Lucerne, son lac, son Kapellbrücke et ses bicyclettes
Tandis qu'en France, les bicyclettes se font lentement une place sur la chaussée parmi les nombreux véhicules motorisés, chez certains de nos voisins du nord de l'Europe (Allemagne, Pays-Bas et Danemark en particulier) les choses sont bien différentes : la bicyclette s'impose largement dans toutes les agglomérations.
Mais qu'en est-il de la Suisse ?
Curieusement, le relief a priori dissuasif pour la bicyclette ne semble pas poser problème ici. A noter que la ville de Lucerne dispose d'un réseau de transport en commun particulièrement bien développé (nombreuses lignes de bus et trolley-bus avec une faible attente même en heure creuse et des tarifs bon marché).
Alors que de nombreux habitants ne possèdent pas de voitures (les places de stationnement sont rares et chères), le vélo permet à la fois d'être autonome et de garder la forme en profitant du bon air.
Autour des gares, comme en Allemagne ou au Pays-Bas, on trouve d'immenses parkings à vélo bien remplis.
Partout également, des voies cyclables et des bandes cyclables.
Ici, pas ou peu de problème de vol, souvent on bloque juste une roue de son vélo avec un faible antivol.
Ah, très important, en croisant un vélo dites : Grüezi ! (prononcez "gruétsi" = bonjour)
Frontières germaniques
Frontières germaniques - Août 2011
J’ai le plaisir de vous présenter ici le récit de mon voyage à vélo entre Autriche, Allemagne, Suisse et France.
- Alain Postic -
Pour accéder à l'album photos, cliquer ici ........Voir les Photos
Pour visualiser le parcours, cliquer ici .....Voir le parcours
Samedi 13 Août 2011 - De Garmisch-Partenkirchen à Reutte (62 Kms)
Après une semaine de séjour à Gérardmer où j’ai eu l’occasion de sillonner les routes de la région et ce parcours de 140 Kms pour rejoindre la gare de Strasbourg, je suis en pleine forme pour entamer ce périple de Garmisch-Partenkirchen en Allemagne à Gérardmer dans les Vosges.
Le transport en train de Strasbourg à Garmisch en passant par Münich s’est très bien passé pour le cycliste et son vélo.
Pour information, la réservation d’un emplacement pour le vélo est obligatoire en Allemagne sur les grandes lignes, donc entre Strasbourg et Münich, contrairement à ce que vous dit la SNCF qui ne sait pas la fournir. On peut faire la réservation par téléphone à la Deutsche Bahn à Paris qui vous envoie les billets par la poste.
Un demi wagon est réservé aux vélos, les places sont numérotées, mais vu la quantité de vélos à l’arrivée, il semblerait qu’il y ait eu des surréservations.
Je ne m’attarde pas à Garmisch car je ne sais pas bien appréhender le parcours de cette fin d’après-midi. Je crains un peu le relief vers Reutte.
Je descends vers Oberau en empruntant de préférence les pistes cyclables, mais je me retrouve finalement sur une voie à grande circulation.
C’est un peu l’enfer entre Oberau et Ettal : trafic intense, forte chaleur et pente importante. Çà se calme après l’intersection avec la route en direction de la frontière autrichienne. J’avais imaginé ici une petite route de montagne pentue. Finalement çà monte raisonnablement, doucement. Il y a juste quelques lacets à la frontière qu’on passe sans s’en apercevoir. Il n’y a plus ensuite qu’à se laisser aller jusqu’au Plansee, superbe lac de montagne où la tentation de la baignade est forte.
A Reutte-Lechaschau, j’ai réservé à la pension Leuprecht. C’est une halte à recommander, accueil sympathique, le propriétaire parle parfaitement le français, le quartier est calme et on trouve de la restauration à proximité.
Dimanche 14 Août – De Reutte à Mellau (100 Kms)
Cette journée entre Reutte et Mellau fut tout simplement merveilleuse. La Lechtal, vallée de la rivière Lech pourrait s’appeler vallée des merveilles. De Reutte à Steeg, sur près de 50 Kms, un chemin réservé aux cyclistes longe le torrent, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. On passe et repasse sur le cours d’eau par de pittoresques ponts, souvent en bois. On peut voir, même en ce dimanche des agriculteurs qui s’occupent de leur foin, sur de petites parcelles. On voit beaucoup de petits tracteurs qui retournent l’herbe. Souvent des personnes munies de fourches et râteaux peaufinent le travail. Çà me rappelle des souvenirs d’enfance à la ferme familiale.
De nombreuses granges parsèment ces paysages très verts. J’ai l’appareil photo à portée de mains et suis émerveillé à chaque détour de chemin. Ponts, cours d’eau, maisons fleuries, églises, je ne sais plus où donner ma préférence, je mitraille.
Ce chemin est très fréquenté, aussi bien par des cyclo-sportifs que par des familles entières. La route est en majeure partie goudronnée. Quelques passages gravillonnés me font craindre pour mes pneus de route, mais çà passe bien partout.
Sur tout ce trajet on a l’impression d’être sur du plat bien qu’on remonte le cours de la Lech. La route zigzaguant entre cours d’eau, villages, route principale, on parcourt des kilomètres supplémentaires par rapport à la route normale. Mais quel luxe, quel plaisir d’avancer dans le calme, à l’abri des voitures et des hordes de motos.
Après Steeg on rejoint cette route principale et la montée en altitude s’amorce. Il fait très chaud, çà monte sérieux sur de longues lignes droites qui ne permettent pas de bien évaluer le pourcentage. Je suis en tout cas sur le 30x28, debout sur les pédales. Une seule tactique en cette configuration : aller le plus lentement possible. Mon truc pour garder le moral est de me dire que j’accompagne un piéton et que je dois l’attendre. Çà me donne le bon rythme, le seul qui me permet d’arriver à bout de l’obstacle. Quelques passages dans des tunnels offrent l’opportunité de refroidir la machine et surtout le machin qui pédale à perdre haleine.
J’arrive enfin à Warth où je mets pied à terre pour une petite halte réparatrice près d’une fontaine apaisante. J’en profite pour prendre quelques vitamines. Du pain de seigle à l’Emmental fera l’affaire. Depuis le départ, ce régime qui consiste à m’alimenter régulièrement, plutôt que de faire un repas important vers midi, me convient bien. Il évite les problèmes de digestion difficile.
Après Warth, il reste encore 5 Kms avant d’atteindre le col. La route est ici plus humaine, plus propice aux cyclistes. C’est une route de col plus classique, moins large, des virages plus marqués. La lumière est belle en cette fin d’après-midi. Maisons fleuries, granges dans des paysages d’un vert éclatant.
Une ligne droite interminable et d’un dénivelé à casser la machine à pousser les 30 kilos de matériel vers le sommet est sans doute là pour décourager d’éventuels cyclos qui ne connaîtraient pas le truc qui permet d’aller le plus lentement possible. Je suis finalement surpris en voyant le panneau annonçant les 1679 mètres d’altitude. Je ne pensais pas être monté si haut. Çà explique finalement toutes les misères précédentes.
Arrivé à ce col, le Hochtannbergpass, il ne me reste plus qu’à me laisser porter jusqu’à Mellau distante d’environ 22 Kms.
Mais ici encore les paysages sont époustouflants. Descentes vertigineuses, lacets, ponts. Encore de nombreux prétextes à arrêts photos.
J’arrive vers 18h30. Je prends rapidement une douche à l’hôtel Kaniflush où j’avais réservé, car ici en Autriche on mange tôt le soir. A 19heures les tables sont complètes et à 20 heures je suis pratiquement le seul client encore à table pour terminer un excellent repas : buffet de crudités (j’en avait vraiment envie depuis quelques jours), soupe à l’oignon, poisson grillé en sauce et coupe glacée. Sans oublier bien sûr mon demi d’une bière irrésistible.
Ici encore l’accueil et la chambre sont impeccables. Le patron fait l’effort de parler un peu français.
Lundi 15 Août – De Mellau aux environs de Meerburg (94 Kms)
Quelques kilomètres après Mellau, je dois choisir entre la route principale vers Bregenz ou, sur la gauche une route secondaire indiquée en vert sur la carte et qui semble plus pittoresque, moins fréquentée que la première. Après quelques kilomètres je comprends que j’ai juste raté l’indication comme quoi cette route à priori sympathique passe par un col à 1148 m.
Donc, je n’ai pas pris la route principale très fréquentée qui semblait descendre tranquillement vers le lac de Constance, mais cette petite route tout de même très fréquentée et qui n’en finit pas de monter. Il n’est que 10 h et il fait déjà très chaud.
Ici j’ai frôlé l’implosion. Le truc du piéton que j’attends ne marche pas bien ce matin. Le piéton est plutôt devant moi et je dois faire quelques arrêts pour reprendre mon souffle. Satanée route verte. çà frôle le masochisme… C’est là que l’on voit l’importance du moral par rapport au physique. Ce col était certes difficile, mais ce qui a surtout fait difficulté, c’est que je ne l’avais pas prévu, et que je n’ai pas bien su gérer le rythme, trop pressé de passer cette erreur de parcours.
Arrivé au col, j’espérais au moins un beau panorama sur le lac de Constance. Mais non : rien, pas de vue sur la lac, mais sur la ville de Dornbirn et toutes les agglomérations que je vais en plus devoir traverser au lieu d’arriver presque directement au lac par la route principale. Ce matin, j’ai tout faux.
Un peu après Bregenz je fais la halte pique-nique sur les berges du lac, bien à l’ombre.
Un bain de pieds, une petite sieste, et je repars sur cette piste du tour du lac. Ici les cyclistes sont légion. C’est un défilé incessant de promeneurs. Je préfère franchement les petites routes de montagne. Il faut être très prudent et la vitesse moyenne n’est pas très élevée.
Je passe Lindau que je traverse sans vraiment visiter.
J’ai aujourd’hui juste un aperçu du lac de Constance et des villes traversées, quelques clichés. On est souvent en zone urbaine. D’ici de là, je prends le temps d’une pause avec vue sur le lac pour m’imprégner de l’ambiance. Ce passage est bien sûr trop rapide pour porter une appréciation sur cette région. Je ne suis pas « emballé » mais j’ai le sentiment de passer à côté de trésors cachés qui demanderaient beaucoup plus de temps pour être appréciés.
Friedrichshafen est atteint après quelques kms sur une voie rapide. J’avais perdu la piste cyclable. Ne souhaitant pas prendre le temps de visiter, je passe au hazard des rues.
Je me fixe comme objectif d’atteindre Meersburg d’où l’on peut traverser pour Constance. Mais je me rends compte bientôt qu’il est trop tard pour passer sur l’autre rive ce soir et ensuite parcourir la ville.
Je passe devant quelques campings qui affichent sans surprise complet.
Je fais halte finalement dans une vigne qui a l’avantage d’offrir des allées bien engazonnées. La route est proche et fréquentée, mais çà devrait se calmer la nuit, si je ne suis pas délogé d’ici là. Il est 20h15, je fais chauffer la soupe.
Deux coups de feu pas très éloignés me surprennent en plein repas. Serais-je repéré et poursuivi ? La surprise passée et quelques réflexions, c’était sans doute un système pour éloigner les oiseaux des vignes.
Il n’y aura pas d’autres tirs la nuit, mais le sommeil sera perturbé par le trafic routier qui ne s’arrête jamais.
Mardi 16 Août – de Meersbourg aux environs de Rheinau (86 Kms)
La traversée en ferry de Meersburg à Constance est rapide. De Constance, comme des autres villes traversées, je prends au hasard du parcours quelques impressions fugitives.
La ville est séparée de Kreuzlingen par la frontière germano-suisse.
Je longe maintenant le lac en direction de Schaffhausen. La route est plutôt calme et la plupart du temps les cycliste bénéficient de voies séparées. Cette portion du lac m’est plus agréable que celle d’hier, moins urbanisée, moins fréquentée. Ici je ne vois pas de bases de loisirs aménagées avec le flot d’estivants qu’elles attirent..
On est très souvent en vue directe du lac, dans les pâturages, longeant une sympathique petite voie ferrée.
La piste fait de nombreux détours au gré de franchissement de carrefours routiers, de contournement de villages. Le dénivelé surprend parfois. Il faut souvent passer du grand plateau au petit..
Vers 13h je trouve un super coin aménagé pour pique-nique et sieste qui sont les bienvenus car la chaleur devient difficilement supportable.
Je perds la piste du tour du lac vers Eschenz et prends donc la route principale vers Stein Am Rhein et Hemishofen. Je traverse pour la première fois le fleuve et j’ai le bonheur de trouver par hazard « l’Euro vélo 6 » qui est un itinéraire balisé le long de trois des plus grands fleuves européens : la Loire, le Rhin et le Danube. Cette route va de l’atlantique à la Mer Noire
Je prends pour ma part aujourd’hui la direction de l’atlantique, vers Schaffhausen et les célèbres chutes du Rhin. La route traverse des forêts qui offrent de l’ombre au voyageur. Quel bonheur de sillonner ces pistes aménagées. J’ai parfois l’impression grisante d’être perdu, loin de la civilisation, au cœur de l’Europe.
Le trajet rejoint maintenant le grand fleuve. La baignade est irrésistible par cette grosse chaleur. L’eau est incroyablement bonne et rafraîchissante. J’ai rarement autant apprécié de me délasser dans le courant.
La traversée de Schaffhausen se fait facilement par de belles pistes cyclables. La direction des chutes du Rhin est toujours très bien indiquée.
Le spectacle des chutes est époustouflant. On en prend plein les yeux et les oreilles.
Lorsque le Rhin a son débit moyen, ce sont 750 mètres cubes d'eau par seconde qui franchissent les rochers d'une hauteur de 23 mètres et sur 150 mètres de largeur.
La nature offre ici une attraction inoubliable.
Après m’être régalé de ce spectacle des eaux en furie, je continue ma route Trans-Européenne.
Après Rheinau, la route traverse une forêt tout en longeant le Rhin.
Je découvre vers 18h un petit coin très accueillant au bord du fleuve. Quelques groupes de personnes sont occupés autour de barbecues. D’autres se baignent au milieu du fleuve. Le jeu consiste à se laisser porter par le courant. On en voit passer, sans savoir d’où ils viennent et où ils s’arrêtent. Pour ma part, je me contente du bord du fleuve où on sent déjà un courant important.
Progressivement les groupes de personnes s’en vont à la nuit tombante.
J’installe ma tente en cet endroit idyllique, dans cette petite crique. Comme pour marquer l’évènement, je bénéficie d’un spectacle son et lumière : l’orage gronde et des éclairs zèbrent le ciel. Heureusement il ne fera que passer au loin.
Mercredi 17 Août – de Rheinau à Hagenthal (près de Bâle) (98 Kms)
A 6h30 je prends mon bain dans le Rhin. Merveilleuse sensation de paradis.
Alors que je déjeune, une cavalière vient faire prendre un bain de pieds à son cheval et son chien. C’est un spectacle qui me semble un peu hors du temps. J’imagine cette scène aux siècles passés.
Je continue aujourd’hui la Route du Rhin. Le parcours est super bien fléché. Çà permet de rouler tranquillement sans avoir à consulter fréquemment la carte. Çà évite de nombreux arrêts et surtout de s’égarer. Le parcours longe la frontière avec l’Allemagne du côté suisse.
J’espère retrouver aujourd’hui une zone de baignade par cette journée torride. Malheureusement le Rhin semble de moins en moins abordable au fur et à mesure de la progression.
Je déjeune au restaurant à Bad Zurzach. Pas terrible : « salade verte » en entrée me laisse espérer un minimum de composition, mais non, c’est salade verte et rien d’autre. Ensuite vient une viande de type pot-au-feu avec riz et carotte. La bière est quand même bonne. Ce plaisir me manquait depuis 2 jours où j’ai fait pique-niques et camping sauvage.
Ici on n’accepte pas la carte bancaire en dessous de 30 euros.
Dur,dur de repartir dans la canicule, soleil au zénith.
Un arrêt sieste et digestion s’impose dans un parc ombragé à la sortie de la ville.
Cet après-midi je dois décider de la suite du parcours. J’avais initialement envisagé de passer par Fribourg. Au point où j’en suis, çà me ferait remonter de trop vers le nord.
De plus j’ai bien compris qu’il m’est toujours difficile de m’orienter dans les villes traversées, avec en plus la frustration de visites éclair. Je fais le constat définitif que les découvertes urbaines sont incompatibles avec mon trajet et le temps dont je dispose.
De plus il fait une chaleur de plomb. Le vent apparu soudainement contrarie mon avancée. Les zones traversées sont de plus en plus industrialisées à l’approche de Bâle.
Je prends finalement le train à Laufenburg pour Bâle distante de 45 Kms.
Mon plan est d’y trouver un hébergement.. Je parcours désespérément la ville pour trouver un hôtel, mais rien qui y ressemble.
Bien qu’il soit déjà 19h, je décide, dépité, de quitter Bâle en direction de la France. Je galère encore pour trouver la route pour sortir. Je m’oriente plutôt au soleil couchant qu’aux panneaux indicateurs qui me semblent incompréhensibles.
Le ciel s’obscurcissant, je crains le camping sauvage pour ce soir, mais toujours pas d’hôtel en vue.
Je passe la frontière à Benken/Leyman imaginant avoir plus de chance d’hébergement côté français. A Leyman je passe devant des chambres d’hôte. C’est complet. La propriétaire m’indique un hôtel à Hagenthal à quelques kilomètres, pas très loin, mais çà monte bien dans une belle forêt que je n’ai pas trop le temps d’apprécier, l’urgence étant le toit pour la nuit.
La nuit tombe et je repère, au cas où je n’aurais pas d’autre solution un coin pour planter ma tente.
La chance était ce soir de mon côté. Il est 2Oh30. Il reste une chambre de libre à l’hôtel Jenny. Ouf ! il fait nuit.
Ce soir le panorama ne vaut pas les rives du Rhin, mais j’apprécie quand même le confort d’un gîte 3 étoiles ! Et pour ne pas changer trop brusquement mes habitudes, je réchauffe mon eau pour la soupe au camping-gaz. Le couvert est mis sur la belle nappe. On s’habitue au luxe rapidement.
Jeudi 18 Août – De Hagenthal au col du Markstein (101 Kms)
Je prends le petit déjeuner en compagnie de cadres internationaux en pleines discussions professionnelles en anglais. Je dénote un peu dans cette belle salle à manger, en short parmi les costumes-cravatés. J’ai le sentiment d’être en déplacement professionnel.
Vite, fuyons la civilisation.
J’ai le droit à un tarif spécial « cycliste inattendu du soir » : ce sera 65 euros au lieu de 95.
Hier j’envisageais un itinéraire vers l’ouest en direction de Belfort pour remonter ensuite vers le Ballon d’Alsace. Je préfère finalement aller vers le nord, en direction de Mulhouse pour rallonger le parcours et mieux équilibrer les 2 jours qu’il me reste à rouler. Le Grand Ballon aujourd’hui et le Ballon d’Alsace demain. Le peu de dénivelé de ces derniers jours m’a redonné une envie de cols. Je ne suis pas pressé de renter.
Je rejoins la charmante ville de Sierentz par de petites routes agréables souvent bordées de pommiers très nombreux dans cette région. J’ai eu l’occasion de goûter plusieurs variétés délicieuses au pied des arbres.
Après Sierentz, je rejoins une longue route forestière en forêt de la Harth. Elle me permet de contourner complètement l’agglomération de Mulhouse en roulant paisiblement sur près de 20 Kms.
Cette forêt fut d’après certaines indications le théâtre de combats acharnés lors de la libération de Mulhouse en 1944. Des blockhaus en ruine et des tombes témoignent de la guerre.
C’est émouvant de traverser cette zone aujourd’hui si paisible où des hommes se sont entretués à une période pas si lointaine. .
Le pique-nique se fait dans une clairière aménagée avec tables et bancs : du grand luxe.
La route étant encore longue, se sera un jour sans sieste.
Il est déjà 16h30 quand je refais le plein d’eau à Guebwiller. C’est l’occasion de me désaltérer d’un bon Perrier menthe bien frais avant d’attaquer la montée vers le Markstein.
Proximité de la Suisse oblige, on bénéficie dans les premiers Kms de voies réservées aux vélos. La route qui ne semblait pas vouloir monter se raidit brusquement vers Sengern.
Bien qu’assez exigeante avec des portions à 8 %, la montée est agréable, à l’ombre en cette fin de journée. Il y a très peu de circulation, ce qui m’autorise à adoucir la pente par quelques zigzags dans les parties les plus raides.
N’ayant pas encore de logement pour ce soir, il est déjà 19h, j’aperçois un panneau indiquant un refuge de randonneurs de Mulhouse. Il est précisé qu’il est ouvert à tous. Çà tombe bien pour moi. Cette montée en fin de journée, après près de 100 kms parcourus peut bien être la dernière de la journée.
Le gîte est occupé par un groupe d’Allemands. Le gestionnaire du centre étant absent, ils sont d’accord pour m’offrir un lit de dortoir. Ils m’invitent à leur repas du soir. Des plats énormes de choucroute garnie sont apportés. Nous sommes moins de 10, il y en aurait largement pour le double. Mes hôtes n’étant pas du genre sportif, la dégustation de vins et de bières semblant occuper une partie de la journée, certains d’entre eux semblent avoir dépasser un seuil au-delà duquel les idées ne sont plus bien claires. Ils sont en tout cas d’une incroyable générosité, offrant bière, vin, plat de fromage à volonté.
La discussion se fait soit en anglais, soit en français qu’ils connaissent un peu en tant que frontaliers. Quelques uns d’entre eux vienne dans ce refuge depuis plusieurs années. A part boire et manger, je n’ai pas bien compris quelles sont leurs activités ici.
Je me couche vers 22h dans le dortoir affecté au gros ronfleur du groupe. Je crois qu’ils se sont couchés vers 6h du matin après une nuit animée. Je n’ai donc subit les ronflements qu’entre 6h et 7h30, heure à laquelle je me suis levé.
Vendredi 19 Août – du Markstein à Gérardmer (115 Kms)
Au sommet du Markstein je vois que j’aurais pu, sans cet accueil sympathique au gîte, planter ma tente par ici.. La solution trouvée m’a sans doute évité la pluie de la nuit, la route étant mouillée ce matin.
Le chemin est bien agréable à la fraîche .La montée vers le Grand Ballon démarre brutalement. C’est plutôt raide, mais de si bonne heure je tiens une forme du tonnerre. En cette heure matinale, des bancs de brouillard garnissent certaines vallées. La plaine d’Alsace se discerne à peine, dans les brumes à contre-jour.
J’avais envisagé de monter ensuite le Ballon d’Alsace en fin de matinée, mais j’étais loin du compte.
Après le Grand Ballon on a le droit à 10 Kms de descente vers la vallée de Thann par Wilier sur Thur.
J’emprunte ensuite la Route Joffre en direction de Massevaux. L’histoire est ici encore bien présente. Cette route fut aménagée par l'Armée française pendant la Première Guerre mondiale, afin d'assurer les communications entre les vallées de la Doller et de la Thur. Elle repris un rôle stratégique en 1944-1945 au moment de l’attaque française de Thann.
La route franchit un col qui m’avait échappé à la lecture de la carte : le col du Hundsrück à 748 m. C’est certes une bien agréable montée dans la forêt, mais çà perturbe mon planning horaire.
Qu’à cela ne tienne, on arrivera quand on pourra.
Vu qu’il est déjà près de 13h, il me faut prendre quelques forces avant d’attaquer les choses sérieuses. Des pâtes au poulet lyophilisés feront bien l’affaire.
La nuit précédente ayant été courte et perturbée, une sieste de récupération s’impose, le corps et l’esprit la réclament. Le ciel se couvrant, le risque d’ascension sous le soleil s’éloigne. Je repars donc sans trop attendre.
Ici encore, le changement de déclivité est brutal. J’admire au passage les lacs de Sewen et d’Alfeld, ce dernier d’un beau bleu turquoise.
Les premières gouttes tombent, mais c’est pour l’instant juste un petit rafraîchissement.
Je monte assez bien, ayant trouvé le bon rythme. La température clémente est mon alliée.
Arrivé au bout de l’ascension (en fait il reste encore 4 kms avant le col), l’orage éclate. Tonnerre, trombes d’eau, je n’ai pas transporté mes vêtements de pluie pour rien. J’ai juste le temps de me mettre à l’abri d’un arbre, que déjà je dégouline. La poursuite vers le col se fait dans le brouillard et la pluie. Des bourrasques de vent rendent difficiles les derniers hectomètres. L’avantage de ce type de temps en haut d’un col, il faut toujours en trouver, est d’offrir des occasions de photos sortant de l’ordinaire. Le problème est de sortir l’appareil sans trop l’exposer, ainsi que la sacoche du vélo à l’humidité.
Dans la descente j’ai une grosse frayeur avec le câble du frein arrière qui lâche. J’arrive à m’arrêter progressivement avec le frein avant. Heureusement que j’ai eu suffisamment de longueur. J’ai quand même frôlé l’accident. Çà refroidit l’enthousiasme, tout comme l’eau dans les chaussures et le corps trempé, aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur avec la transpiration.
La route entre St Maurice et Le Thillot sous la pluie est un cauchemar de cycliste, vu la circulation automobile.
Le col du Ménil ne pose pas de problème. Il est vite passé. Après Cornimont je suis à nouveau sous les trombes d’eau. Si je compte arriver à Gérardmer à une heure raisonnable, il n’est plus question de me mettre à l’abri en attendant une accalmie. Mouillé pour mouillé, les chaussures étant déjà saturées d’eau, j’avance, ce qui a aussi l’avantage de ne pas prendre froid.
Après La Bresse c’est l’apothéose : tonnerre, éclairs, déluge. Le ciel peut bien me tomber sur la tête. J’ai la tranquille assurance d’arriver bientôt au terme de cette belle semaine.
Il faut encore compter avec le col de Grosse Pierre à 950m. Il semble bien long quand la nuit tombe et qu’on est trempé jusqu’aux os. Heureusement que la garantie d’atteindre l’objectif décuple les forces.
J’arrive à Gérardmer vers 20h30, fatigué, mais pas dans le rouge et surtout heureux d’avoir accompli ce périple de 650 Kms en pleine forme entre Autriche, Allemagne, Suisse et France.
Traversée des Alpes à vélo, de Cluses à Nice - Août 2010
Traversée des Alpes à vélo, de Cluses à Nice
J’ai
le plaisir de vous présenter ici le récit de mon voyage à vélo dans les Alpes.
- Alain Postic -
Pour accéder à l'album photos, cliquer ici ........Voir les Photos
Pour visualiser le parcours, cliquer ici .....Voir le parcours
Samedi 7 Août 2010
Le vélo est prêt. J'ai monté des pneus plus fins, plus roulants que ceux que j'utilise tout au long de l'année. J'ai fait l'acquisition d'une belle paire de sacoches bien étanches, pratiques à monter et démonter. Un petit plateau de 30 dents remplace le 32 qui avait été un peu juste lors de la traversée des Pyrénées l’été dernier. Tout était donc prêt en ce samedi matin.
Sans doute avais-je un peu négligé la voiture par rapport au vélo. Sur la Francilienne, une heure après le départ, 2 voyants rouges s'allument. La notice dit: arrêt immédiat, contacter au plus tôt votre agent Renault, problème de surchauffe. La randonnée alpine a failli s'arrêter dans une station service en banlieue parisienne. Comment diable se fait-il qu'il manque 4 litres de liquide de refroidissement ? On ne peut pas faire confiance à son agent Renault qui fait les révisions. Il fallait trouver un coupable. Tout est rentré dans l'ordre et nous étions bien soulagés d'arriver en soirée aux Carroz d'Arâches.
Dimanche 8 Août - des
Carroz d’Arâche à Saint Nicolas La Chapelle (76 Kms)
En route pour de nouvelles aventures. Je descends ce matin vers Cluses. Les premiers kilomètres permettent de tester le bon comportement du vélo. 30 Kilos de matériel et les 65 Kilos du cycliste lancés dans cette forte descente demandent un certain temps d'adaptation. Il faut ressentir sa monture pour déceler une éventuelle anomalie, tester les freins, la stabilité. Tout va bien et le moment est venu d'expérimenter tout cela en montée. L'ascension vers le col de la Colombière me rassure sur mes capacités physiques. Çà passe bien jusqu'au Reposoir, quelques longueurs de relatif plat avant d'entreprendre la 2ème partie de l'ascension. Il y a beaucoup de circulation automobile, sûrement parce qu'on est dimanche, me dis-je pour me rassurer. Il faut en permanence être vigilant à ne pas faire trop d'écarts. Ça gâche un peu le plaisir. J'arrive au col, à 1613 m, un peu vidé de mon énergie, mais satisfait du résultat de cette première épreuve. Je n'ai même pas eu besoin de m'arrêter pour surchauffe.
Je redescends vers le Grand-Bornand avec l'idée de m'arrêter pour pique-niquer dès que l'occasion se présentera. Je me laisse tenter par une tartiflette à emporter, çà compensera les calories brûlées ce matin. Il est déjà 1h30 quand je m'arrête à la sortie de La Clusaz, en bord de route, à défaut de mieux. Cette pause est la bienvenue pour recharger les batteries. Le col des Aravis est au menu de l'après-midi. Il n'est qu'à 1486m, mais les Kms de ce matin se font sentir dans les jambes. J'arrive tout de même au sommet sans mettre pied à terre, c'est moins pentu que ce matin, et çà ira très bien ainsi pour cette première journée. Ici c'est la cohue, la foule, les embouteillages.
La descente vers Flumet est agréable. J'ai réservé ce soir gîte et couvert à Saint Nicolas La Chapelle. Et au menu unique: tartiflette ! Et quel régal !
Lundi 9 Août - de Saint Nicolas La Chapelle à Bonneval (75 Kms)
Départ vers 8 heures du Chalet La Source, adresse à recommander. Dès la sortie de Flumet, çà commence très fort en direction du col des Saisies (1657 m). En dépit de la pente, la route est bien agréable. Vues les inscriptions sur la chaussée, le Tour de France a dû passer par là cette année.
Pour la première fois depuis le départ, j'ai fait une partie de l'ascension avec un autre cycliste. En général ils me doublent tellement rapidement que je n'entends même pas le bonjour. Les derniers kms de la montée sont agréables. C'est bien de terminer une ascension en douceur.
Aux Saisies je prends le temps de visiter l'église moderne de Notre Dame des Lumières. Lieu de sérénité, musique d'ambiance reposante.
Le massif Mont-blanc dans toute sa splendeur s'offre à la vue du voyageur dans cette descente vers Villard Sur Doron. A partir de là s'amorce une descente d'enfer vers Alberville. Dire qu'il y a des malheureux qui montent cette route sans fin ni pitié pour les voyageurs à vélo. Je vous le dis, je préfère ces 20 kms en descente, même s'il faut serrer fort les freins et éviter les fissures de la chaussée.
J'appréhendais un peu la vallée de l’Isère après Alberville. Sur la carte, une autoroute, une voie ferrée et la rivière, laissent peu de place à une route adaptée aux cyclistes. Et pourtant ce fut un chemin agréable, vers Tour en Savoie, parallèle à la route principale et sans doute de ce fait peu emprunté. J'y trouve même un endroit agréable pour refaire le plein de carburant et la sieste qui va avec.
A La Bathie on passe de l'autre côté de l'autoroute. Et là, finie cette longue promenade en légère pente descendante. Ici on remet les gaz vers St Paul Sur Isère. C'est raide mais la route est très agréable, à l'ombre, ce qui ne gâche rien. A la fontaine de St Pierre je me rafraîchit et me désaltère.
Bientôt se présente un carrefour: à gauche La Léchère à 4 Kms en forte descente, à droite, Col de la Madeleine à 26 Kms. J'avais initialement prévu de faire étape à La Léchère. Vu l'heure pas trop tardive, vu ma bonne forme, je choisis l'option en direction du Col de la Madeleine, ce sera çà à faire de moins demain. Il y a juste l’inconnue du logement pour ce soir. A La Léchère il y avait des campings. J'espère trouver une solution à Bonneval en Tarentaise. Heureusement qu'il me reste de l'énergie pour avaler ces 5 ou 6 kms à en dissuader plus d'un. C'est assez dur mais j'apprécie cette montée à l'ombre, dans la fraîcheur, pas beaucoup de voitures. Je m'autorise même pour la première fois une montée en zigzags pour parfois adoucir la pente.
A Bonneval, une seule auberge, dite de la Vallée de L'eau Rousse. Je suis le seul client à table à déguster les spécialités de Diots (saucisses savoyardes) et pâtes froment/sarrazin.
Par la fenêtre de la chambre j'entends couler la fontaine. Du clocher en face sonnent les 10 heures. Et pour ceux qui n'auraient pas bien entendu, les 10 coups sont répétés une deuxième fois.
Mardi 10 Août – de Bonneval à Les Verneys (Valloire) (86 Kms)
Pas besoin de réveil. Les cloches reprennent du service à partir de 6 heures. Cette nuit il est tombé une bonne averse. Le ciel était bien bleu hier soir et rien ne laissait présager cet arrosage nocturne. Dire que j'envisageais le camping si je n'avais pas trouvé ma bonne auberge. J’avais repéré une aire de stationnement de camping cars qui aurait pu convenir.
La halte à Bonneval en Tarentaise à environ 1000m d’altitude est vraiment judicieuse dans cette ascension vers le Col de la Madeleine. Elle permet de réduire l'effort nécessaire le deuxième jour pour atteindre les 2000 mètres. De plus, les premiers Kms après Bonneval sont vraiment sympathiques, en pente douce. Çà se corse entre La Thuile et Celliers. Je remarque en passant la présence de 2 hôtels qui pourraient également servir d'étape.
Quelques arrêts s'imposent dans cette ascension pour calmer le cœur et pour admirer et écouter quelques cascades. Aux fortes pentes succèdent des zones de récupération. La Madeleine m'a bien plût. Je suis cependant un peu inquiet d'une douleur persistante à la rotule droite qui semble s'amplifier.
Après le col suivent 20 Kms de descente qui n'en finissent pas. Les poignets et les épaules en prennent un coup. Je rêve d'un système de freinage téléassisté qui se commanderait d'un doigt. Les descentes en seraient d'autant plus appréciées.
Me voici donc en vallée de Maurienne. De Saint Jean à Saint Michel, quel chemin de croix de cycliste. Pas d'autre choix que la route nationale très fréquentée, coincées entre la voie ferrée et les zones industrielles. Heureusement qu'il y a quand même une piste cyclable et les flots tumultueux de l'Arc.
A Saint Michel je fais une pause boisson pour me rafraîchir un peu vers 16h30 et aussi refaire le plein des bidons vidés ce midi pour réhydrater soupe et purée au poisson lyophilisée.
Le col du Télégraphe ne présente pas de fortes pentes mais il y a quand même 12 Kms d'ascension. Ce n’est pas gagné en cette fin d'après-midi où il fait encore chaud dans les premiers Kms. Je cherche désespérément un coin sympathique pour prendre un petit remontant à l'écart de la horde de véhicules qui m'assaillent depuis Saint Michel. Je m'arrête finalement dans un endroit assez inhospitalier, d'où les automobilistes peuvent admirer le spectacle d'un drôle d'énergumène en détresse en train de tartiner quelques tranches de pain de pâte chocolatée aux noisettes. Je repars d'un meilleur rythme et découvre quelques centaines de mètres plus loin 2 aires de repos successives avec bans et tables. Un peu rageant …
J'atteints le col en forçant le moins possible pour tenter de soulager mon genou douloureux.
La route descend ensuite tranquillement vers Valloire. Le Guide du Routard conseille le gîte Pierre-Paul aux Verneys, 2 Kms après Valloire. Çà monte à 9%, mais quelle satisfaction d'atteindre ce havre de paix. Les propriétaires, cyclistes à leurs heures, cultivent un agréable jardin au bord d'un torrent bien paisible en ce moment. Les dégâts provoqués il y a quelques années par les eaux en furie, font prendre conscience que l'homme ne maîtrisera jamais la nature en colère. Le maître des lieux à qui je fais part de mes ennuis rotuliens me dit avoir expérimenté sur lui un remède efficace: les piqûres d'abeille, parole d'apiculteur. Bon … finalement je ne souffre pas encore assez pour tester la méthode.
Mercredi 11 Août – De Les Verneys à Terre Rouge (Cervières) (63 Kms)
Après un petit-déjeuner copieux avec le miel et les confitures maison, je quitte Les Verneys à 1560 mètres pour une montée de 18 kms vers les cieux à 2600 mètres: c'est la grande journée du Galibier. Oui, je peux dire qu'elle fut grande et même grandiose. La mise en jambes et le test du genou se font en douceur sur les premiers Kms. Par précaution je m'enduis ce dernier d'une pommade anti-inflammatoire.
Je suis séduit par ces magnifiques paysages de haute montagne. C'est un régal de cyclo-touriste. Les jeux d'ombre et de lumière ne laissent pas indifférent le photographe. Je m'arrête très souvent, au moins comme çà je ne forcerai pas de trop. Je me rends compte qu'il est très avantageux de combiner la photo et le vélo en montagne, au moins a t-on le prétexte de l'arrêt photo quand le souffle devient court.
Les mots me manquent pour décrire le plaisir éprouvé à monter vers ce col. Je ne veux pas aller trop vite. Çà tombe bien, j'en suis bien incapable. Je m'en mets plein les yeux. Le temps est magnifique. Le ciel bleu est parsemé d'élégants nuages blancs.
A 8 Kms du sommet, la pente se raidit, les lacets impressionnants se succèdent. J'adore cette route. Je ne suis pas pressé d'arriver. Une petite pause collation est la bienvenue à 3 Kms du sommet.
Le dernier Km à 12% se monte debout sur les pédales. Une dame me double en me confiant que c'est le rêve de son mari de partir en voyage avec vélo et sacoches. C'est le monsieur en rouge qui vous a doublé tout à l'heure. Euh … oui, il y a tellement de cyclistes qui me doublent. Çà fait plaisir au moment de cet effort final de s'entendre dire que l'on fait rêver quelqu'un.
Porté par l'enthousiasme de cette montée, j'en ai presque oublié mon genou qui a bien supporté le dur régime que je lui impose.
Un cycliste pur compétition s'affale près de moi. Je luis fais remarquer qu'il a dû monter trop vite. Une heure et demi, dit-il, et le problème c'est que j'ai oublié mon gel. J'ai failli lui proposer un morceau de saucisson et une tartine au Nutella, et puis non, tant pis, çà lui apprendra à ne pas oublier son gel.
Au sommet le panorama est grandiose. Ce paysage est époustouflant, avec des vues sur des sommets enneigés, sur les enfilades de lacets.
Dans le Galibier, tout est bon, tout est beau aussi, aussi bien la montée que la descente vers le Lautaret. Une descente plaisir, émerveillement. On croise beaucoup de cyclistes et même des troupeaux de vaches à leur aise au milieu de la chaussée. Des paysages de cartes postales défilent.
La vue sur un glacier majestueux du massif de la Meije comble le voyageur qui ne va pas trop vite et qui a la faculté de s'arrêter où bon lui semble, je veux parler du cyclo-touriste.
A déguster des yeux cette nature, j'en oublie qu'il est déjà 13h30. Je m'installe à un restaurant au col du Lautaret. Il y a d'ici une vue incroyable sur ces montagnes, sur les glaciers du Lautaret, de L'Homme et le Pavé (3800m).
Je n'ai jamais autant apprécié de ma vie une saucisse-lentilles. J’ai également vidé la corbeille garnie d'un pain frais délicieux. Je ne vous parle pas de la bière pression fraîche …
Après les plaisirs du Galibier et de la table vinrent les affres de la plongée vers Briançon. Descente rapide et beaucoup trop de voitures. Heureusement que je fais le trajet dans ce sens. J'imagine la galère de ceux qui le ferait dans l'autre sens, en montée interminable. Plus je m'approche de Briançon, plus la circulation s'intensifie. Je m'arrête à une pharmacie pour une crème solaire. Hier soir, lors de mon précédent arrêt dans une pharmacie, on m'avait conseillé de recouvrir mon genou car ma pommade anti-inflammatoire le rendait hyper-sensible aux coups de soleil. Je ne l'ai pas constaté sur le genou. Sans doute l'effet s'est-il reporté sur le visage que je découvre rayonnant, voire irradiant au détour d'un miroir de lavabo. Attention donc, beaucoup de rayons du côté du Galibier, les uns métallique, les autres UV.
Après l'enfer automobile de Briançon, direction Col de l'Izoard. La sortie de la ville est sévère, il vaut mieux avoir quelques réserves.
Je loge ce soir au gîte Terre Rouge, 2 Kms avant Cervières. C'est un gîte plutôt rustique, lieu de rencontres sympathiques entre randonneurs, cyclistes, motards. Et au menu unique de ce soir: Diots (saucisses) et lentilles. C'était donc la journée saucisse-lentilles après la journée tartiflette de dimanche.
Très belle journée, alors que hier le moral était en berne, taraudé par l'incertitude par rapport au genou. Maintenant que le spectacle inoubliable du Galibier est acquis, je suis confiant pour la suite. Dire que hier je me suis renseigné à la gare de Saint Michel de Maurienne pour savoir comment aller en train jusqu'à Nice au cas où je n'aurais pas pu passer cette étape capitale.
Jeudi 12 Août – de Cervières à Vars (58 Kms)
Le plancher de ma chambre grince tellement que j'appréhende de réveiller toute la maisonnée à chaque pas en cette heure matinale. Petit-déjeuner prévu à 7 heures. 3 cyclistes qui font le tour du massif des Ecrins attendent avec moi l'arrivée du patron.
Une petite visite à l'extérieur me fait découvrir un abricotier qui porte plein de fruits. Il paraît qu'ils arrivent certaines années à mûrir vers la fin septembre. Nous sommes à 1600m d'altitude.
Je crois que j'avais sous-estimé la difficulté d'ascension de l'Izoard à 2344m. Sans doute des souvenirs d'un tour des Alpes effectué quand j'étais jeune et roulais sur un léger vélo.
A noter pour de futurs voyageurs, qu'il y a une auberge (l’Arpelin) un peu après Cervières, au lieu dit le Laus.
Heureusement que je déborde toujours d'énergie le matin. La première partie de la montée se fait en zone forestière. Évènement extraordinaire, je double pour la première fois deux cyclistes dans une montée. Je les avais en point de mire depuis quelques virages, quand ils se sont arrêtés, visiblement épuisés. A marquer dans les annales.
Certains cyclistes qui me doublent m'encouragent, sans doute par condescendance envers cet huluberlu qui trimbale son gros chargement. « Courage, le plus dur est fait, plus que quelques virages ! ». Je réponds souvent par un « déjà ! » qui semble les laisser pantois, surtout s'ils sont eux aussi un peu au bout du rouleau.
A la sortie de la zone forestière la montagne dévoile sa minéralité. Paysages sublimes à admirer à l'arrivée au col.
Dés le début de la descente, le voyageur entre dans le site extraordinaire de la Casse Déserte, paysages lunaires accrochés aux montagnes, fascinants.
Entre monolithes sortis de terre et gigantesques éboulis, les lieux sont de toute beauté.
D'un endroit à un autre, en fonction de l'éclairage changeant par un soleil de temps en temps voilé par quelque nuage, je ne me lasse pas d'admirer ces sculptures minérales, d'en prendre plein les yeux.
Après le ravitaillement à Arvieux, je trouve un coin de champ ombragé pour le repas et le repos. Les nuages noirs et quelques gouttes précipitent un peu le départ. Mais finalement pas encore de quoi mouiller un cycliste aujourd'hui.
Dans les combes du Queyras, je m'attarde un peu à observer les descentes en Rafting dans ces eaux tumultueuses. Belle route taillée dans la roche, si ce n'était cette intense circulation.
Après Guillestre, direction Vars et son col.
Je suis un peu en galère dans cette longue montée d'après-midi. Le genou implore un peu de pitié et la digestion abrégée par un départ un peu précipité est un peu laborieuse. Le deuxième problème est bientôt soulagé par un arrêt délestage au détour d'un virage, quant au premier, il est plus difficile à régler. Je remets un peu de pommade. L'effet n'est pas probant et les redémarrages sont de plus en plus laborieux.
J'ai la surprise de voir la route redescendre avant d'arriver à la station de Vars Ste Marie. Là, je décide d'arrêter la casse pour aujourd'hui. Le col est encore à 9 Kms et j'ignore le dénivelé. Il est près de 18h, le temps est menaçant. Çà ira mieux demain
Vendredi 13 Août – De Vars à Saint-Dalmas de Valdeblore (130 Kms)
Heureusement que mon genou ne m'a pas permis d'aller plus loin hier. D'une part la route monte raide à la sortie de la station de Vars, et d'autre part le paysage est splendide sous les premiers rayons de la matinée. Quelques étangs, limpides miroirs des sommets alentours, jalonnent le parcours. Ce paysage me rappelle le Etangs de Lers, vers le col D'Agnes dans les Pyrénées. Le col de Vars, à 2109m est bientôt atteint. La descente est entrecoupée de nombreux arrêts photo, tant l'inspiration est grande entre impressionnants lacets en vue plongeante, bords de route fleuris, villages de cartes postales.
Le torrent de l’Ubaye m'accompagne jusqu'à Jausiers (1213m) que j'avais initialement prévu d'atteindre la veille. Il est 11 heures et le panneau indique le col de la Bonnette à 24 Kms. Une bonne pause restauration s'impose avant de se lancer sur cette route la plus haute d'Europe. Le col est à 2802 m. La première partie de l'ascension est assez régulière pour se mettre bien en jambes. Rapidement je découvre des paysages époustouflants où la végétation se fait rare. Au détour d'un lacet, un étang m'incite à une pause photo. J'ai la surprise de voir parfois la route descendre. Quelques pentes sans doute dans les 10%, nécessitent quelques efforts violents, mais çà ne dure pas trop longtemps.
Ce col est vraiment le col des femmes. Jamais la gente féminine ne m'a paru aussi présente dans une ascension. Et je n'ai compté évidemment que celles qui m'ont doublé. L'une d'elle montait là haut en tenue minimale, short et soutient gorge. J'ai bien forcé un peu l'allure, mais je me suis dit qu'elle était sûrement attendue au sommet pour passer des vêtements plus chauds pour ne pas être congelée dans la descente.
Comme je n'ai pas pris de vrai repas vers midi, je fais quelques arrêts nourriture au cours de la montée. C'est finalement un régime qui me convient bien. Je progresse bien vers les sommets. Le genou se fait discret. J'apprécie beaucoup cette ambiance au delà des 2000m. Paysages minéraux, lumière pure, cris des marmottes qui troublent le silence ambiant. Près du sommet la route passe presque en descente, légère pente. Puis à un carrefour on indique d'une part la direction de Nice directe, et d'autre part un petit détour vers la cime de la Bonnette pour les plus téméraires. Çà monte à 15% sur quelques centaines de mètres. Je termine à pieds.
Là-haut je rencontre un Allemand qui vient de Bavière avec un vélo chargé qui pèse 50 kilos. Faut dire qu'il trimballe des pièces de rechange et des outils de réparation. Il a déjà changé de chaîne, des rayons et un moyeu. Incroyable. Pour monter cette charge il a un plateau de 26 à l'avant et 32 à l'arrière.
Dans la descente j'ai la satisfaction d'observer un immense troupeau de moutons dans un paysage grandiose. J'ai beau me dire qu'il faut avancer, irrémédiablement je m'arrête de ci de là pour engranger les souvenirs. J'oublie le temps, absorbé par la beauté du présent.
Au détour d’un virage on découvre le Camp des Fourches, un casernement de montagne.
Ces chalets servaient principalement de logement et pouvaient accueillir un bataillon de chasseurs alpins à quatre compagnies de 150 hommes qui vivaient en quasi-autarcie.
La descente de la vallée de la Tinée semble ne vouloir se terminer qu'à la mer, c'est infini, mais bien appréciable à cette heure de l'après-midi.
On passe le village de Le Pra qui fut complètement détruit en 1860 par le torrent qui tombe de la montagne, juste au dessus. Quand on voit l'emplacement du village, presque dans le lit du torrent, on comprend sa vulnérabilité. Et pourtant des hommes sont revenus bâtir le village, depuis sécurisé par d'importants travaux.
Quelques belles cascades ponctuent le parcours.
Une superbe piste cyclable est aménagée le long de la rivière la Tinée entre les villages de St Etienne de Tinée et d'Isola, sur environ 12 km.
A Saint-Sauveur de Tinée j'appelle pour réserver une chambre au gîte Les Marmottes dont j'avais noté les coordonnées. C'est à Saint Dalmas. Il est 19 heures. Après quelques Kms de descente et 12 Kms d'ascension j'y arrive à 21heures, à la nuit tombante. Belle et longue journée.
Samedi 14 Août – de Saint-Dalmas à Saint-Laurent-du-Var (Nice) (115 Kms / 600 Kms)
Ce matin l'échauffement est vite fait dans les 8 à 9% de pente de Saint-Dalmas vers le Col Saint-Martin. Là commence la longue descente de la vallée de la Vésubie, Saint-Martin-Vésubie, Roquebillière.
Le temps est couvert et je n'arrive pas à trouver de motivation sur cette route. Pour me réveiller, me motiver je décide de modifier le parcours prévu.
Je prends la direction du Col de Turini. Ce détour va complètement changer la physionomie du parcours initial qui se contentait de se laisser aller comme l'eau qui descend des montagnes par les vallées de la Vésubie et du Var.
La montée vers le Col de Turini demande beaucoup d'énergie. Il faut monter en 15 kms de 500 m à 1600 mètres. Pour réveiller, çà réveille !
A La Bollène je m'équipe pour la pluie mais finalement çà ne mouille pas de trop.
Cette route me plait bien, mais mon petit détour commence à devenir long. Çà n'en finit pas de monter.
Après la borne des 13 Kms, je cherche virage après virage un signe annonciateur du col. Un panneau de limitation à 50, un bruit de cloches de vaches, oui cette fois j'y suis. Cette petite montée m'a bien pris 2 heures.
Et là, aussitôt amorcée la descente une bonne pluie se met à tomber. Le décor de l'après-midi est planté. Ce sera une douche continue de 5 heures.
Il faut malgré tout trouver une solution pour le déjeuner. Un abri-bus à Peira-Cava semblait m’attendre. Excellent abri, banc, poubelles à proximité, vraiment c’est un lieu à recommander au promeneur affamé de passage quand le ciel ouvre ses vannes.
Bien que les paysages dans le brouillard et les nuages qui courent sur les crêtes aient leur charme, le plaisir à vagabonder sur ces petites routes vers Coaraze, Contes, Tourette-Levens, Aspremont, Colomars est bien tombé à l'eau.
Après Colomars j'avais prévu de passer sur la rive droite du Var, vers Carros. Mais il est plus de 8 heures, un peu épuisé, et je me vois mal remonter vers ce village sur l'autre rive. Je me résous donc à prendre une voie rapide très fréquentée en direction de Nice. Malgré quelques portions de piste cyclable, je me sens un peu vulnérable dans ce trafic à la nuit tombante. J'arrive à Saint-Laurent du Var vers 21 heures.
Durant mon séjour à Saint-Laurent-du-Var, j’ai eu l’occasion de refaire la fin de mon parcours sous la pluie, cette fois par un soleil radieux, et ceci à partir du Col Saint Roch..
L’ambiance est évidemment totalement différente. Çà sent bon le pin et on est accompagné du chant des cigales.
Cet arrière pays niçois est constellé de villages perchés, joyaux posés sur les sommets.
Après Contes, on attaque le bien nommé col « le Col » en direction de Chateauneuf-Villevieille. Au col, un chemin monte à l’ancien village en ruines.
Il fut fondé au Moyen Âge par des habitants de Contes qui cherchaient un site à l'abri de l'insécurité qui régnait à l'époque dans la vallée.
Après la descente de Colomars, un détour vers Carros et Gattières permet d’admirer l’impressionnante vallée du Var jusqu’à Nice. Rivière paisible qui se languit entre les bans de galets en cette saison. On imagine la furie des eaux à la suite de fortes pluies sur le Mercantour. Ce fleuve constituait la frontière avec le Conté de Nice, jusqu’à la réunification à la France en 1860.
La magie du voyage à vélo a encore opéré pour cette traversée des Alpes.
Prendre le temps d’admirer, ne jamais être pressé d’arriver sont les vecteurs de la réussite d’un tel périple. Une préparation physique suffisante permet à l’esprit de se libérer des contraintes du relief pour jouir d’instants uniques.
- Alain Postic -
Visite en Allemagne (Lüneburg puis Rügen)
Très souvent, le long des routes de campagne aux environs de Lüneburg, de belles pistes cyclables s'offrent aux quelques heureux cyclistes "des champs".
Ces pistes sont loin d'être un luxe, car nous constaterons de multiples fois hélas au cours de notre séjour en Allemagne que les automobilistes germaniques prennent la route pour un circuit de Formule 1 (Schumacher fait des émules !)
Malheureusement, les autorités allemandes réagissent par des moyens dérisoires aux excès des automobilistes (ci-dessus, le visage grimaçant d'un radar en entrée de ville), et il n'est pas rare de croiser des animaux morts le longs des routes (chats, lapins ou même plus gros)
A Lüneburg les cyclistes (bien vivants !) sont largement majoritaires sur le pavé. C'est une très jolie ville à découvrir à bicyclette.
----------------------------------------------------------------------------------
Changement de décor ...
A noter le fléchage des parcours vélo près de Stralsund. Sympathiques de premier abord, ces parcours permettent de découvrir des petits chemins qui "sentent bon la noisette". Mais rapidement on se rend compte que ces routes bucoliques allongent notablement les distances. Néanmoins, prendre au plus court, cela veut dire emprunter les routes avec des automobiles qui roulent à des vitesses effarantes. Au final : mieux vaut pédaler plus pour vivre plus !
Ainsi il faudra faire preuve d'agilité entre les pavés, les gravillons, le sable et les fameuses plaques de béton, vestige du passé.
Stralsund est une jolie ville fortifiée. C'est de cette ville que l'on peut accéder à l'Ile de Rügen par deux ponts : le nouveau pont suspendu est interdit aux cyclistes et aux piétons. Le vieux pont comporte une voie spéciale pour cyclistes et piétons, mais étant plus bas, le tablier central bascule toute les heures pour permettre le passage des bateaux.
Le "clou" de l'Ile de Rügen est le "König Stuhl", détail de la belle falaise de craie qui plonge dans la mer. Foule assurée à cet endroit par jour de beau temps ! Pourtant il y a d'autres endroits où le point de vue est tout autant saisissant et gratuit.
Les plages n'ont rien d'exceptionnelles et les eaux sont partout peu profondes et plus propices aux échassiers migrateurs qu'aux bipèdes baigneurs.
On peut découvrir de nombreuses constructions traditionnelles aux environs de Stralsund (ci-dessus une chaumière à Prohn et une maison à Barth).
Désormais les éoliennes font partie du paysage de l'Allemagne, ici point de débat comme en France.
Depuis Barth, un chemin pour les cyclistes conduit à la grande plage de Zingst. Curieusement, il y a peu de vélos mais les voitures très nombreuses en ce dimanche estival sont engluées dans un terrible bouchon. Les vélos ont seulement quelques difficultés pour se croiser sur une voie très étroite du pont qui mène sur la presqu'île.
Pas d'aménagement pour le stationnement des vélos le long des voies d'accès à la plage. Il faut dire que les cyclistes ne sont pas vraiment nombreux.
38 °c le long de la Baltique, qui l'eut cru ! Rien d'étonnant qu'en ce beau dimanche de juillet la plage était bondée à perte de vue.
Randonnée Pyrénéenne - De St-Jean-de-Luz à Collioure
J’ai le plaisir de vous présenter ici le récit de mon voyage à vélo dans les Pyrénées.
- Alain Postic -
Pour accéder à l'album photos, cliquer ici ........Voir les Photos
Samedi 8 août 2009 - De Bayonne à Sare (47 Kms)
Arrivée à Bayonne. Bruine épaisse qui mouille bien. Je suis bien heureux d'avoir pu prendre ce train de Toulouse car il était en principe interdit aux vélos. Le contrôleur m'indique même le meilleur emplacement pour mon vélo lourdement harnaché. Le train est bondé avec poussettes et bagages dans les couloirs. J'essaie de me faire discret, assis sur les marches du compartiment en début de voyage.
A Bayonne, il n'y a que des TGV n'acceptant pas les vélos jusqu'à 18H. Il est 14h30, vu la distance me séparant de St Jean de Luz, j'enfourche le vélo.
Le trajet est agréable vers Anglet, Biarritz par une bonne piste cyclable. Ensuite je remonte avec satisfaction les longues files de voitures de sortie en ce jour pluvieux.
ST JEAN DE LUZ
J'en reviens à peine d'être là. Heureux d'être à ce rendez-vous que je m'étais fixé il y a des mois, heureux de pouvoir concrétiser ce projet qui me trottait dans la tête depuis des années. Je suis prêt à m'élancer dans ce Raid Pyrénéen qui doit me conduire du côté méditerranéen.
Je suis comblé d'être là en pleine forme. Oublié cet accident du début d'année, ce véhicule qui me percute ce matin là sur le trajet du boulot. Je m'en suis bien sorti physiquement avec un hématome au genou et un mal de dos pendant quelques jours. Le vélo était en mauvais état, fourches tordues, Un bon mécanicien redresse tout çà. Je tiens beaucoup à ce vélo qui date de 1985. D'autres conséquences de l'accident se révèleront plus tard : plateaux de pédalier voilés. Je change le grand et le moyen. A un mois du départ, c'est le petit qui lâche, boulons qui sautent, plateau ovale... A cet instant l'angoisse me prend de ne pas pouvoir réaliser ce projet qui me tient à cœur.
Ce type de plateau ne se fait plus, il faut changer le pédalier, l'axe n'est plus compatible, le filetage de la cage n'est pas le bon... Tout s'arrange 2 semaines avant le départ. Soulagement.
Un Raid Pyrénéen, ce périple officiel de la Fédération Française de Cyclotourisme, qui conduit de l'Atlantique à la Méditerranée, ou inversement en empreintant la route des principaux cols pyrénéens, voilà quel était en quelque sorte ma façon de marquer mon anniversaire des 50 ans.
C'est un projet qui me fait rêver, qui m'enthousiasme. J'ai cette chance d'être en bonne santé. Je me sens en liberté sur un vélo. Je m'exprime à fond par ce moyen de transport, de loisir. Aller où bon me semble, avec peu de contraintes, sentir mon corps répondre à mes envies d'évasion. Oui c'est ça qui me fait plaisir. Faire maintenant ce que je ne pourrai peut être plus faire dans 10 ans. Vivre mon rêve, m'exprimer à fond, profiter intensément de chaque tour de pédale, là est mon projet.
Je n'osais pas trop dévoiler ce projet un peu fou, hors du commun, de crainte d'être pris dans l'engrenage de ce projet ambitieux. Plus j'en parlais autour de moi, moins en quelque sorte je pouvais reculer. Chaque personne à qui j'en parlais me poussait symboliquement vers un point de non renoncement.
Je suis là à St Jean de Luz. C'est un petit miracle de la vie. Tout c'est bien passé: bonne santé, vélo réparé, voyage en voiture en famille jusqu'à Cahors, puis ce train qui ne prenait en principe pas de vélos. L'instant du grand départ est arrivé.
Je trouve difficilement cette petite route qui mène à Ascain au départ de Ciboure. Une automobiliste bienveillante qui me voit dans l'embarras m'indique le bon chemin: il faut suivre la Nivelle. Merci chère dame pour cette aide spontanée, qui me permet de prendre mon envol.
Un mot d'ordre pour cette randonnée: manger et boire (de l'eau) en abondance avant de ressentir les éventuels effets du manque de carburant. Mais ou mettre ces victuailles dont je viens de m'approvisionner ? Les sacoches sont déjà pleines. Il faut s'organiser, trouver des solutions. Quelques vêtements passent sur le porte-bagages pour faire quelque place à ces précieuses provisions.
Et voilà ce petit col de St Ignace pour ce mettre dans l'ambiance montagnarde. Heureusement ça passe comme à l'entraînement. Pas bien méchant pour cette fin de courte journée cycliste (47 Kms). Je m'arrête à Sare. Il est déjà 19h.
Ce sera camping 3 étoiles pour cette première nuit. Mais je ne profiterai pas de la piscine. De l'eau du ciel, oui : cette nuit est bien arrosée. J'ai fait l'acquisition de la plus petite, de la plus légère des tentes. Il ne faut pas s'attendre à des performances extraordinaires. Etanche, oui, mais humide quand même de part la condensation. Et quand j'ouvre un peu pour aérer et que je m'endors peu après, c'est une surprise humide au milieu de la nuit. Plus grand-chose de sec sous cet abri de fortune. Le réveil est matinal. J'ai quelques difficultés à ranger tout mon bardât humide. Le vélo est équipé de 4 sacoches, chacune pleine de divers sacs plastiques pour assurer l'étanchéité. Je ne sais plus trop où mettre quoi. Tout fini par rentrer, avec ce surpoids de matériel mouillé. Vive le camping !
Dimanche 9 août 2009 - De Sare au Col de Burdincurutcheta (89)
Ayant pu rouler un peu hier samedi, j'ai un peu d'avance sur mon programme en ce dimanche matin. Je pourrai ainsi dépasser St Jean Pied de Port.
A Louhossoa, le parcours officiel empreinte la D918 très chargée en circulation jusqu'à St Jean-Pied-de-Port. Je fais le choix de la route campagnarde vers Helette.
Cette matinée en Pays Basque n'est pas bien ensoleillée, mais il ne pleut pas. C'est finalement du beau temps pour rouler à vélo. Je retrouve un peu l'ambiance de mon Finistère de jeunesse: humidité, verdure, côtes qui se succèdent, odeurs de fermes.
Je contacte mon ami Yves et sa femme qui séjournent à Ainhice-Mongelos, dans un gîte au milieu des champs. Je suis heureux de leur invitation qui me requinque aussi bien physiquement, la matinée ayant été un peu longue, que moralement : plaisir de communiquer, chance de trouver des amis sur mon chemin. J'en profite pour sécher mes affaires avant de repartir, plus léger d'esprit et de poids dans les sacoches sèches.
J'ai été un peu trop ambitieux sur ma destination de ce soir. Le col de Burdincurutcheta me rappelle à la raison. Un géant qui culmine à 1300 m et qui ne se laisse pas gravir par le premier amateur venu que je suis. Dur, très dur, au delà de 10% en cette fin de journée, je suis à bout de souffle. Quelques doutes envahissent mon esprit sur mes capacités de réussite avec ce vélo de 17 kg, chargé de 10 kg de bagages. Le 32x28 s'avère insuffisant sur de telles pentes. Mais je sais que ce col est réputé comme étant l'un des plus difficiles du parcours. Plusieurs fois je mets pied à terre. Pousser le vélo en marchant s'avère presque aussi essoufflant sur ces pentes raides inhumaines.
Un petit monticule relativement plat, dans un virage, le dernier pour moi aujourd'hui accueille ma tente. C'est ce soir une providence de pouvoir m'arrêter là à bout de souffle. Je monte rapidement mon abri car des brumes épaisses montent de la vallée. Il était temps, quelques instants après je suis dans un brouillard épais. Je me suis arrêté au bon moment. L'expérience humide de la nuit précédente semble vouloir se renouveler. Le brouillard se transforme en pluie fine qui heureusement ne dure pas.
Lundi 10 août 2009 - du Col de Burdincurutcheta à Laruns (100 Kms)
Condensation et brouillard justifient le passage d'une éponge au petit matin pour retirer le maximum d'humidité de la tente.
Départ à 8 heures après une mauvaise nuit humide et un terrain en pente qui me fait inlassablement glisser vers le bas.
La pente est tellement raide que j'hésite à enfourcher immédiatement le vélo. Je marche jusqu'au virage suivant. Je me rends compte que j'étais près du col. Les premiers Kms se font dans un brouillard épais dans cette forêt d'Iraty. L'ascension se termine par le col Bagargui. Un petit lac émerge des brumes. Dans cette descente mon chemin croise celui de chevaux en vagabondage. C'est un moment émouvant de voir ces animaux qui sortent d'on ne sait où, pas farouches. Des poulains tètent leur mère. La descente vers Larrau est bien raide. C'est un beau village encore endormi à 10 heures. Je grignote quelques victuailles près de la fontaine. Manger avant d'avoir faim doit être ma règle. La descente continue jusqu'à Tardets-Sorholus. Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, les descentes ne sont pas toujours une partie de plaisir. Les mains sont crispées sur les freins, les épaules souffrent. Le corps est secoué par les irrégularités de la route. Je suis toujours impressionné par la raideur et la longueur des descentes. J'ai peine à croire que j'ai pu monter si haut.
J'arrive vers midi à Lanne où je trouve un espace béni des dieux des cyclistes. Une table de pique-nique, un beau gazon, de l'ombre et du soleil. Ce soleil est le bienvenu pour à nouveau sécher mon bardât. Déballage général le temps du repas. Je prépare pour la première fois un de ces plats lyophilisés que je trimballe depuis le début du périple. Une tasse d'eau bouillante dans le sachet, on laisse le plat se réhydrater, puis on déguste son poulet au riz ou autre préparation. C'est bien meilleur que des tartines de pain de mie au jambon, chips ou autre Babibel. Une sieste s'impose avant d'attaquer l'ascension du col Marie Blanque. Les premiers kilomètres sont bien agréables, une pente à 5%, un torrent m'accompagne de son chant intarissable. Mais bien vite je comprends la réputation de ce col. Des pentes à 10 puis 13% ont raison de mon souffle. Une ligne droite infernale me fait mettre pied à terre. Je n'hésite plus à m'arrêter pour reprendre mon souffle. Je m'interdis de dépasser certaines limites dans l'effort. Ma règle, quand la pente devient sévère est d'aller le plus lentement possible. Ralentis, regardes cette nature merveilleuse, écoutes les oiseaux, l'eau qui coule ! Chaque tour de pédale est le temps qui passe. Profites de chaque seconde, elle ne reviendra pas. Tu ne repasseras sans doute pas par ce chemin, imprègnes toi s'en ! Ce conditionnement mental marche un certain temps, puis, la limite atteinte, il faut savoir s'arrêter, ne pas faire violence à ce corps valeureux.
Le col franchi, j'entame une longue descente assez agréable où je peux laisser le vélo aller sans trop de risques. Larruns, en Vallée d'Ossau, est atteint après quelques kilomètres de route nationale. Deux hôtels complets, c'est parait-il la semaine la plus chargée de l'année. On me dit que j'aurai probablement des difficultés à trouver une chambre ici. Un peu dépité, je décide de continuer vers la route du lendemain. Après quelques minutes, j'aperçois l'Auberge de l'Embaradère, toujours dans la ville. Sans conviction je demande une chambre. Oui, pas de problème, nous avons de la place, mais en dortoirs. Cela me convient très bien, l'accueil est sympathique. Je suis finalement seul dans mon dortoir à 4 lits. Où puis-je garer mon vélo pour la nuit ? Vous prenez tout au fond de la cours, vous verrez une botte de foin et un sceau d'avoine. Que d'attention pour ma monture pensais-je un instant ! On attend des cavaliers ce soir...
Mardi 11 août 2009 - de Laruns à Luz-St-Sauveur (75 Kms)
Petit-déjeuner à 7h30, la journée s'annonce longue. Aubisque : ce nom évoque pour tous les cyclistes
les rendez-vous fréquents avec le Tour de France. Je me sens fourmi sur ce géant dans les premiers lacets. Mais ce début d'ascension est bien agréable dans la fraîcheur matinale. La pente se laisse gravir. L'Aubisque ne me rejette pas encore. Voilà déjà 2 heures que je mouline quand j'atteints Gourette, station de ski renommée. Les abords de la station sont bien rudes mais je gère bien la pente qui tourne autour des 10%, avec quelques passages au delà. Je prends garde à bien contrôler ma respiration. Mes efforts semblent efficaces. A aucun moment au cours de cette ascension, je ne dépasse mes limites raisonnables. Je suis bien satisfait de cette belle ascension, à 1700 mètres. J'en tire la conclusion que les cols les plus célèbres ne sont sans doute pas les plus ardus à monter. Burdincurutcheta, Marie Blanque, on y croise beaucoup moins de cyclistes, trop difficile et pas assez connus ...
Le paysage entre le col d'Aubisque et le col du Soulor est grandiose. C'est là que je mesure la chance du cycliste. Lui seul sur cette route peut apprécier cette nature faite de silences et de musique des cascades ponctuée du tintement des cloches des animaux. Pouvoir s'arrêter là où l'on veut, admirer les ravins, les gorges. Le relief est ici spectaculaire. Routes en corniche, vue plongeante, grands espaces. Nouvelle rencontre avec des troupeaux de moutons et de chevaux galopants en liberté. Il m'est difficile de m'arrêter de photographier, tant le spectacle est prenant.
Au col du Soulor, je m'offre un arrêt repas/repos dans un restaurant. Ce repas mémorable me permet de refaire le plein d'énergie: garbure (soupe de légumes en morceaux, pommes de terre, carottes, choux, grains de haricots). L'entrée est composée de jambons de pays avec un melon délicieux, puis viennent magret de canard frites et salade. Un fromage de brebis local fini par me combler. J'avais demandé un verre de vin rouge. J'ai été servi avec une carafe d'un demi litre, que je n'ai bien évidemment fait que goûter.
Le temps s'est bien réchauffé aujourd'hui. Partir à 14h30 n'est pas le meilleur choix, mais il me reste encore des kilomètres à grignoter. Col des Bordères: voilà encore un illustre inconnu qui confirme la règle de difficulté inverse de la notoriété. La chaleur et la pente ont raison de mon souffle. Un groupe d'adolescents m'encouragent, visiblement impressionnés par ma bravoure. J'attends le virage suivant pour mettre pied à terre hors de leur vue. J'ai mon honneur ! Une petite pause s'impose pour soulager le coeur qui bat la chamade. Le sommet est ensuite rapidement atteint.
Une longue descente s'amorce vers St Savin, Pierrefitte. Les Gorges de Luz auraient pu combler la curiosité du cycliste s'il n'y avait cette circulation automobile infernale jusqu'à Luz-St Sauveur.
Je fais le choix de l'hôtel ce soir pour pouvoir rendre dignement visite au Tourmalet demain.
Je trouve rapidement une chambre avec les informations de l'Office du Tourisme.
Mercredi 12 août 2009 - de Luz-St-Sauveur à Bagnères-De-Luchon (100Kms)
Je me fais mon petit-déjeuner dans la chambre ce matin, car je parts tôt, avant le service de l'hôtel.. Il est 7h15 quand je quitte ma chambre de St Sauveur.
J'appréhende bien sûr l'ascension de ce col mythique, mais je suis quand même rassuré par ma bonne forme physique testée la veille dans l'Aubisque.
Dès la sortie de Luz, la pente est sévère en longues lignes droites.
Le départ d'une ville étape est souvent à l'image du décollage d'une fusée qui doit fournir une énergie considérable pour s'abstraire de l'attraction terrestre. Au fur et à mesure de l'élévation, le corps se sent mieux, échauffé, il atteint son régime de croisière. Les derniers kilomètres représentent la mise sur orbite. On atteint l'objectif, on se sent léger, comme en apesanteur.
A Barèges le marché se met en place. La sortie de la ville demande une remise des gaz importante. La pente devient ensuite assez régulière. Les paysages baignés de lumière matinale sont prétextes à arrêts photo. Contrairement à ce qu'aurait été mon attitude il y a quelques années, m'arrête au cours d'une ascension pour prendre une photo ou parce que la machine est en surchauffe fait aujourd'hui partie de mes règles de bonne conduite. S'arrêter n'est plus prohibé. Ce n'est pas l'échec d'une ascension interrompue. C'est une nécessité, un bien-être, un choix délibéré de sagesse.
A l'approche du sommet la végétation se raréfie. Je me sens bien dans cette ascension, certes longue, mais régulière. Le paysage des derniers kilomètres est grandiose. Les lacets se succèdent. Bien que spectaculaires, les lacets donnent le rythme de l'ascension. Ils offrent des paliers de récupération. J'apprécie bien plus de monter une route en lacets que des lignes droites interminables dont on n'apprécie pas bien le dénivelé.
Le dernier kilomètre se monte à l'arrachée, mais cet effort suprême offre la récompense de l'objectif atteint. Au sommet on trouve beaucoup de cyclistes, bien sûr, plus de maillots bariolés que de portes bagages avec sacoches. Cette montée qui m'a demandé 3 heures demande une maîtrise de l'effort dans la durée. Chacun doit trouver son rythme. J'ai vu peu de cyclistes en difficulté évidente. Le Tourmalet ne s'improvise pas. La descente vers La Mongie m'impressionne. Cà me semble plus dur de ce côté.
Vers midi, du côté de Ste Marie de Campan, je cherche mon lieu de pique-nique et de repos de la mi-journée avant d'attaquer le col d'Aspin.
La sieste terminée, après quelques kilomètres de remise en chauffe, se présentent les pentes de l'Aspin. Les pourcentages sont relativement modestes de ce côté du col. Cependant il fait bien, chaud à 14h30. Quelques zones ombragées accueillent le voyageur téméraire. La descente sur Arreau s'effectue mains crispées sur les poignées de frein. Après une halte pour faire le plein d'eau dans le charmant village d'Arreau, l'objectif est de passer le col de Peyresourde. Ce nom m'est agréable et je n'imagine pas d'être déçu par cette visite. Les premiers kilomètres en vallée de Louron
comblent le cyclotouriste. Les affaires se compliquent quand apparaissent des déclivités importantes. Il fait encore chaud vers 18H et la fatigue de la distance parcourue commence à peser. La montée s'effectue, ponctuée de plusieurs haltes de récupération. Je peine dans les derniers kilomètres en ligne droite. La pente ne semble pas très sévère mais je peine à trouver le rythme qui conviendrait. En haut du col (enfin), je rencontre un cycliste de Cergy qui arbore les couleurs de son club.
Arrivé à Bagnères de Luchon, je recherche un camping. Je me rends vers le seul qui soit indiqué par les panneaux.
Je plante ma tente à côté de celle d'un autre cyclotouriste. N'ayant pas fait de courses, Xavier m'invite à partager son repas. Il est très bien outillé pour le camping. Au menu: magret de canard au riz, cacahuètes, saucisson sec avec un petit rosé. Il trimballe ses 20 kilos de matériel dans une remorque. Le vélo est un VTT haute technologie. Xavier fait des compétitions de VTT. On se raconte nos histoires. Il est chauffeur routier au chômage. Sa voiture étant tombée en panne, il a fait le choix de partir à vélo. Depuis 20 jours, il a suivi le canal du midi et visité la Camargue.
La nuit est courte entre le bruit des travaux du soir et l'enlèvement des poubelles très matinal du supermarché qui jouxte le camping.
Jeudi 13 août 2009 - de Bagnères-De-Luchon à St Lary (83 Kms)
Les festivités commencent aujourd'hui à la sortie de Luchon par le col du Portillon. Le dénivelé est rapidement important. Quelques paliers permettent de récupérer. Je fais une partie de l'ascension avec un gars en VTT qui a fait le Raid Pyrénéen il y a quelques années. Le col marque le passage en Espagne. Une longue descente vertigineuse s'amorce vers Bossost. Il faut ensuite subir cette terrible route nationale qui assure un trafic automobile infernal entre la France et l'Espagne. L'épreuve s'achève à St Béat. Remplissage des bidons avant d'attaquer la route du col de Menté, malgré les 12h sonnantes. J'essaie de dépasser ce cap psychologique de midi qui traditionnellement marque l'heure du repas et du repos. En ces chaudes journées, le cycliste à intérêt à composer avec le Dieu Soleil. Je ne garde pas un bon souvenir du col de Menté. Chaleur, pas la bonne heure, sensation d'être coincé sur ce boyau de bitume entre les pentes de ce paysage uniforme. Et comble de lassitude de cycliste, aucune indication de distance par rapport au col. La montée est interminable, ponctuées de nombreux arrêts, d'une zone d'ombre à une autre. Enfin, la physionomie de la route change. Quelques lacets annonciateurs de l'imminence du col sont les bienvenus.
Le cycliste sent le col comme le cheval sent l'écurie. Une métamorphose s'opère, promesse de répit. Les chevaux vapeurs garés sur le parking du col confirment bientôt le pressentiment..
Le pique-nique est le bienvenu à cet instant. Une soupe réhydratée fait le plus grand bien après les efforts consentis. Je déguste ensuite ma boîte de thon avec du vrai pain acheté ce matin.
Il me reste encore à passer le Portet d'Aspet avant ce soir. Vu la chaleur, je m'octroie généreusement une prolongation de sieste.
Ce Portet est en fait bien conciliant avec les cyclistes. Il a le bon goût d'offrir de l'ombrage au voyageur de l'après-midi. Seulement 4,5 Km de montée, dans l'ensemble raisonnables, malgré quelques caprices au-delà de 10 %. Une stèle en la mémoire d'un cycliste italien qui s'est tué lors d'un Tour de France en 1995 est là pour appeler à la prudence et rappeler la dangerosité du relief..
Lors de la préparation de mes étapes, j'avais inscrit un 4ème col au programme de cette journée.. Quelle folie ! Non, non, je n'irai pas plus loin. Je décide de passer la nuit au premier hôtel que je trouve. Je dormirai et souperai ce soir à l'auberge de l'Izard à St Lary. L'accueil est sympathique, de même que ma chambre sous les combles. J'ai dû trop manger, c'était tellement copieux que ma nuit en est perturbée par des douleurs d'estomac.
Vendredi 14 août 2009 - de St-Lary à Aulus-Les-Bains (64 Kms)
Cette matinée vers le Col de la Core est un enchantement. On commence par une descente agréable pour se mettre en jambes. La route est jalonnée de villages aux églises remarquables, en particulier l'église romane de Audressein, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. Très belle église à trois nefs, Notre Dame de Tramesaygues (XIIIème siècle) possède un porche orné de fresques du XVème siècle.
Le lac de Bethmale un joyau de reflets de verdure d'une pureté époustouflante. La contemplation est ici de mise. C'est un moment où on oublie tout.
Ce col est une bénédiction pour le Cyclo Touriste. La fin de la montée est aussi agréable que le début. La vue est dégagée. Elle offre des perspectives sur les alpages et les sommets environnants.
Cette journée sera en quelque sorte ma journée de repos. Je visite, je prends mon temps. Il est 15h30 et je n'ai pas encore pris connaissance de la suite du parcours.
Ici à Seix, en Ariège, j'ai l'impression d'avoir changé de région. Le village a des airs de Méditerranée. Terrasses de cafés bondées, petites rues étroites, couleurs chatoyantes.
La ville étape de ce soir sera Aulus-Les-Bains. Depuis Seix, on longe un agréable cours d'eau qui offre quelques coins de baignade. La tentation est forte par cette chaleur, mais je viens juste de partir après mon arrêt de la mi-journée. Je m'aperçois que pour rejoindre Aulus-Les-Bains, il faut passer le Col de Latrape. C'est un gentil petit col. Ainsi, je ne tomberai pas encore aujourd'hui dans la trappe de l'ogre pyrénéen aux 28 crocs.
A l'Office du Tourisme d'Aulus on m'indique un gîte d'étape tout à côté. " vous faites la traversée des pyrénées. En général ils gardent quelques places pour les voyageurs comme vous " me dit la personne qui me renseigne. Il semble donc que j'ai vraiment l'air d'un voyageur pyrénéen au long cours !
A l'auberge La Goulue, tout est parfait : l'accueil, le repas, les dortoirs de 4 personnes où je suis seul. Trente euros la nuit, le souper et le petit-déjeuner, que demander de plus ?
Je mange en compagnie d'un gars qui fait la traversée à pieds. Il est parti depuis près d'un mois. Il m'assure qu'à pieds on voit incomparablement plus de choses. Loin de moi l'idée de vouloir polémiquer sur le sujet. Chacun doit trouver sa motivation au voyage. Il y a tellement de pays, paysages, régions, merveilles diverses que l'on ne verra jamais dans une vie. L'important à mon sens n'est pas la quantité de sujets mais la qualité de chaque instant vécu.
Ce vendredi est était une belle journée de découvertes, de plaisir, quand le relief permet au corps de se libérer des contraintes respiratoires et cardiaques pour donner à l'esprit plus de liberté de vagabondage.
Allez, il est 22h30, je me couche pour un réveil prévu à 6h30.
Samedi 15 août 2009 - de Aulus-Les-Bains à Sorgeat (100 Kms)
Monsieur l'Ingénieur en Chef des chemins et tunnels de montagne ayant omis de réaliser les lacets qui conviendraient au cyclo touriste de passage, je dessine à la gomme de mes pneus Michelin Mégamium mes propres lacets pour appréhender les premières pentes vers le Col d'Agnès que je courtise en ce samedi 15 Août. Ce matin j'exulte sur cette route. Je monterais aux falaises, aux arbres. Je me sens léger. Je me sens caprin. Mon corps répond de mieux en mieux chaque jour. Sûrement a t'il compris qu'il valait mieux s'adapter au mental pour ne pas souffrir. Je réfléchi à cette chance inouïe que j'ai d'être là dans cette forme un peu indécente, insolente. Je pense aux personnes affaiblies par la maladie ou handicapées qui n'ont physiquement pas la possibilité de vivre une telle expérience intense. Certes un tel périple à vélo n'est pas gagné d'avance. Le cyclotourisme en montagne est d'autant plus accessible que le corps est adapté à ce genre d'exercice, plutôt léger, longiligne. D'autres activités physiques ou spirituelles permettent bien évidemment d'atteindre un tel bien-être.
Cette montée, disais-je donc, du Col d'Agnès qui culmine à 1570 m me comble de joie. La vue porte loin tout au long de l'ascension que je maîtrise bien en cette matinée. La suite du parcours s'avère également enchanteresse. Dans la descente je découvre les magnifiques Etangs de Lers, baignés de cette si belle lumière des premières heures du jour. Quelques pêcheurs, les sommets environnants qui se mirent dans les eaux limpides donnent à ce lieu une ambiance de quiétude infinie. Quelques troupeaux qui paissent vers le Port de Lers complètent ce tableau reposant. J'aime ces zones pastorales qui succèdent aux zones forestières. J'aime quand la Terre devient Lune, dans ce silence ponctué du tintement des cloches de vaches..
Du Port de Lers on descend agréablement par un chemin ombragé étroit. J'adore les chemins étroits. Ils semblent conçus pour la ballade à vélo. Vient ensuite une plongée d'enfer vers Vic-Dessos. Entre Vic et Tarascon-sur-Ariège, 15 kilomètres sur le 54x14, descente de la désolation sur cette route nationale. Après avoir frôlé les nuages des cimes au Port de Lers au delà de 1500 m, me voilà dans la fournaise terrestre de Tarascon à 470m. Consolation, il est 13h30 et je m'arrête à une table de restaurant pour refaire le plein d'énergie. Puis, je vous demande un peu de silence, je m'allonge pour une sieste régénératrice sur les berges de l'Ariège.
Je repars d'un bon coup de pédale vers Bompas. La montée est certes rude vers Arnave et Cazenave, mais là commence la merveilleuse route des Corniches. Quel cadeau au cyclotouriste ! Route étroite et vues panoramiques. Je suis joyeux en passant par ce village de Appy. Je fais immédiatement demi-tour après avoir dépassé le panneau d'agglomération pour le prendre en photo. Et là je rencontre un homme qui me dit également sa passion du cyclotourisme. Il a effectué il y a quelques mois un voyage de 3500 kilomètres entre Tanger et Dakar. Nous sommes visiblement sur la même longueur d'onde. Nos roues tourneraient à l'unisson. Quelques instants de dialogue et un verre de jus de pommes, peu d'ingrédients peuvent suffire à constituer un moment fort du voyage
Peu après Caussou, vu l'heure assez tardive, j'hésite entre descendre sur Ax-Les-Thermes ou continuer la route de la corniche vers le col de Marmare. Bien m'en pris de choisir cette 2ème option. Le chemin est superbe alors que le soleil projette ses derniers rayons. Le ciel s'embrase au dessus d'Ax. Récompense ultime, le disque rouge tombe sous l'horizon au moment où j'arrive au Col de Chioula. J'admire ce spectacle grandiose et prends le temps de le mémoriser dans la carte de mon appareil photo qui a la réputation d'avoir meilleure mémoire que moi. Le soleil prenant son temps pour se coucher, emportant la lumière avec lui, il me faut maintenant trouver rapidement un toit pour ce soir. Je dévale en direction d'Ascou et trouve à Sorgeat le camping municipal. Il est 21h30 et il fait nuit. La gardienne ferme la porte du bureau d'accueil. Elle ne me voit pas ou fait mine de ne pas me voir. Je lui demande un emplacement. " Ce n'est pas une heure pour arriver dans un camping. Je ne vais jamais pouvoir fermer ". Après ce sympathique accueil, elle se décide quand même à encaisser mes 7 Euros. Je ne lui explique pas que s'est la faute du soleil qui a tout fait pour me retarder. Je crains qu'elle ne soit sensible à ce genre d'arguments. Je ne lui parle pas non plus de cette rencontre avec un voyageur en vélo couché. Ce genre de vélo à 3 petites roues qui permet de pédaler assis de son long, jambes à l'horizontale. Il est sur le retour d'un périple qui l'a mené à longer les Pyrénées de Montpelier à Hendaye. Il est ensuite descendu jusqu'au Portugal. Les utilisateurs de ce type de machine en font des louanges : confortable, stable, peu de prise au vent, les automobilistes s'écartent davantage.
Ma petite tente est rapidement montée, une douche, quelques grignotages, et la nuit fut bonne.
Dimanche 16 août 2009 - de Sorgeat au Col de Jau (64 Kms)
Au menu de ce nouveau jour, le second col à plus de 2000 mètres : le Col de Pailhères. Etant déjà à 900 mètres au niveau d'Ascou, j'imaginais que cette ascension serait raisonnable, malgré tout le respect que je dois à ce géant. Un cours d'eau en cascades accompagne les premiers kilomètres. Quelques libellules légères me doublent dans la montée. La suite de l'ascension ne fut pas de tout repos. Il me parut opportun de troquer les aiguilles de ma tocante contre le rythme des manivelles de mon pédalier. Je devais prendre le contrôle du temps pour espérer arriver là-haut. J'ai dû également faire appel au chant des oiseaux et au gazouillement des torrents pour y arriver. Que ne vois-je ce panneau : chute de pierres sur 4 kms. Quoi ! encore 4 Kms de montée ? Là mon pédalier ne fit qu'un tour. Cet instant est crucial dans le cours de mon voyage. Je dois vous l'avouer. Oui, je me suis dopé. D'un seul coup, j'ai avalé 4 barres de pâte d'amande que j'ai arrosé généreusement de quelques goulées d'eau bénite la veille à la messe du 15 Août par le curé de Aulus-Les-Bains. On n'est jamais trop prévoyant. Le miracle ne fut pas vraiment au rendez-vous, mais je repartais d'un meilleur rythme. La montée vers la station de ski d'Ascou-Pailhères est à ranger dans la case des mauvais souvenirs. On ne sait plus où est la route, où sont les parkings vides en cette saison. Il m'a encore fallu tracer mes lacets dans cette ligne droite à n'en plus finir. Des kilomètres à 10%, çà use, çà use le cycliste ! Une longue courbe à fort dénivelé est proposée aux derniers prétendants au sommet sur les derniers kilomètres. L'épreuve peut être éliminatoire si l'esprit se relâche. Pour une fois je vois plus de chevaux à quatre pattes que de chevaux vapeur à l'arrivée au col. Une quantité impressionnante de ces plus fidèles amis de l'homme paissent là en toute quiétude, inconscients du funeste destin que leur réserve leur pire ennemi. Leurs ancêtres ont dû vivre en ces lieux depuis des générations pour ne plus s'effaroucher de tous ces touristes qui les caressent alors qu'ils dorment allongés au sol. Quand les caresses l'emporteront-elles sur les bouchers dans l'histoire de l'humanité ?
Après le col, la route passe par le pays du Donezan. La richesse de son patrimoine est à l'image de la diversité et de la complexité de son passé. Tour à tour terre des seigneurs et rois catalans, puis comtes de Foix et autres rois de France. Peu après Rouze, apparaît la silhouette impressionnante du château d'Usson. Il est la plus ancienne des deux forteresses du Donezan. Sa première mention est de 1035, mais il est probable que sa création remonte à la fin du 10ème siècle.
Je fais mon arrêt de la mi-journée à Escouloubre-Les-Bains, ancienne station thermale aux eaux sulfureuses et sodiques appréciées au début du siècle dernier. Quelques grandes bâtisses, hôtels fermés témoignent des activités passées.
A l'heure du départ il fait très chaud et j'appréhende un peu les festivités de l'après-midi : Col des Moulis et Col de Garabel. Bien heureusement, rapidement, quelques nuages blancs ont le bon goût de m'accompagner dans la montée. Qu'ils en soient encore remerciés. De plus en plus de moutons noirs rejoignent le troupeau céleste. L'orage n'est pas loin. Ces deux cols, dans ces conditions sont à ranger dans la catégorie des cols sympathiques d'après sieste. J'enroule tranquillement le 32x28. Ayant un peu oublié les 2000 mètres du Col de Pailhères, je décide au vu de ma bonne figuration de l'après-midi, d'attaquer le Col de Jau. La première attaque fut un peu rude. Vidé, je suis vidé. Où est passer l'énergie vitale ? Une pause baguette avec pâte de noisette à tartiner s'impose. Quelques centimètres de saucisson sec et quelques gâteaux de réserve passeront avantageusement des sacoches à l'estomac. Je ne garantis pas l'ordre d'ingestion de la potion, je vous en garantis le résultat. La montée vers le Col de Jau est maintenant agréable. Tellement agréable qu'une envie me prend d'arrêter ici ma journée. Devant moi un chalet inoccupé : non, je ne vais pas le squatter. L'orage menace et je prévois le cas échéant de me réfugier sous les larges pentes généreuses de la toiture en cas de violentes pluies cette nuit. La tente est rapidement montée sous les larges branches d'un épicéa. J'attendais le spectacle céleste avec feu d'artifice et jets d'eau, mais non, juste quelques gouttes en soirée. Je suis un peu déçu. J'ai en contrepartie passé une bonne nuit auprès de mon arbre.
Lundi 17 août 2009 - du Col de Jau à Collioure (111 Kms / 833 Kms)
Aujourd'hui je continue mon ascension tranquille. Le soleil m'a devancé. J'espérais assister à son lever au col. L'instant est cependant magique. Cette lumière des premières heures du jour magnifie les paysages dans cette descente. J'emmagasine les photos souvenir. C'est ma dernière journée de voyage et j'ai tendance à saisir toutes les opportunités pour ne pas aller trop vite. La route est pourtant encore longue. Je traverse de beaux villages comme Mosset, Moltigt, Marquixanes avec le regret de ne pas disposer de temps pour une visite plus approfondie. J'en oublie un peu que je suis encore dans les Pyrénées et pense plutôt aux villages de haute Provence.
La récolte des pêches bat son plein du côté de Finestret. Alors que je photographie les vergers, une dame me propose de goûter à sa récolte. Elle m'offre deus belles poignées de ses fruits délicieux. Je m'en régale de quelques exemplaires et range précieusement les autres dans une sacoche. J'en oublierais presque que la montagne m'appelle encore pour un dernier flirt au-dessus de 1000 mètres. Et je vous assure qu'on y arrive pas uniquement par la pensée. Mais la route est superbe et le moral gonflé à bloc. La montée est longue. J'aime ces routes austères taillées dans la roche, quand la pente devient sévère, et le bouillonnement du torrent au fond du précipice vers le col de Palomère. D13, route magnifique en corniche, à réserver aux cyclotouristes. Et quelle joie de découvrir dans cette chaude montée un point d'eau aménagé pour se rafraîchir. Je bois depuis mon départ de cette eau fraîche des fontaines. Je me suis enivré de bonheur de cette eau de vie, quel réconfort, quelle invitation à poursuivre.
D13, à l'ombre on est quand même plus à l'aise quand le soleil de ses rayons brûlants vous blesse, D13, anti-stress, anti-détresse. D13, oui, oui, encore oui, détresse jamais.
Magnifiques récompenses, villages de Baillestavy et Valmanya, beautés à couper le souffle, à mettre pieds et genoux à terre. Belle, mais longue cette montée quand dans la tête trotte l'idée de la pause repas. Oh ! regardez le 4x4 ! s'échappe de la bouche d'un adolescent allongé dans l'herbe avec quelques comparses, quand je passe à leur niveau, puis quelques dizaines de mètres plus loin, le bruit d'un bouchon de boisson gazeuse qui saute... Oui belle montée, mais c'est long ...
Quand on passe ce col, on aperçoit au loin la plaine du Roussillon et sans doute par temps clair la mer. Le chemin étant encore long, la pause d'aujourd'hui sera plutôt courte. Je me reposerai demain. Et la route descend vers les cols Xatard et Fourtou. Deux cols gratuits à mon palmarès, presque sans pédaler. Je pensais faire une photo au dernier col de ce voyage, le Col de Llauro. Mais, point de panneau annonçant ce col culminant à 733 mètres.
Ma carte routière datant de quelques années, je trouve difficilement la route de Montesquieu des Albères. Je me retrouve sur la route à grande circulation interdite aux vélos en direction d'Argelès.
Une dame âgée mais néanmoins alerte à vélo que je croise me remet dans le droit chemin : il faut prendre l'ancienne route d'Argelès. La montée vers Montesquieu demande à puiser dans les dernières réserves de cette longue journée.
A Sorède, beaucoup de monde attablés aux cafés et restaurants.
Nouvelles difficultés d'orientation à Argelès où je me retrouve sur la voie rapide vers Collioure.
C'est limité à 110 Km/h. Déjà que je ne suis pas bien tôt, ça va encore me retarder ! Je sors à la première occasion pour prendre la route de la corniche pour Collioure.
Enfin la mer ! Le panneau de la charmante agglomération est franchi à 20 heures.
Un coup de fil à ma femme pour connaître l'adresse de notre location : Maeva, route de Port-Vendres ... silence ... " vous avez épuisé votre crédit, veuillez procéder à un rechargement " Il était vraiment temps d'arriver...
A l'heure du bilan, après ces quelques 800 kilomètres parcourus, je dirai ceci :
Non, je n'ai pas subit l'attaque de l'ours, juste subit les blasphèmes de ses détracteurs peints sur de nombreuses routes.
Non, je n'ai pas été victime d'attaque de vautours en manque de charognes porcines espagnoles.
J'ai juste rencontré quelques chevaux mangeurs de sacoches et subit sous la tente l'assaut de limaces géantes dans l'humidité basque.
Je vous assure, pas un début de tendinite, aucune douleur musculaire, même pas mal au dos ni aux fesses.
On déplore juste quelques rougeurs solaires au sommet du crâne au travers des ouvertures du casque.
Au niveau mécanique, je suis fier de mon bon vieux vélo.
Pas le moindre incident à signaler, pas une seule crevaison.
Non désolé, je n'ai rien d'intéressant à raconter.
Non décidément, rien que du bonheur !
Voyage au pays des moulins
Des canaux, des vélos, pas de doute, vous êtes bien en Hollande !
L'omniprésence des bicyclettes aux Pays-Bas est tout à fait conforme au cliché populaire.
Quelle en est donc l'origine ?
Le pays est plat, certes, mais le vent vaut parfois largement une bonne côte, et les distances parcourues par les habitants sont parfois importantes, ce n'est pas un petit pays.
La prépondérance de la bicyclette sur l'automobile est certainement liée avant tout à la qualité du réseau cyclable batave.
Les aménagements cyclables peuvent être considérés comme ce qui se fait de mieux en la matière.
On trouve de manière systématique :

- des pistes en site propre le long des grands axes,

- une remarquable qualité des revêtements et de leur entretien,

- des aménagements spécifiques aux cyclistes à chaque rond-point,

- des feux tricolores, des passages à niveaux pour les cyclistes également,

- des bandes cyclables dans les zones 60 (urbanisées),

- des rues réservées aux cyclistes et des contresens cyclables en agglomération,

- des parkings vélos partout et une grande tolérance pour faciliter le stationnement au plus près de sa destination,

- un véritable réseau très dense et des panneaux indicateurs spécifiques pour les cyclistes.
On voit couramment deux enfants et un adulte sur un vélo.
Les plus jeunes ont leur siège fixé sur l'axe du guidon.
A l'arrière, on voit parfois deux sièges enfants l'un derrière l'autre.
On voit souvent également deux adultes sur un vélo.
Il faut dire que les bicyclettes hollandaises sont particulièrement robustes et les Hollandais(es) particulièrement agiles sur leur monture.
Parfois les jeunes enfants sont véhiculés en triporteur équipé de banquettes.
Jamais de casque sur un vélo hollandais ! Il serait plus utile sans doute de porter une bouée (pour reprendre une boutade de Pierre Toulouse) car il y a beaucoup de canaux. Les seuls cyclistes casqués sont les sportifs avec leur maillot fluo couvert de pub filant tête baissée sur leur frêle vélo de course, rien à voir donc avec la tradition batave.
On note parfois aussi la présence des cyclomoteurs et scooters (" bromfietsen ") sur les mêmes voies que les cyclistes (" fietsen ") qui ne se soucient pas davantage du port du casque pourtant obligatoire pour eux.
En agglomération, on est frappé de voir que les bicyclettes même les plus vétustes, sont cadenassées à l'arrêt à l'aide de grosses chaînes telles qu'on verrait plus sur des Harley-Davidson. Surprenante habitude qui témoigne soit d'une paranoïa sécuritaire soit d'une recrudescence des vols de bicyclettes, un phénomène bien connu en France hélas.
A noter que les trains de la banlieue d'Amsterdam ne conviennent pas particulièrement au transport des vélos. Le supplément exigé par vélo est de 6,50 euros (quelque soit le trajet) et les vélos sont interdits aux heures de pointes. En revanche, la location d'un vélo hollandais ne vous coûtera que 5 euros la journée à Amsterdam et vous pouvez trouver des loueurs un peu partout.
En conclusion, ce n'est pas encore le paradis pour les cyclistes, mais ça s'en rapproche drôlement !
Encore un détail, on parle évidemment le néerlandais mais l'anglais est compris partout (tourisme oblige). Une bicyclette se dit "fiets", prononcer [fits], ça sonne mieux que "bike" !
Merci de votre visite !
Pierre Pupin
- Et les moulins alors ?
La tête dans le guidon, je les avais oubliés, désolé ! Les voici donc :
Si vous en voulez encore, faites un détour sur le blog de notre ami cycliste Thierry Castagné qui nous fait profiter de ses découvertes lors de son voyage en Hollande en mai 2007 :
http://thierry-castagne.over-blog.fr/article-10577144.html
Merci à Hélène de nous conseiller la lecture d'un ouvrage clé intitulé "Fiets : La place du vélo dans la culture néerlandaise". Il y a beaucoup de photos (N&B). L'ensemble est une remarquable étude sociologique d'un peuple qui mérite notre admiration.
Vous devriez accéder à un article de l'université de Sherbrooke au sujet de cet ouvrage et de son auteur (Arnaud Rousseaux) en cliquant sur l'image de ce livre.

























































