste me double en me félicitant : même sans bagages c’est très dur dit-elle en me dépassant. Ces paroles compatissantes me permirent de trouver l’énergie suffisante pour tourner les pédales.

Le melon, je l’ai dégusté, savouré, bien sucré, évidemment à l’ombre de la fontaine. C’est la première fois que je mange avec gourmandise un gros melon entier.

A la fontaine il est précisé qu’il est interdit de prélever de l’eau dans le bassin. Elle est réservée aux chevaux de passage.

Un vieux monsieur du village avec son chapeau de paille, accompagné de son jeune chien aussi vigoureux que lui semble fragile, vient s’asseoir près de moi. Il me raconte qu’étant jeune il habitait Arles et allait tous les jours à vélo aux Saintes Maries pour travailler. 80 kms aller-retour, avec ou sans mistral, j’imagine la galère. Il est passé à la mobylette dès qu’il a eu les moyens de s’en acheter une. Je le comprends.

Je quitte mon touchant compagnon de rencontre pour faire quelques kms jusqu’au site du « Colorado de Rustrel ». C’est un ancien site d’extraction d’ocre. Bien que la température au soleil semble bien être digne du Colorado, il y a beaucoup de zones ombragées qui permettent d’apprécier ces sculptures minérales colorées.

Après la visite je repousse encore l’heure du départ par une pause boisson-sandwich à l’hombre des arbres près d’une vieille bâtisse transformée en bar-restaurant à l’entrée du site.

Je me décide enfin à repartir en direction de St-Saturnin-sur-Apt. J’ai à nouveau rendez-vous avec les excès du soleil. Arrivé en ville, je ne peux pas ne pas m’arrêter pour jouir du plaisir immense de savourer une boisson fraîche gazeuse, comme si je venais de traverser un désert. Plaisir éphémère enivrant (sans alcool).

La route en direction de Sault est une route pour cyclotouristes, sûrement encore plus agréable à une autre heure de la journée.

Pour rejoindre Méthamis, je prends les petits chemins dans la forêt de St Lambert. Il me semble faire plus de kms que prévu. Je suis un peu perplexe, voir perdu face aux indications en comparaison avec ma carte. J’ai l’impression de tourner en rond. Quand je repère le chemin de Fillol  et ensuite une montée avec 2 chevrons il me semble avoir la confirmation d’être sur le bon chemin. Pourtant le bel enrobage neuf sur lequel je roule depuis quelque temps s’arrête à une clairière où je ne trouve que des panneaux indiquant des chemins de randonnées. Aucune indication pour Méthamis. Immense moment de solitude. Comment me sortir de cette forêt ?

Mon salut vient d’une voiture qui monte de l’un des chemins. Je fais part au conducteur de mes soucis d’orientation. Il me confirme que je suis bien là où je me situais sur la carte et qu’il faut faire 500m sur le chemin empierré pour rejoindre la route. Immense soulagement. Pour l’histoire, le conducteur était lui-même cyclotouriste passionné, membre d’un club près de Manosque.

Soulagé d’avoir trouvé la sortie de la forêt, j’apprécie pleinement la longue descente le long des gorges de Méthamis.

Ce soir je fais étape chez une cousine à Villes-Sur-Auzon. Partager mon bout de chemin avec des gens proches, apprécier la convivialité d’un repas du soir sont des éléments motivants pour la suite du parcours.

 

De Villes-Sur-Auzon à Ste Jalle (86 kms)

 093_Ventoux

Les 7 coups au clocher sonnent l’heure de mon départ. L’objectif principal du jour s’appelle Mont Ventoux. A entendre les commentaires des uns et des autres, à voir la série de 2 chevrons sur la carte, dire que j’envisage la montée sereinement serait un peu exagéré.

Après Flassian et Ste Colombe, pas de doute, vu le nombre de cyclistes en vue, c’est bien ici que débute le défit.

Aujourd’hui plus que tous les jours mon objectif est d’abord d’apprécier le moment présent et ensuite d’arriver à destination en en bavant le moins possible. Donc l’impératif est d’aller le plus lentement possible pour pouvoir monter les 100 kg de l’équipage là-haut. Un développement plus court aurait été mieux adapté sur ces pentes raides et longues. Il faut faire avec. Dans cette configuration escarpée je suis le plus souvent debout sur les pédales pour y mettre tout mon poids. Les facteurs qui me limitent dans un tel effort sont la respiration, le rythme cardiaque et la force de tourner les pédales. Evidemment les 3 sont liés. Donc le choix du développement le plus court est impératif, tout à gauche sur le 30x28. Le contrôle de la respiration est le 2ème facteur sur lequel je peux jouer pour mieux profiter de l’ascension.

Ici chaque cycliste a d’abord rendez-vous avec lui-même. Difficile de tricher sur ces pentes. Chacun doit trouver son rythme, faire son chemin plaisant. Certains mettent pied à terre et montent en poussant le vélo, d’autres s’envolent à un rythme effréné.

Mon chargement suscite la surprise et des mots d’encouragement. J’en suis touché. L’expression « courage » souvent entendue est pourtant assez éloignée de mon état d’esprit dans ces moments. Le plaisir me sert de moteur, pas le courage, pas la performance.

Dans les portions les plus raides j’ai expérimenté les années précédentes le truc qui consiste à me dire que je ne dois pas aller trop vite car je dois attendre un piéton qui me suit. Incroyable, cette année la réalité rejoint l’imagination. Dans cette ascension du Mont Ventoux, derrière moi, 2 marcheurs sportifs sont à mes trousses. Mon compteur oscille entre 5 et 6 km/h , vitesse d’un bon marcheur. Je dois dire que je préfère imaginer le marcheur plutôt que de l’entendre derrière moi et d’être poussé à adopter son rythme pour ne pas être dépassé.

Au Chalet Reynard, à la sortie de la zone forestière, je retrouve après une pause mon cousin Jean-Jacques partit une heure après moi. Nous montons la 2ème portion désertique, chacun à son rythme, lui devant, moi derrière.

Au départ la pente est raisonnable et de plus il fait une température agréable. La vue du sommet est à la fois motivante et trompeuse. Il semble là, tout proche et pourtant à chaque lacet on ne semble pas avoir beaucoup progressé.

Le dernier km requiert la mobilisation de toute l’énergie restante et de la concentration. Les mots d’ordre sont d’aller le plus lentement possible et de bien respirer. Ceci me permet d’y arriver et de goûter à ce bonheur de l’objectif atteint, à la satisfaction de voir encore ce corps répondre à ces fortes sollicitations.

Après le temps de savourer un verre avec Jean-Jacques, je me laisse descendre doucement en prenant le temps de pauses photos pour ramener un peu de ces sensations à la maison.

Les sacoches contiennent de quoi compenser l’énergie dépensée dans l’ascension. Je m’arrête donc en cours de descente pour quelques heures.

Arrivé à Malaucène, fini la fraîcheur d’altitude. Je prends les petites routes sympathiques vers St-André-Entrechaux. A près plusieurs arrêts fontaines, me voilà à Buis-Les-Baronnies. A la fraîcheur de l’eau qui coule, au son d’un concert de jazz tout proche, je déguste mon melon, ma drogue. J’ai constaté un regain de vitalité rapide à chaque fois que j’ingurgite le sucre de ce fruit succulent.

La température clémente, la beauté des paysages, mes batteries rechargées en sucre m’incitent à entamer l’ascension vers le col d’Ey. C’est une montée agréable vers les 718 m du sommet.

A 20h je m’arrête au camping de Ste Jalle. Il fait nuit à 9h, je n’atteindrai pas ce soir Villeperdrix comme je l’avais envisagé.

Peu importe. Je demande à des voisins en camping-car s’ils peuvent recharger la batterie de mon appareil photo. Ils le font volontiers et m’invitent généreusement à partager leur repas. Cet accueil, cette ouverture à un inconnu de passage me touchent particulièrement. Je me régale : pâtes au saumon, compote d’abricots maison. Ils m’apprennent que ce camping fut ravagé lors des terribles inondations de Vaison-La-Romaine il y a quelques années.

Je m’endors paisiblement à l’hôtel de la voie lactée. Le ciel est parfaitement clair, mon esprit est serein.

 

De Ste Jalle au Col de Menée (98 kms)

 117_Chatillon en Diois

De Ste Jalle, deux possibilités pour rejoindre Rémuzat : une petite route blanche sinueuse avec sur le chemin le col de Soubeyrand à 994m ou la route nationale et les gorges de la rivière Eygues et ceci pratiquement tout en descente. Je choisis la solution la plus facile. Je deviens sage. C’est je crois le bon choix. Ce chemin est une belle promenade pour cyclotouristes.

Aussitôt après avoir dépassé le village de Sahune, on entre dans les pittoresques gorges de Saint-May d'une longueur d'environ 8 km, formant un étroit défilé où il n'y a place que pour la rivière et la route nationale souvent taillée dans le roc.

A Rémuzat, changement de direction, cap sur le nord en franchissant le pont. On peut voir ici prés de la falaise le vol de vautours fauves réintroduits en 1996. En vol cet oiseau à une envergure imposante : 2.60 à 2.80 m., ce qui en fait l'un des plus grands rapaces.

A La Motte-Chalancon, ravitaillement et pause sur le banc prévu comme d’habitude pour accueillir le voyageur de passage..

De l’énergie il en faut pour attaquer la montée vers le col de Prémol. Avant d’entamer les choses sérieuses, un petit cours d’eau providentiel au détour d’un virage me permet de me rafraîchir. Le maillot et la casquette trempés auront le temps de sécher en me distillant un peu de fraîcheur dans le dos.

Les premiers kms après La Charce ne sont pas des plus agréables. C’est une déclivité importante en ligne droite, sous les ardeurs de l’astre solaire. Ensuite la montée se fait tranquillement. Après le col il faut repédaler du côté du charmant village de Jonchères. La descente permet de me rafraîchir alors que le soleil est au zénith. En fin de descente, à l’approche de Luc en Diois on peut voir de nombreuses parcelles irriguées où poussent des noyers bien chargés en fruits.

Malgré la fournaise je continue vers Châtillon en Diois où je dois faire escale chez mon ami François. La route entre les deux villes est plutôt agréable mais à cette heure de la journée il vaut mieux éviter de s’arrêter  sous peine d’être grillé sur place en quelques instants.

Châtillon, oasis où les fontaines coulent à tous les coins de rue est un havre de paix après les températures d’enfer des heures précédentes.

Après quelques heures de repos et la visite du village en attendant des températures plus clémentes, je repars, heureux de cet intermède qu’est une rencontre dans le cours d’un voyage.

Le col de Menée, au menu de la soirée a quelque chose d’un grand : 16 kms d’ascension pour arriver à 1400 m. Heureusement qu’après 18h la montée se fait à l’ombre. C’est une ascension plaisante, juste une question de gestion du temps pour arriver au sommet. En l’occurrence, à 20h il me reste 5 kms à parcourir. Je prends la décision de m’arrêter là où une prairie se prête à l’installation de ma petite tente. Le temps de l’installation et du repas, la nuit arrive vite. Je m’endors rapidement sous les étoiles.

Quelques heures plus tard je suis réveillé par quelques bruits proches. Quand on est sensé être isolé dans une montagne à 5 kms d’un col dans un silence absolu, l’imagination travaille fort. Je distingue vaguement une faible lumière en contrebas. Ceci m’empêche de me rendormir, me tenant sur mes gardes. Après quelque temps, rien n’évoluant, je me dis que si quelqu’un a une mauvaise intention à mon égard, il serait déjà passé à l’acte. Aux premières lueurs de l’aube je distingue un camping car un peu plus bas. Il a juste gâché la quiétude de cette nuit sous les étoiles.

 

Du Col de Menée à St-Etienne-en-Dévoluy (79 kms)

 127_Mt Aiguille

Bien qu’étant à près de 1300m d’altitude il fait doux ce matin à 6h30. Après un petit-déjeuner frugal, je monte les 5 kms qui me restent à gravir avant le col. Arrivé au sommet je me dis que j’ai fait le bon choix en m’arrêtant hier en cours d’ascension. Le col est en fait l’entrée d’un tunnel qui me fait passer de la Drôme à l’Isère. Au début de la descente, il n’y a pas plus qu’au sommet la moindre surface pour planter une tente. Il aurait été bien dommage de faire ce parcours à la nuit tombante pour tenter de rejoindre Chichilianne où j’avais repéré un gîte d’étape.

Surprenant : il fait de plus en plus froid à mesure que je descends. Je croise un éleveur qui monte son troupeau de vaches et veaux vers le col.

Le Mont Aiguille, citadelle détachée du Vercors, est admirablement éclairé par le soleil levant.

Quelques courses à Clelles pour regarnir les sacoches : l’indispensable melon, du pain et du saucisson sec.

Après avoir trouvé l’indispensable banc, je reprends des forces avant de partir vers Mens. La route, agréable par ailleurs, s’élève à l’approche de la ville. C’est jour de marché. La circulation au centre ville se fait au ralenti. Indispensable remplissage des bidons à la magnifique fontaine.

Je rencontre un jeune cyclo qui vient de Poitiers, jeune et un peu inconscient des difficultés rencontrées à cause d’un vélo bas de gamme, pas bien adapté à la longue randonnée, vélo emprunté à sa petite sœur me dit-il. Le chargement ne semble pas bien stable. Plusieurs étapes de plus de 100 kms semblent à l’origine d’une tendinite à la rotule. Après l’avoir quitté, je regrette de ne pas avoir pris le temps de discuter davantage. Je pense que ça lui aurait remonté le moral de partager nos expériences. Ce genre de rencontre avec d’autres voyageurs à vélo est trop rare et j’aurais dû prendre le temps de compenser la solitude du voyageur au long cours.

Après Mens, pas d’autre solution que de passer par le col St Sébastien à 926m. Dans la montée je peux à nouveau admirer le majestueux Mont Aiguille. Après le col j’espérai profiter d’une descente progressive vers le lac du Sautet. Il y en eu certes, mais il a fallu de temps en temps appuyer fort sur les pédales. Mon objectif est d’arriver vers le lac et d’y trouver une zone de baignade et de repos pour quelques heures alors que le soleil est au plus haut et qu’il commence à me taper sur le moral. A l’approche du lac on plonge par quelques lacets. Mais grosse déception, point de berge de lac en vue. Pas d’autre solution que de se retaper l’équivalent des quelques lacets descendus juste avant. Le moral en prend un coup. Et après être remonté, c’est une ligne droite interminable, au milieu d’une plaine agricole, évidemment sans la moindre ombre salutaire.

Enfin, je repère une petite route qui plonge à nouveau vers le lac et la rivière Souloise., avec toujours cet objectif de recherche de fraîcheur. Vu la descente vertigineuse, je prie d’y trouver mon lieu de repos et de repas et de ne pas faire le même coup que quelques kms auparavant.

Miracle, au fond de ce vallon impressionnant coulent les flots tant espérés. L’accès est un peu difficile à vélo, mais quelle récompense.

Je me jette sur le melon que je transporte depuis ce matin pour à nouveau savourer la chair sucrée. Un petit feu discret (contrairement à l’interdiction signalée par les panneaux) pour réchauffer l’eau de mes spaghettis bolognaise et me voilà rassasié.

Le torrent est aussi attrayant que froid, mais quel plaisir de se rafraîchir le corps.

Vers 16h30 j’entame la remontée en direction du village de Monestier pour rejoindre la sympathique route parallèle à la route principale. On y bénéficie de zones ombragées, toujours les bienvenues à cette heure et on est accompagné de la musique de l’écoulement du torrent..

Après l’intersection avec la route principale, voici le défilé de la Souloise qui marque la limite entre Isère et Hautes Alpes et également la remontée en altitude vers St Disdier. Dans ce village, j’envisage une halte bistrot avant d’entamer l’ascension finale vers l’étape du soir. Mais point de bistrot ici, juste une fontaine qui délivre un mince filet d’eau. Les temps sont durs.

Puis vient cette ligne droite aussi difficile qu’interminable et de plus sans intérêt particulier pour monter vers St Etienne en Dévoluy. Vu le nombre de véhicules qui y montent, l’idée de ne pas trouver de logement en ce samedi soir m’inquiète un peu.

La vue sur le village éclairé par les derniers rayons et entouré des hauts sommets est magnifique  à l’arrivée.

Après deux nuits de camping, l’hôtel a ma préférence. Le premier est le bon. A cette auberge de la Souloise le repas est excellent, mais je n’ai jamais vu autant de mouches sur une table. Je dois en repêcher deux dans ma bière, j’ai faillit en avaler une avec de l’eau. Il y en a des nuées sur le pain et les couverts si on ne les protège pas. Certains clients se réfugient à l’intérieur, d’autres s’acharnent frénétiquement dans un combat perdu d’avance à écarter ces indésirables bestioles. 

 

De St-Etienne-en-Dévoluy à Embrun (82 kms)

 151_vers Col du Noyer

Le petit-déjeuner de lève-tôt commandé hier est prêt dans la salle de restaurant. L’objectif de cette matinée est de passer le Col Du Noyer à 1664m.

Je suis vite au dessus du village, vu le dénivelé de la route et là je pressens du grandiose. On monte en longeant des champs de céréales, des prairies, des fermes. Tout ce plateau agricole est cerné de monts majestueux mis en valeur par le soleil levant.. Il est difficile de trouver les mots précis pour transmettre la joie ressentie d’être là à cet instant. C’est l’enivrement de la haute montagne qui opère. Je suis surpris de rencontrer très peu de cyclistes. Ami cyclo, si tu passes dans la région, emprunte ce chemin exceptionnel. Mais attention les pentes sont raides. N’oublie donc pas ton appareil photo pour ramener un peu de ce décor à la maison. Ceci te donnera prétexte à de nombreux arrêts. Il serait bien regrettable d’aller trop vite, de juste passer pour se faire le col.

Après le Dévoluy, la descente sur le Champsaur offre un aspect bien différent. Ici la route s’accroche au flanc de la montagne. La vue porte loin sur la vallée, mais le paysage est moins varié. Je suis bien heureux d’avoir fait l’ascension du bon côté, à la bonne heure, par le meilleur des temps.

A Poligny, l’heure est venue pour une halte, pour manger à l’hombre des arbres, pour apprécier l’immobilité après le mouvement.

Après Villard de Laye, j’emprunte sur 1 Km la Route Napoléon au trafic bien chargé en ce dimanche. C’est en descente et je reprends vite une route secondaire.

Après St Laurent du Cros, la D14 semble bien sympa sur la carte, blanche, bordée de vert. Je crois que Mr Michelin a oublié d’indiquer 1 chevron sur ce passage. A moins que ce ne soit le soleil qui me joue des tours. J’arrive quand même bientôt au col de Manse à 1268m.

De là je me lance dans la descente vers La Bâtie Neuve avec l’espoir d’y trouver un restaurant. Oui, c’est dimanche, jour de restau et de plus il me semble que j’ai le temps d’en profiter car j’ai raccourci le trajet initial projeté. Je deviens sage, j’ai renoncé au col de Moissière.

A la Bâtie Neuve, point de restau d’ouvert. Une seule solution, foncer vers Chorges, vu l’heure un peu tardive, il est près de 14h. Entre ces 2 villes, coule le flot des autos sur la route Gap-Briançon. Le temps de côtoiement sera limité vu la pente descendante qui me permet de passer le grand plateau pour arriver à temps au restau.

Salade composée aux queues d’écrevisses, voilà un plat original, de plus copieusement servi et rafraîchissant. Une petite sieste s’impose en attendant que le soleil veuille bien être moins mordant.

Pour rejoindre Embrun j’ai les petites routes dans la montagne au dessus du lac de Serre-Ponçon. J’ai bien précise »petites routes de MONTAGNE ». Les chevrons Michelin m’avaient un peu échappés pour cette montée vers Ste Appolinaire distante de 8 kms sur la carte et très lointaine sous le cagnard de fin d’après-midi. Ici j’ai transpiré, sué, dégouliné, ruisselé, pesté contre l’astre solaire. Un peu çà va, mais trop c’est trop.

Mais cet après-midi est un peu à l’image de cette semaine. Les récompenses sont souvent au rendez-vous après les efforts. Les vues sur le lac me remontent le moral au beau fixe.

Cet après-midi est la dernière du voyage et ces dernières années j’ai souvent terminé la semaine vélo sous la pluie. Je crois que le destin me prépare encore une fois le même coup.

Des nuages d’abord moutonneux et blancs pointent leur nez au-delà des sommets. Le ciel s’obscurcit bientôt, masquant les montagnes dans la direction d’Embrun. Ce ciel menaçant, sombre d’un côté et ensoleillé de l’autre procure une lumière exceptionnelle pour la photo. Ce ciel du dernier jour ne pouvait pas être comme celui des jours précédents. C’est une apothéose, une mise en scène réjouissante.

Après être monté depuis la fin de l’après-midi vers Ste Appolinaire, j’imaginais avoir donné les derniers coups de pédales avant d’entamer la descente sur Embrun. A ma surprise il y a encore quelques raidillons avant de se laisser glisser vers l’arrivée.

Finalement l’orage est passé avant moi sur la région d’Embrun. La route ruisselle et le ciel me gratifie d’un magnifique arc en ciel. Bel accueil !

 

Je n’ai pas de tendinite, pas mal aux fesses. Je n’ai pas cassé une pédale. Je n’ai pas été mordu par une vipère.

Petits miracles de la vie, j’ai déroulé au fil des jours le projet qui me tenait à cœur depuis plusieurs mois.

Un si petit rien aurait pu tout compromettre. Merci le destin.

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10 janvier 2012

Lucerne, son lac, son Kapellbrücke et ses bicyclettes

Tandis qu'en France, les bicyclettes se font lentement une place sur la chaussée parmi les nombreux véhicules motorisés, chez certains de nos voisins du nord de l'Europe (Allemagne, Pays-Bas et Danemark en particulier) les choses sont bien différentes : la bicyclette s'impose largement dans toutes les agglomérations.

Mais qu'en est-il de la Suisse ?

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Curieusement, le relief a priori dissuasif pour la bicyclette ne semble pas poser problème ici. A noter que la ville de Lucerne dispose d'un réseau de transport en commun particulièrement bien développé (nombreuses lignes de bus et trolley-bus avec une faible attente même en heure creuse et des tarifs bon marché).

Alors que de nombreux habitants ne possèdent pas de voitures (les places de stationnement sont rares et chères), le vélo permet à la fois d'être autonome et de garder la forme en profitant du bon air.

Autour des gares, comme en Allemagne ou au Pays-Bas, on trouve d'immenses parkings à vélo bien remplis.

Partout également, des voies cyclables et des bandes cyclables.

Ici, pas ou peu de problème de vol, souvent on bloque juste une roue de son vélo avec un faible antivol.

Ah, très important, en croisant un vélo dites : Grüezi ! (prononcez "gruétsi" = bonjour)

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18 septembre 2011

Frontières germaniques

Frontières germaniques  - Août 2011

 

 

J’ai le plaisir de vous présenter ici le récit de mon voyage à vélo entre Autriche, Allemagne, Suisse et France.

- Alain Postic -



 

Pour accéder à l'album photos, cliquer ici ........Voir les Photos

Pour visualiser le parcours, cliquer ici .....Voir le parcours

 

 

 

Samedi 13 Août 2011 - De Garmisch-Partenkirchen à Reutte   (62 Kms)

0004gare GarmischAprès une semaine de séjour à Gérardmer où j’ai eu l’occasion de sillonner les routes de la région et ce parcours de 140 Kms pour rejoindre la gare de Strasbourg, je suis en pleine forme pour entamer ce périple de Garmisch-Partenkirchen en Allemagne à Gérardmer dans les Vosges.

Le transport en train de Strasbourg à Garmisch en passant par Münich s’est très bien passé pour le cycliste et son vélo.

Pour information, la réservation d’un emplacement pour le vélo est obligatoire en Allemagne sur les grandes lignes, donc entre Strasbourg et Münich, contrairement à ce que vous dit la SNCF qui ne sait pas la fournir. On peut faire la réservation par téléphone à la Deutsche Bahn à Paris qui vous envoie les billets par la poste.

Un demi wagon est réservé aux vélos, les places sont numérotées, mais vu la quantité de vélos à l’arrivée, il semblerait qu’il y ait eu des surréservations.

Je ne m’attarde pas à Garmisch car je ne sais pas bien appréhender le parcours de cette fin d’après-midi. Je crains un peu le relief vers Reutte.

Je descends vers Oberau en empruntant de préférence les pistes cyclables, mais je me retrouve finalement sur une voie à grande circulation.

C’est un peu l’enfer entre Oberau et Ettal : trafic intense, forte chaleur et pente importante. Çà se calme après l’intersection avec la route en direction de la frontière autrichienne. J’avais imaginé ici une petite route de montagne pentue. Finalement çà monte raisonnablement, doucement. Il y a juste quelques lacets à la frontière qu’on passe sans s’en apercevoir. Il n’y a plus ensuite qu’à se laisser aller jusqu’au Plansee, superbe lac de montagne où la tentation de la baignade est forte.

A Reutte-Lechaschau, j’ai réservé à la pension Leuprecht. C’est une halte à recommander, accueil sympathique, le propriétaire parle parfaitement le français, le quartier est calme et on trouve de la restauration à proximité.

 

Dimanche 14 Août – De Reutte à Mellau    (100 Kms)

074Cette journée entre Reutte et Mellau fut tout simplement merveilleuse. La Lechtal, vallée de la rivière Lech pourrait s’appeler vallée des merveilles. De Reutte à Steeg, sur près de 50 Kms, un chemin réservé aux cyclistes longe le torrent, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. On passe et repasse sur le cours d’eau par de pittoresques ponts, souvent en bois. On peut voir, même en ce dimanche des agriculteurs qui s’occupent de leur foin, sur de petites parcelles. On voit beaucoup de petits tracteurs qui retournent l’herbe. Souvent des personnes munies de fourches et râteaux peaufinent le travail. Çà me rappelle des souvenirs d’enfance à la ferme familiale.

De nombreuses granges parsèment ces paysages très verts. J’ai l’appareil photo à portée de mains et suis émerveillé à chaque détour de chemin. Ponts, cours d’eau, maisons fleuries, églises, je ne sais plus où donner ma préférence, je mitraille.

Ce chemin est très fréquenté, aussi bien par des cyclo-sportifs  que par des familles entières. La route est en majeure partie goudronnée. Quelques passages gravillonnés me font craindre pour mes pneus de route, mais çà passe bien partout.

Sur tout ce trajet on a l’impression d’être sur du plat bien qu’on remonte le cours de la Lech. La route zigzaguant entre cours d’eau, villages, route principale, on parcourt des kilomètres supplémentaires par rapport à la route normale. Mais quel luxe, quel plaisir d’avancer dans le calme, à l’abri des voitures et des hordes de motos.

Après Steeg on rejoint cette route principale et la montée en altitude s’amorce. Il fait très chaud, çà monte sérieux sur de longues lignes droites qui ne permettent pas de bien évaluer le pourcentage. Je suis en tout cas sur le 30x28, debout sur les pédales. Une seule tactique en cette configuration : aller le plus lentement possible. Mon truc pour garder le moral est de me dire que j’accompagne un piéton et que je dois l’attendre. Çà me donne le bon rythme, le seul qui me permet d’arriver à bout de l’obstacle. Quelques passages dans des tunnels offrent l’opportunité de refroidir la machine et surtout le machin qui pédale à perdre haleine.

J’arrive enfin à Warth où je mets pied à terre pour une petite halte réparatrice près d’une fontaine apaisante. J’en profite pour prendre quelques vitamines. Du pain de seigle à l’Emmental fera l’affaire. Depuis le départ, ce régime qui consiste à m’alimenter régulièrement, plutôt que de faire un repas important vers midi, me convient bien. Il évite les problèmes de digestion difficile.

Après Warth, il reste encore 5 Kms avant d’atteindre le col. La route est ici plus humaine, plus propice aux cyclistes. C’est une route de col plus classique, moins large, des virages plus marqués. La lumière est belle en cette fin d’après-midi. Maisons fleuries, granges dans des paysages d’un vert éclatant.

Une ligne droite interminable et d’un dénivelé à casser la machine à pousser les 30 kilos de matériel vers le sommet est sans doute là pour décourager  d’éventuels cyclos  qui ne connaîtraient pas le truc qui permet d’aller le plus lentement possible. Je suis finalement surpris en voyant le panneau annonçant les 1679 mètres d’altitude. Je ne pensais pas être monté si haut. Çà explique finalement toutes les misères précédentes.

Arrivé à ce col, le Hochtannbergpass, il ne me reste plus qu’à me laisser porter jusqu’à Mellau distante d’environ 22 Kms.

Mais ici encore les paysages sont époustouflants. Descentes vertigineuses, lacets, ponts. Encore de nombreux prétextes à arrêts photos.

J’arrive vers 18h30. Je prends rapidement une douche à l’hôtel Kaniflush où j’avais réservé, car ici en Autriche on mange tôt le soir. A 19heures les tables sont complètes et à 20 heures je suis pratiquement le seul client encore à table pour terminer un excellent repas : buffet de crudités (j’en avait vraiment envie depuis quelques jours), soupe à l’oignon, poisson grillé en sauce et coupe glacée. Sans oublier bien sûr mon demi d’une bière irrésistible.

Ici encore l’accueil et la chambre sont impeccables. Le patron fait l’effort de parler un peu français.

 

Lundi 15 Août – De Mellau aux environs de Meerburg  (94 Kms)

101Quelques kilomètres après Mellau, je dois choisir entre la route principale vers Bregenz ou, sur la gauche une route secondaire indiquée en vert sur la carte et qui semble plus pittoresque, moins fréquentée que la première. Après quelques kilomètres je comprends que j’ai juste raté l’indication comme quoi cette route à priori sympathique passe par un col à 1148 m.

Donc, je n’ai pas pris la route principale très fréquentée qui semblait descendre tranquillement vers le lac de Constance, mais cette petite route tout de même très fréquentée et qui n’en finit pas de monter. Il n’est que 10 h et il fait déjà très chaud.

Ici j’ai frôlé l’implosion. Le truc du piéton que j’attends ne marche pas bien ce matin. Le piéton est plutôt devant moi et je dois faire quelques arrêts pour reprendre mon souffle. Satanée route verte. çà frôle le masochisme… C’est là que l’on voit l’importance du moral par rapport au physique. Ce col était certes difficile, mais ce qui a surtout fait difficulté, c’est  que je ne l’avais pas prévu, et que je n’ai pas bien su gérer le rythme, trop pressé de passer cette erreur de parcours.

Arrivé au col, j’espérais au moins un beau panorama sur le lac de Constance. Mais non : rien, pas de vue sur la lac, mais sur la ville de Dornbirn et toutes les agglomérations que je vais en plus devoir traverser au lieu d’arriver presque directement  au lac par la route principale. Ce matin, j’ai tout faux.

Un peu après Bregenz je fais la halte pique-nique sur les berges du lac, bien à l’ombre.

Un bain de pieds, une petite sieste, et je repars sur cette piste du tour du lac. Ici les cyclistes sont légion. C’est un défilé incessant de promeneurs. Je préfère franchement les petites routes de montagne. Il faut être très prudent et la vitesse moyenne n’est pas très élevée.

Je passe Lindau que je traverse sans vraiment visiter.

J’ai aujourd’hui juste un aperçu du lac de Constance et des villes traversées, quelques clichés. On est souvent en zone urbaine. D’ici de là, je prends le temps d’une pause avec vue sur le lac pour m’imprégner de l’ambiance. Ce passage est bien sûr trop rapide pour porter une appréciation sur cette région. Je ne suis pas « emballé » mais j’ai le sentiment de passer à côté de trésors cachés qui demanderaient beaucoup plus de temps pour être appréciés.

Friedrichshafen est atteint après quelques kms sur une voie rapide. J’avais perdu la piste cyclable. Ne souhaitant pas prendre le temps de visiter, je passe au hazard des rues.

Je me fixe comme objectif d’atteindre Meersburg d’où l’on peut traverser pour Constance. Mais je me rends compte bientôt qu’il est trop tard pour passer sur l’autre rive ce soir et ensuite parcourir la ville.

Je passe devant quelques campings qui affichent sans surprise complet.

Je fais halte finalement dans une vigne qui a l’avantage d’offrir des allées bien engazonnées. La route est proche et fréquentée, mais çà devrait se calmer la nuit, si je ne suis pas délogé d’ici là. Il est 20h15, je fais chauffer la soupe.

Deux coups de feu pas très éloignés me surprennent en plein repas. Serais-je repéré et poursuivi ? La surprise passée et quelques réflexions, c’était sans doute un système pour éloigner les oiseaux des vignes.

Il n’y aura pas d’autres tirs la nuit, mais le sommeil sera perturbé par le  trafic routier qui ne s’arrête jamais.

 

Mardi 16 Août – de Meersbourg  aux environs de Rheinau (86 Kms)

146La traversée en ferry de Meersburg à Constance est rapide. De Constance, comme des autres villes traversées, je prends au hasard du parcours quelques impressions fugitives.

La ville est séparée de Kreuzlingen par la frontière germano-suisse.

Je longe maintenant le lac en direction de Schaffhausen. La route est plutôt calme et la plupart du temps les cycliste bénéficient de voies séparées. Cette portion du lac m’est plus agréable que celle d’hier, moins urbanisée, moins fréquentée. Ici je ne vois pas de bases de loisirs aménagées avec le flot d’estivants qu’elles attirent..

On est très souvent en vue directe du lac, dans les pâturages, longeant une sympathique petite voie ferrée.

La piste fait de nombreux détours au gré de franchissement de carrefours routiers, de contournement de villages. Le dénivelé surprend parfois. Il faut souvent passer du grand plateau au petit..

Vers 13h je trouve un super coin aménagé pour pique-nique et sieste qui sont les bienvenus car la chaleur devient difficilement supportable.

Je perds la piste du tour du lac vers Eschenz et prends donc la route principale vers Stein Am Rhein et Hemishofen. Je traverse pour la première fois le fleuve et j’ai le bonheur de trouver par hazard « l’Euro vélo 6 » qui est un itinéraire balisé le long de trois des plus grands fleuves européens : la Loire, le Rhin et le Danube. Cette route va de l’atlantique à la Mer Noire

Je prends pour ma part aujourd’hui la direction de l’atlantique, vers Schaffhausen et les célèbres chutes du  Rhin. La route traverse des forêts qui offrent de l’ombre au voyageur. Quel bonheur de sillonner ces pistes aménagées. J’ai parfois l’impression grisante d’être perdu, loin de la civilisation, au cœur de l’Europe.

Le trajet rejoint maintenant le grand fleuve. La baignade est irrésistible par cette grosse chaleur. L’eau est incroyablement bonne et rafraîchissante. J’ai rarement autant apprécié de me délasser dans le courant.

La traversée de Schaffhausen se fait facilement par de belles pistes cyclables. La direction des chutes du Rhin est toujours très bien indiquée.

Le spectacle des chutes est époustouflant. On en prend plein les yeux et les oreilles.

Lorsque le Rhin a son débit moyen, ce sont 750 mètres cubes d'eau par seconde qui franchissent les rochers d'une hauteur de 23 mètres et sur 150 mètres de largeur.

La nature offre ici une attraction inoubliable.

Après m’être régalé de ce spectacle des eaux en furie, je continue ma route Trans-Européenne.

Après Rheinau, la route traverse une forêt tout en longeant le Rhin.

Je découvre vers 18h un petit coin très accueillant au bord du fleuve. Quelques groupes de personnes sont occupés autour de barbecues. D’autres se baignent au milieu du fleuve. Le jeu consiste à se laisser porter par le courant. On en voit passer, sans savoir d’où ils viennent et où ils s’arrêtent. Pour ma part, je me contente du bord du fleuve où on sent déjà un courant important.

Progressivement les groupes de personnes s’en vont à la nuit tombante.

J’installe ma tente en cet endroit idyllique, dans cette petite crique. Comme pour marquer l’évènement, je bénéficie d’un spectacle son et lumière : l’orage gronde et des éclairs zèbrent le ciel. Heureusement il ne fera que passer au loin.

 

Mercredi 17 Août – de Rheinau à Hagenthal (près de Bâle) (98 Kms)

171A 6h30 je prends mon bain dans le Rhin. Merveilleuse sensation de paradis.

Alors que je déjeune, une cavalière vient faire prendre un bain de pieds à son cheval et son chien. C’est un spectacle qui me semble un peu hors du temps. J’imagine cette scène aux siècles passés.

Je continue aujourd’hui la Route du Rhin. Le parcours est super bien fléché. Çà permet de rouler tranquillement sans avoir à consulter fréquemment la carte. Çà évite de nombreux arrêts et surtout de s’égarer. Le parcours longe la frontière avec l’Allemagne du côté suisse.

J’espère retrouver aujourd’hui une zone de baignade par cette journée torride. Malheureusement le Rhin semble de moins en moins abordable au fur et à mesure de la progression.

Je déjeune au restaurant à Bad Zurzach. Pas terrible : « salade verte » en entrée me laisse espérer un minimum de composition, mais non, c’est salade verte et rien d’autre. Ensuite vient une viande de type pot-au-feu avec riz et carotte. La bière est quand même bonne. Ce plaisir me manquait depuis 2 jours où j’ai fait pique-niques et camping sauvage.

Ici on n’accepte pas la carte bancaire en dessous de 30 euros.

Dur,dur de repartir dans la canicule, soleil au zénith.

Un arrêt sieste et digestion s’impose dans un parc ombragé à la sortie de la ville.

Cet après-midi je dois décider de la suite du parcours. J’avais initialement envisagé de passer par Fribourg. Au point où j’en suis, çà me ferait remonter de trop vers le nord.

De plus j’ai bien compris qu’il m’est toujours difficile de m’orienter dans les villes traversées, avec en plus la frustration de visites éclair. Je fais le constat définitif que les découvertes urbaines sont incompatibles avec mon trajet et le temps dont je dispose.

De plus il fait une chaleur de plomb. Le vent apparu soudainement contrarie mon avancée. Les zones traversées sont de plus en plus industrialisées à l’approche de Bâle.

Je prends finalement le train à Laufenburg pour Bâle distante de 45 Kms.

Mon plan est d’y trouver un hébergement.. Je parcours désespérément la ville pour trouver un hôtel, mais rien qui y ressemble.

Bien qu’il soit déjà 19h, je décide, dépité, de quitter Bâle en direction de la France. Je galère encore pour trouver la route pour sortir. Je m’oriente plutôt au soleil couchant qu’aux panneaux indicateurs qui me semblent incompréhensibles.

Le ciel s’obscurcissant, je crains le camping sauvage pour ce soir, mais toujours pas d’hôtel en vue.

Je passe la frontière à Benken/Leyman imaginant avoir plus de chance d’hébergement côté français. A Leyman je passe devant des chambres d’hôte. C’est complet. La propriétaire m’indique un hôtel à Hagenthal à quelques kilomètres, pas très loin, mais çà monte bien dans une belle forêt que je n’ai pas trop le temps d’apprécier, l’urgence étant le toit pour la nuit.

La nuit tombe et je repère, au cas où je n’aurais pas d’autre solution un coin pour planter ma tente.

La chance était ce soir de mon côté. Il est 2Oh30. Il reste une chambre de libre à l’hôtel Jenny. Ouf ! il fait nuit.

Ce soir le panorama ne vaut pas les rives du Rhin, mais j’apprécie quand même le confort d’un gîte 3 étoiles ! Et pour ne pas changer trop brusquement mes habitudes, je réchauffe mon eau pour la soupe au camping-gaz. Le couvert est mis sur la belle nappe. On s’habitue au luxe rapidement.

 

Jeudi 18 Août – De Hagenthal au col du Markstein (101 Kms)

186Je prends le petit déjeuner en compagnie de cadres internationaux en pleines discussions professionnelles en anglais. Je dénote un peu dans cette belle salle à manger, en short parmi les costumes-cravatés. J’ai le sentiment d’être en déplacement professionnel.

Vite, fuyons la civilisation.

J’ai le droit à un tarif spécial « cycliste inattendu du soir » : ce sera 65 euros au lieu de 95.

Hier j’envisageais un itinéraire vers l’ouest en direction de Belfort pour remonter ensuite vers le Ballon d’Alsace. Je préfère finalement aller vers le nord, en direction de Mulhouse pour rallonger le parcours et mieux équilibrer les 2 jours qu’il me reste à rouler. Le Grand Ballon aujourd’hui et le Ballon d’Alsace demain. Le peu de dénivelé de ces derniers jours m’a redonné une envie de cols. Je ne suis pas pressé de renter.

Je rejoins la charmante ville de Sierentz par de petites routes agréables souvent bordées de pommiers très nombreux dans cette région. J’ai eu l’occasion de goûter plusieurs variétés délicieuses au pied des arbres.

Après Sierentz, je rejoins une longue route forestière en forêt de la Harth. Elle me permet de contourner complètement l’agglomération de Mulhouse en roulant paisiblement sur près de 20 Kms.

Cette forêt fut d’après certaines indications le théâtre de combats acharnés lors de la libération de Mulhouse en 1944. Des blockhaus en ruine et des tombes témoignent de la guerre.

C’est émouvant de traverser cette zone aujourd’hui si paisible où des hommes se sont entretués à une période pas si lointaine. .

Le pique-nique se fait dans une clairière aménagée avec tables et bancs : du grand luxe.

La route étant encore longue, se sera un jour sans sieste.

Il est déjà 16h30 quand je refais le plein d’eau à Guebwiller. C’est l’occasion de me désaltérer d’un bon Perrier menthe bien frais avant d’attaquer la montée vers le Markstein.

Proximité de la Suisse oblige, on bénéficie dans les premiers Kms de voies réservées aux vélos. La route qui ne semblait pas vouloir monter se raidit brusquement vers Sengern.

Bien qu’assez exigeante avec des portions à 8 %, la montée est agréable, à l’ombre en cette fin de journée. Il y a très peu de circulation, ce qui m’autorise à adoucir la pente par quelques zigzags dans les parties les plus raides.

 N’ayant pas encore de logement pour ce soir, il est déjà 19h, j’aperçois un panneau indiquant un refuge de randonneurs de Mulhouse. Il est précisé qu’il est ouvert à tous. Çà tombe bien pour moi. Cette montée en fin de journée, après près de 100 kms parcourus peut bien être la dernière de la journée.

Le gîte est occupé par un groupe d’Allemands. Le gestionnaire du centre étant absent, ils sont d’accord pour m’offrir un lit de dortoir. Ils m’invitent à leur repas du soir. Des plats énormes de choucroute garnie sont apportés. Nous sommes moins de 10, il y en aurait largement pour le double. Mes hôtes n’étant pas du genre sportif, la dégustation de vins et de bières semblant occuper une partie de la journée, certains d’entre eux semblent avoir dépasser un seuil au-delà duquel les idées ne sont plus bien claires. Ils sont en tout cas d’une incroyable générosité, offrant bière, vin, plat de fromage à volonté.

La discussion se fait soit en anglais, soit en français qu’ils connaissent un peu en tant que frontaliers. Quelques uns d’entre eux vienne dans ce refuge depuis plusieurs années. A part boire et manger, je n’ai pas bien compris quelles sont leurs activités ici.

Je me couche vers 22h dans le dortoir affecté au gros ronfleur du groupe. Je crois qu’ils se sont couchés vers 6h du matin après une nuit animée. Je n’ai donc subit les ronflements qu’entre 6h et 7h30, heure à laquelle je me suis levé.

 

Vendredi 19 Août – du Markstein à Gérardmer (115 Kms)

gérard3Au sommet du Markstein je vois que j’aurais pu, sans cet accueil sympathique au gîte, planter ma tente par ici.. La solution trouvée m’a sans doute évité la pluie de la nuit, la route étant mouillée ce matin.

Le chemin est bien agréable à la fraîche .La montée vers le Grand Ballon démarre brutalement. C’est plutôt raide, mais de si bonne heure je tiens une forme du tonnerre. En cette heure matinale, des bancs de brouillard garnissent certaines vallées. La plaine d’Alsace se discerne à peine, dans les brumes à contre-jour.

J’avais envisagé de monter ensuite le Ballon d’Alsace en fin de matinée, mais j’étais loin du compte.

Après le Grand Ballon on a le droit à 10 Kms de descente vers la vallée de Thann par Wilier sur Thur.

J’emprunte ensuite la Route Joffre en direction de Massevaux. L’histoire est ici encore bien présente. Cette route fut aménagée par l'Armée française pendant la Première Guerre mondiale, afin d'assurer les communications entre les vallées de la Doller et de la Thur. Elle repris un rôle stratégique en 1944-1945 au moment de l’attaque française de Thann.

La route franchit un col qui m’avait échappé à la lecture de la carte : le col du Hundsrück à 748 m. C’est certes une bien agréable montée dans la forêt, mais çà perturbe mon planning horaire.

Qu’à cela ne tienne, on arrivera quand on pourra.

Vu qu’il est déjà près de 13h, il me faut prendre quelques forces avant d’attaquer les choses sérieuses. Des pâtes au poulet lyophilisés feront bien l’affaire.

La nuit précédente ayant été courte et perturbée, une sieste de récupération s’impose, le corps et l’esprit la réclament. Le ciel se couvrant, le risque d’ascension sous le soleil s’éloigne. Je repars  donc sans trop attendre.

Ici encore, le changement de déclivité est brutal. J’admire au passage les lacs de Sewen et d’Alfeld, ce dernier d’un beau bleu turquoise.

Les premières gouttes tombent, mais c’est pour l’instant juste un petit rafraîchissement.

Je monte assez bien, ayant trouvé le bon rythme. La température clémente est mon alliée.

Arrivé au bout de l’ascension (en fait il reste encore 4 kms avant le col), l’orage éclate. Tonnerre, trombes d’eau, je n’ai pas transporté mes vêtements de pluie pour rien. J’ai juste le temps de me mettre à l’abri d’un arbre, que déjà je dégouline. La poursuite vers le col se fait dans le brouillard et la pluie. Des bourrasques de vent rendent difficiles les derniers hectomètres. L’avantage de ce type de temps en haut d’un col, il faut toujours en trouver, est d’offrir des occasions de photos sortant de l’ordinaire. Le problème est de sortir l’appareil sans trop l’exposer, ainsi que la sacoche du vélo à l’humidité.

Dans la descente j’ai une grosse frayeur avec le câble du frein arrière qui lâche. J’arrive à m’arrêter progressivement avec le frein avant. Heureusement que j’ai eu suffisamment de longueur. J’ai quand même frôlé l’accident. Çà refroidit l’enthousiasme, tout comme l’eau dans les chaussures et le corps trempé, aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur avec la transpiration.

La route entre St Maurice et Le Thillot sous la pluie est un cauchemar de cycliste, vu la circulation automobile.

Le col du Ménil ne pose pas de problème. Il est vite passé. Après Cornimont je suis à nouveau sous les trombes d’eau. Si je compte arriver à Gérardmer à une heure raisonnable, il n’est plus question de me mettre à l’abri en attendant une accalmie. Mouillé pour mouillé, les chaussures étant déjà saturées d’eau, j’avance, ce qui a aussi l’avantage de ne pas prendre froid.

Après La Bresse c’est l’apothéose : tonnerre, éclairs, déluge. Le ciel peut bien me tomber sur la tête. J’ai la tranquille assurance d’arriver bientôt au terme de cette belle semaine.

Il faut encore compter avec le col de Grosse Pierre à 950m. Il semble bien long quand la nuit tombe et qu’on est trempé jusqu’aux os. Heureusement que la garantie d’atteindre l’objectif décuple les forces.

J’arrive à Gérardmer vers 20h30, fatigué, mais pas dans le rouge et surtout heureux d’avoir accompli ce périple de 650 Kms en pleine forme entre Autriche, Allemagne, Suisse et France.

Posté par apostic à 19:12 - Commentaires [4] - Permalien [#]