Entre Alpes et Provence

 J’ai le plaisir de vous présenter ici le récit de mon voyage à vélo entre Alpes et Provence.

En traversant 6 départements, 700 kms en 8 jours.

- Alain Postic -

 

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De Embrun à Uvernet-Fours (65 kms)

 009__Durance

Je n’ai pas mal au dos, pas mal aux dents. Au niveau des articulations tout va bien. Je ne me suis pas foulé une cheville en ratant un trottoir. Je ne me suis pas cassé la figure en glissant dans la douche. Un si petit rien aurait pu empêcher la réalisation de ce projet préparé depuis des mois. Petits miracles de la vie, je suis disponible pour ce nouveau voyage à vélo.

 

Embrun, métropole ecclésiastique jusqu’à la Révolution française. Siège d’un archevêché à partir du IX° siècle, elle était une ville religieuse influente comme le témoigne son imposante cathédrale Notre Dame du Réal.

La vieille citée d’Embrun sur son promontoire rocheux domine la Durance.

La rivière impétueuse et destructrice pendant des siècles est maintenant domptée par le barrage de Serre-Ponçon qui ferme la vallée.

Tourisme et production hydroélectrique, château d’eau de la Provence, le barrage a changé les paysages et l’économie de la région.

 

Entre Embrun et Savines-Le-Lac la circulation sur la route nationale est intense en ce dimanche matin. Une autre option aurait consisté à prendre directement les petites routes de montagne de l’autre côté du lac. Je n’ai pas osé attaquer directement les fortes pentes. Le départ est toujours un peu crispant. Peur de rater le premier virage, craintes sur la fiabilité du matériel. Encore l’appréhension de ce petit rien qui pourrait anéantir en quelque secondes cette aventure qui démarre.

Après Savines la carte Michelin indique une route jaune bordée de vert. Voilà normalement un bel itinéraire pour cyclotouriste .Il offre en effet d’impressionnantes vues sur le lac de Serre-Ponçon. On pourrait parfois se croire du côté des calanques méditerranéennes.

C’est dimanche, je mange au restaurant ce midi à Le Lauzet-Ubaye. Evidemment après un buffet de desserts à volonté, un temps de repos s’impose. Un peu d’ombre à l’entrée du camping, voilà qui fera l’affaire pour cet arrêt digestion.

La circulation est à nouveau intense sur la route vers Barcelonnette. Mais çà roule bien sur une chaussée refaite à neuf récemment, avec un léger vent favorable. Cà roule tellement bien que je rate la petite route qui m’aurait permis de trouver plus de tranquillité en direction du col d’Allos. Je me retrouve donc à Barcelonnette au milieu de la foule de la principale rue piétonne. Quelques photos, le temps de repérer quelques indices sur cette ville marquée par le Mexique, restaurants, plaquettes d’information et de commémoration. Vite, fuyons la foule, le mercantilisme, en route vers les sommets.

J’ai réservé pour ce soir dans un gîte à Uvernet-Fours, au pied de la montée vers le col d’Allos. Arrivé à l’auberge du Rozet, quelques gouttes tombent. Trop peu, insignifiant semble t-il au regard de la sècheresse que décrivent les propriétaires des lieux. Ici M. et Mme Dauphin accueillent les visiteurs  comme des amis de longue date. Chaleur, convivialité, confort dans cette bâtisse imprégnée d’Afrique.

 

De Uvernet-Fours à Trigance (112 kms)

 038_Allos

A 8h30 j’attaque la montée vers le col d’Allos. Un pente à 7% pourrait sembler un peu rude au sortir du petit-déjeuner, mais çà passe bien. Cette route étroite est faite pour les cyclistes. Malheureusement les dépassements sont un peu périlleux, surtout quand il s’agit de camping-cars. Le murmure de l’eau au fond du ravin m’accompagne dans les premiers kms. J’arrive bientôt aux Agnelets, un des points d’accès au domaine skiable de Pra-Loup en hiver. Cette montée me met en joie. Tous les ingrédients du plaisir de rouler à vélo sont ici réunis. La pente est raisonnable, la température de l’air est idéale en cette matinée. On passe du soleil à l’ombre. Les paysages sont intéressants, du minéral à la verdure. Tout incite ici à apprécier l’instant présent. Le crissement des insectes, le chant des oiseaux, le cri des marmottes vers le sommet, tout m’invite à ne pas aller trop vite pour savourer ces moments magiques, ces instants qui motivent d’une année sur l’autre l’envie de la randonnée en montagne.

Déjà arrivé au sommet. Il y a des ascensions que l’on voudrait poursuivre pour aller encore plus haut, plus loin.

A 2200m, au col d’Allos, on ressent la magie des grands cols. Silence ponctué du tintement des cloches de vaches, vue panoramique.

Passé le col j’entame la descente de l’après-midi, la descente des sommets jusqu’au lac de Castillon, sur près de 60 kms.

Il doit être désespérant de remonter sur cette distance le cours du Verdon et le Val d’Allos. Pour cette fois, dans le bon sens, je profite bien pour me laisser aller dans la chaleur du début d’après-midi. C’est un peu monotone, la région du Val d’Allos semble assez austère.

Le Verdon m’accompagne ensuite de ponts en ponts. Après St André des Alpes, surgit le bleu émeraude intense du lac de Castillon. La vue est splendide, la baignade sûrement agréable par cette grosse chaleur. Je n’y goûterai pas cette fois car il me reste pas mal de route à faire.

De Castellanne, plusieurs variantes pour rejoindre le village de Trigance où j’ai réservé un hôtel pour ce soir. La route rouge principale qui longe le Verdon avec sûrement un fort trafic auto ou alors la petite route blanche qui s’en va tout droit dans la forêt et la montagne. Celle là me tente d’avantage.

Je refais un plein d’énergie avant d’attaquer cette portion finale. Un mélange de pain d’épices, de fromage et de deux pêches pas très mûres achetées ce matin à la  Foux d’Allos. Quelque chose n’est pas bien passé dans les intestins de ce mélange original.

Le plaisir de cette montée par ailleurs agréable est un peu gâché par une douleur tenace au bas-ventre. J’arrive vers 19h au restaurant-hôtel  Lou Cafourcho, adresse indiquée par le gîte d’étape voisin, complet pour ce soir. Bonne adresse en l’occurrence.

 

De Trigance à Forcalquier (114 kms)

 072_Gorges du Verdon

Une route à 2 chevrons pour se mettre en jambes ce matin, çà commence très fort. C’est l’effort à fournir pour basculer du côté des Gorges du Verdon.

Comme son nom l’indique, la corniche est vraiment sublime. C’est bien sûr à vélo qu’on apprécie tout le grandiose des lieux. La nature fait ici dans les extrêmes. Autant les gorges sont profondes, les parois vertigineuses, autant la route monte fort et redescend à maintes reprises, sans doute pour faire sentir aux lilliputiens bipèdes de passage leur insignifiance devant le temps et le travail hallucinant de l’eau qui a entaillé ces montagnes.

Je fais la pause de la mi-journée à la source de Vaumale au début de la descente vers Aiguines. Quelle récompense de fraîcheur en cette journée torride ! Le murmure de l’eau qui coule dans le bassin est tellement apaisant et la halte se prolongerait bien s’il n’y avait encore du chemin à faire. Un peu après on aperçoit la dernière portion bleue turquoise du Verdon qui se jette dans le lac de Sainte-Croix. On distingue les multiples embarcations qui font la joie des touristes de passages.

Après Aiguines on arrive à ce dernier pont sur le Verdon d’où la vue est magique, contraste entre ces berges blanches escarpées et le bleu émeraude intense de l’eau.

Il faut ensuite remonter vers Moustiers-Ste-Marie. Me croirez-vous si je vous dis qu’il fait une chaleur à ne pas mettre un cycliste sur une route ? Le soleil est au zénith et il est préférable d’aller voir Ste marie pour trouver un peu de fraîcheur et de réconfort.

Je ne suis visiblement pas le seul à avoir eu cette géniale idée. Beaucoup de badauds dans les rues piétonnes. Je m’abreuve encore une fois à une fontaine, je m’enivre d’eau et de fraîcheur.

J’en oublierais presque que je dois être à Forcalquier ce soir.

Après quelques kms sur la route nationale, je bifurque vers des chemins plus sympathiques. Puimoisson, Brunet par un raccourci en chemin de campagne mieux adapté aux VTT qu’à mon poids lourd.

La route droite du Val d’Asse me semble interminable, avant d’enfin atteindre Oraison puis La Brillanne. Encore 11 kms jusqu’à Forcalquier. Heureusement la route est moins pentue que je ne le craignais car ce soir je sature après cette longue journée..

Le gîte d’étape, lui est situé en hauteur à 2 kms de la ville. J’ai atteint l’objectif du jour, mais comme il y a des routes qu’on voudrait jamais ne voir s’arrêter, il y en a d’autres qui semblent sans fin. Histoire de moral.

Je suis l’unique occupant du gîte. Un dortoir, une cuisine, une salle de bains. Je suis tellement exténué, et comme de plus je mange régulièrement tout au long du trajet, je me fais juste une soupe et je me couche. Il fera jour demain.

 

De Forcalquier à Villes-sur-Auzon (97 kms)

 088_Colorado Rustrel

Je suis levé avant le soleil ce matin. Le ciel s’illumine du côté d’Oraison. Le Prieuré de Salagon et le château de Sauvan que j’approche ce matin garderont leur mystère pour moi.

Les maraîchers arrosent leurs cultures. Beau spectacle lumineux avec le soleil rasant.

Je bifurque vers St Michel l’Observatoire. C’est jour de vide grenier. Je traverse la place à pieds pour éviter la déviation mise en place. Après le village j’aperçois les dômes de l’observatoire de Haute Provence.

Aubenas-Les-Alpes me rappelle que je suis bien dans les Alpes. Çà monte sérieux en direction de Vachères. Pour monter au village il y a deux choix : la route directe interdite aux poids lourds ou un peu plus loin la route « normale ». Une 3ème solution consiste à ne pas monter au village, à le contourner.

Laquelle des trois pensez-vous que je choisis ?

J’ai attaqué direct la montée par le chemin le plus court avec mon poids lourd de vélo. Et là j’ai compris l’interdiction. Impossible avec mes développements d’y monter sans mettre pied à terre pour pousser le chargement en avant. Et pousser un chargement de 30 kg sur cette pente s’avère aussi difficile que de pédaler. J’ai oublié de vous dire, peut-être l’aviez-vous deviné, qu’il faisait fort chaud. Le charmant village de Vachères (je ne suis pas rancunier) se prépare aux fêtes du 15 Août.

La fontaine salvatrice m’accueille pour le casse-croûte matinal.

Il y a ensuite une magnifique descente vers Oppedette d’où je peux apercevoir pour la 1ère fois le Mont Ventoux par lequel je passerai demain.

A Oppedette je rate mon changement de vitesse pour attaquer la côte à la sortie du village et doit mettre pied à terre devant un étal de fruits et légumes du pays. Je profite de l’occasion pour acheter un beau melon bien mûr. Un kg de plus dans les sacoches, c’est négligeable.

Je longe ensuite les Gorges d’Oppedette qu’il faudrait sans doute découvrir à pieds pour mieux apprécier..

Le village suivant s’appelle Viens. J’y vais encore une fois par la route directe, celle qui est interdite aux poids lourds. Incorrigible. Cette fois les 2 chevrons indiquant des pourcentages compris entre 10 et 15% sont bien indiqués sur la carte. Même topologie, même scénario qu’à Vachères avec un melon en plus.

J’allais posé pied à terre pour la n ième fois, quand une cycliste me double en me félicitant : même sans bagages c’est très dur dit-elle en me dépassant. Ces paroles compatissantes me permirent de trouver l’énergie suffisante pour tourner les pédales.

Le melon, je l’ai dégusté, savouré, bien sucré, évidemment à l’ombre de la fontaine. C’est la première fois que je mange avec gourmandise un gros melon entier.

A la fontaine il est précisé qu’il est interdit de prélever de l’eau dans le bassin. Elle est réservée aux chevaux de passage.

Un vieux monsieur du village avec son chapeau de paille, accompagné de son jeune chien aussi vigoureux que lui semble fragile, vient s’asseoir près de moi. Il me raconte qu’étant jeune il habitait Arles et allait tous les jours à vélo aux Saintes Maries pour travailler. 80 kms aller-retour, avec ou sans mistral, j’imagine la galère. Il est passé à la mobylette dès qu’il a eu les moyens de s’en acheter une. Je le comprends.

Je quitte mon touchant compagnon de rencontre pour faire quelques kms jusqu’au site du « Colorado de Rustrel ». C’est un ancien site d’extraction d’ocre. Bien que la température au soleil semble bien être digne du Colorado, il y a beaucoup de zones ombragées qui permettent d’apprécier ces sculptures minérales colorées.

Après la visite je repousse encore l’heure du départ par une pause boisson-sandwich à l’hombre des arbres près d’une vieille bâtisse transformée en bar-restaurant à l’entrée du site.

Je me décide enfin à repartir en direction de St-Saturnin-sur-Apt. J’ai à nouveau rendez-vous avec les excès du soleil. Arrivé en ville, je ne peux pas ne pas m’arrêter pour jouir du plaisir immense de savourer une boisson fraîche gazeuse, comme si je venais de traverser un désert. Plaisir éphémère enivrant (sans alcool).

La route en direction de Sault est une route pour cyclotouristes, sûrement encore plus agréable à une autre heure de la journée.

Pour rejoindre Méthamis, je prends les petits chemins dans la forêt de St Lambert. Il me semble faire plus de kms que prévu. Je suis un peu perplexe, voir perdu face aux indications en comparaison avec ma carte. J’ai l’impression de tourner en rond. Quand je repère le chemin de Fillol  et ensuite une montée avec 2 chevrons il me semble avoir la confirmation d’être sur le bon chemin. Pourtant le bel enrobage neuf sur lequel je roule depuis quelque temps s’arrête à une clairière où je ne trouve que des panneaux indiquant des chemins de randonnées. Aucune indication pour Méthamis. Immense moment de solitude. Comment me sortir de cette forêt ?

Mon salut vient d’une voiture qui monte de l’un des chemins. Je fais part au conducteur de mes soucis d’orientation. Il me confirme que je suis bien là où je me situais sur la carte et qu’il faut faire 500m sur le chemin empierré pour rejoindre la route. Immense soulagement. Pour l’histoire, le conducteur était lui-même cyclotouriste passionné, membre d’un club près de Manosque.

Soulagé d’avoir trouvé la sortie de la forêt, j’apprécie pleinement la longue descente le long des gorges de Méthamis.

Ce soir je fais étape chez une cousine à Villes-Sur-Auzon. Partager mon bout de chemin avec des gens proches, apprécier la convivialité d’un repas du soir sont des éléments motivants pour la suite du parcours.

 

De Villes-Sur-Auzon à Ste Jalle (86 kms)

 093_Ventoux

Les 7 coups au clocher sonnent l’heure de mon départ. L’objectif principal du jour s’appelle Mont Ventoux. A entendre les commentaires des uns et des autres, à voir la série de 2 chevrons sur la carte, dire que j’envisage la montée sereinement serait un peu exagéré.

Après Flassian et Ste Colombe, pas de doute, vu le nombre de cyclistes en vue, c’est bien ici que débute le défit.

Aujourd’hui plus que tous les jours mon objectif est d’abord d’apprécier le moment présent et ensuite d’arriver à destination en en bavant le moins possible. Donc l’impératif est d’aller le plus lentement possible pour pouvoir monter les 100 kg de l’équipage là-haut. Un développement plus court aurait été mieux adapté sur ces pentes raides et longues. Il faut faire avec. Dans cette configuration escarpée je suis le plus souvent debout sur les pédales pour y mettre tout mon poids. Les facteurs qui me limitent dans un tel effort sont la respiration, le rythme cardiaque et la force de tourner les pédales. Evidemment les 3 sont liés. Donc le choix du développement le plus court est impératif, tout à gauche sur le 30x28. Le contrôle de la respiration est le 2ème facteur sur lequel je peux jouer pour mieux profiter de l’ascension.

Ici chaque cycliste a d’abord rendez-vous avec lui-même. Difficile de tricher sur ces pentes. Chacun doit trouver son rythme, faire son chemin plaisant. Certains mettent pied à terre et montent en poussant le vélo, d’autres s’envolent à un rythme effréné.

Mon chargement suscite la surprise et des mots d’encouragement. J’en suis touché. L’expression « courage » souvent entendue est pourtant assez éloignée de mon état d’esprit dans ces moments. Le plaisir me sert de moteur, pas le courage, pas la performance.

Dans les portions les plus raides j’ai expérimenté les années précédentes le truc qui consiste à me dire que je ne dois pas aller trop vite car je dois attendre un piéton qui me suit. Incroyable, cette année la réalité rejoint l’imagination. Dans cette ascension du Mont Ventoux, derrière moi, 2 marcheurs sportifs sont à mes trousses. Mon compteur oscille entre 5 et 6 km/h , vitesse d’un bon marcheur. Je dois dire que je préfère imaginer le marcheur plutôt que de l’entendre derrière moi et d’être poussé à adopter son rythme pour ne pas être dépassé.

Au Chalet Reynard, à la sortie de la zone forestière, je retrouve après une pause mon cousin Jean-Jacques partit une heure après moi. Nous montons la 2ème portion désertique, chacun à son rythme, lui devant, moi derrière.

Au départ la pente est raisonnable et de plus il fait une température agréable. La vue du sommet est à la fois motivante et trompeuse. Il semble là, tout proche et pourtant à chaque lacet on ne semble pas avoir beaucoup progressé.

Le dernier km requiert la mobilisation de toute l’énergie restante et de la concentration. Les mots d’ordre sont d’aller le plus lentement possible et de bien respirer. Ceci me permet d’y arriver et de goûter à ce bonheur de l’objectif atteint, à la satisfaction de voir encore ce corps répondre à ces fortes sollicitations.

Après le temps de savourer un verre avec Jean-Jacques, je me laisse descendre doucement en prenant le temps de pauses photos pour ramener un peu de ces sensations à la maison.

Les sacoches contiennent de quoi compenser l’énergie dépensée dans l’ascension. Je m’arrête donc en cours de descente pour quelques heures.

Arrivé à Malaucène, fini la fraîcheur d’altitude. Je prends les petites routes sympathiques vers St-André-Entrechaux. A près plusieurs arrêts fontaines, me voilà à Buis-Les-Baronnies. A la fraîcheur de l’eau qui coule, au son d’un concert de jazz tout proche, je déguste mon melon, ma drogue. J’ai constaté un regain de vitalité rapide à chaque fois que j’ingurgite le sucre de ce fruit succulent.

La température clémente, la beauté des paysages, mes batteries rechargées en sucre m’incitent à entamer l’ascension vers le col d’Ey. C’est une montée agréable vers les 718 m du sommet.

A 20h je m’arrête au camping de Ste Jalle. Il fait nuit à 9h, je n’atteindrai pas ce soir Villeperdrix comme je l’avais envisagé.

Peu importe. Je demande à des voisins en camping-car s’ils peuvent recharger la batterie de mon appareil photo. Ils le font volontiers et m’invitent généreusement à partager leur repas. Cet accueil, cette ouverture à un inconnu de passage me touchent particulièrement. Je me régale : pâtes au saumon, compote d’abricots maison. Ils m’apprennent que ce camping fut ravagé lors des terribles inondations de Vaison-La-Romaine il y a quelques années.

Je m’endors paisiblement à l’hôtel de la voie lactée. Le ciel est parfaitement clair, mon esprit est serein.

 

De Ste Jalle au Col de Menée (98 kms)

 117_Chatillon en Diois

De Ste Jalle, deux possibilités pour rejoindre Rémuzat : une petite route blanche sinueuse avec sur le chemin le col de Soubeyrand à 994m ou la route nationale et les gorges de la rivière Eygues et ceci pratiquement tout en descente. Je choisis la solution la plus facile. Je deviens sage. C’est je crois le bon choix. Ce chemin est une belle promenade pour cyclotouristes.

Aussitôt après avoir dépassé le village de Sahune, on entre dans les pittoresques gorges de Saint-May d'une longueur d'environ 8 km, formant un étroit défilé où il n'y a place que pour la rivière et la route nationale souvent taillée dans le roc.

A Rémuzat, changement de direction, cap sur le nord en franchissant le pont. On peut voir ici prés de la falaise le vol de vautours fauves réintroduits en 1996. En vol cet oiseau à une envergure imposante : 2.60 à 2.80 m., ce qui en fait l'un des plus grands rapaces.

A La Motte-Chalancon, ravitaillement et pause sur le banc prévu comme d’habitude pour accueillir le voyageur de passage..

De l’énergie il en faut pour attaquer la montée vers le col de Prémol. Avant d’entamer les choses sérieuses, un petit cours d’eau providentiel au détour d’un virage me permet de me rafraîchir. Le maillot et la casquette trempés auront le temps de sécher en me distillant un peu de fraîcheur dans le dos.

Les premiers kms après La Charce ne sont pas des plus agréables. C’est une déclivité importante en ligne droite, sous les ardeurs de l’astre solaire. Ensuite la montée se fait tranquillement. Après le col il faut repédaler du côté du charmant village de Jonchères. La descente permet de me rafraîchir alors que le soleil est au zénith. En fin de descente, à l’approche de Luc en Diois on peut voir de nombreuses parcelles irriguées où poussent des noyers bien chargés en fruits.

Malgré la fournaise je continue vers Châtillon en Diois où je dois faire escale chez mon ami François. La route entre les deux villes est plutôt agréable mais à cette heure de la journée il vaut mieux éviter de s’arrêter  sous peine d’être grillé sur place en quelques instants.

Châtillon, oasis où les fontaines coulent à tous les coins de rue est un havre de paix après les températures d’enfer des heures précédentes.

Après quelques heures de repos et la visite du village en attendant des températures plus clémentes, je repars, heureux de cet intermède qu’est une rencontre dans le cours d’un voyage.

Le col de Menée, au menu de la soirée a quelque chose d’un grand : 16 kms d’ascension pour arriver à 1400 m. Heureusement qu’après 18h la montée se fait à l’ombre. C’est une ascension plaisante, juste une question de gestion du temps pour arriver au sommet. En l’occurrence, à 20h il me reste 5 kms à parcourir. Je prends la décision de m’arrêter là où une prairie se prête à l’installation de ma petite tente. Le temps de l’installation et du repas, la nuit arrive vite. Je m’endors rapidement sous les étoiles.

Quelques heures plus tard je suis réveillé par quelques bruits proches. Quand on est sensé être isolé dans une montagne à 5 kms d’un col dans un silence absolu, l’imagination travaille fort. Je distingue vaguement une faible lumière en contrebas. Ceci m’empêche de me rendormir, me tenant sur mes gardes. Après quelque temps, rien n’évoluant, je me dis que si quelqu’un a une mauvaise intention à mon égard, il serait déjà passé à l’acte. Aux premières lueurs de l’aube je distingue un camping car un peu plus bas. Il a juste gâché la quiétude de cette nuit sous les étoiles.

 

Du Col de Menée à St-Etienne-en-Dévoluy (79 kms)

 127_Mt Aiguille

Bien qu’étant à près de 1300m d’altitude il fait doux ce matin à 6h30. Après un petit-déjeuner frugal, je monte les 5 kms qui me restent à gravir avant le col. Arrivé au sommet je me dis que j’ai fait le bon choix en m’arrêtant hier en cours d’ascension. Le col est en fait l’entrée d’un tunnel qui me fait passer de la Drôme à l’Isère. Au début de la descente, il n’y a pas plus qu’au sommet la moindre surface pour planter une tente. Il aurait été bien dommage de faire ce parcours à la nuit tombante pour tenter de rejoindre Chichilianne où j’avais repéré un gîte d’étape.

Surprenant : il fait de plus en plus froid à mesure que je descends. Je croise un éleveur qui monte son troupeau de vaches et veaux vers le col.

Le Mont Aiguille, citadelle détachée du Vercors, est admirablement éclairé par le soleil levant.

Quelques courses à Clelles pour regarnir les sacoches : l’indispensable melon, du pain et du saucisson sec.

Après avoir trouvé l’indispensable banc, je reprends des forces avant de partir vers Mens. La route, agréable par ailleurs, s’élève à l’approche de la ville. C’est jour de marché. La circulation au centre ville se fait au ralenti. Indispensable remplissage des bidons à la magnifique fontaine.

Je rencontre un jeune cyclo qui vient de Poitiers, jeune et un peu inconscient des difficultés rencontrées à cause d’un vélo bas de gamme, pas bien adapté à la longue randonnée, vélo emprunté à sa petite sœur me dit-il. Le chargement ne semble pas bien stable. Plusieurs étapes de plus de 100 kms semblent à l’origine d’une tendinite à la rotule. Après l’avoir quitté, je regrette de ne pas avoir pris le temps de discuter davantage. Je pense que ça lui aurait remonté le moral de partager nos expériences. Ce genre de rencontre avec d’autres voyageurs à vélo est trop rare et j’aurais dû prendre le temps de compenser la solitude du voyageur au long cours.

Après Mens, pas d’autre solution que de passer par le col St Sébastien à 926m. Dans la montée je peux à nouveau admirer le majestueux Mont Aiguille. Après le col j’espérai profiter d’une descente progressive vers le lac du Sautet. Il y en eu certes, mais il a fallu de temps en temps appuyer fort sur les pédales. Mon objectif est d’arriver vers le lac et d’y trouver une zone de baignade et de repos pour quelques heures alors que le soleil est au plus haut et qu’il commence à me taper sur le moral. A l’approche du lac on plonge par quelques lacets. Mais grosse déception, point de berge de lac en vue. Pas d’autre solution que de se retaper l’équivalent des quelques lacets descendus juste avant. Le moral en prend un coup. Et après être remonté, c’est une ligne droite interminable, au milieu d’une plaine agricole, évidemment sans la moindre ombre salutaire.

Enfin, je repère une petite route qui plonge à nouveau vers le lac et la rivière Souloise., avec toujours cet objectif de recherche de fraîcheur. Vu la descente vertigineuse, je prie d’y trouver mon lieu de repos et de repas et de ne pas faire le même coup que quelques kms auparavant.

Miracle, au fond de ce vallon impressionnant coulent les flots tant espérés. L’accès est un peu difficile à vélo, mais quelle récompense.

Je me jette sur le melon que je transporte depuis ce matin pour à nouveau savourer la chair sucrée. Un petit feu discret (contrairement à l’interdiction signalée par les panneaux) pour réchauffer l’eau de mes spaghettis bolognaise et me voilà rassasié.

Le torrent est aussi attrayant que froid, mais quel plaisir de se rafraîchir le corps.

Vers 16h30 j’entame la remontée en direction du village de Monestier pour rejoindre la sympathique route parallèle à la route principale. On y bénéficie de zones ombragées, toujours les bienvenues à cette heure et on est accompagné de la musique de l’écoulement du torrent..

Après l’intersection avec la route principale, voici le défilé de la Souloise qui marque la limite entre Isère et Hautes Alpes et également la remontée en altitude vers St Disdier. Dans ce village, j’envisage une halte bistrot avant d’entamer l’ascension finale vers l’étape du soir. Mais point de bistrot ici, juste une fontaine qui délivre un mince filet d’eau. Les temps sont durs.

Puis vient cette ligne droite aussi difficile qu’interminable et de plus sans intérêt particulier pour monter vers St Etienne en Dévoluy. Vu le nombre de véhicules qui y montent, l’idée de ne pas trouver de logement en ce samedi soir m’inquiète un peu.

La vue sur le village éclairé par les derniers rayons et entouré des hauts sommets est magnifique  à l’arrivée.

Après deux nuits de camping, l’hôtel a ma préférence. Le premier est le bon. A cette auberge de la Souloise le repas est excellent, mais je n’ai jamais vu autant de mouches sur une table. Je dois en repêcher deux dans ma bière, j’ai faillit en avaler une avec de l’eau. Il y en a des nuées sur le pain et les couverts si on ne les protège pas. Certains clients se réfugient à l’intérieur, d’autres s’acharnent frénétiquement dans un combat perdu d’avance à écarter ces indésirables bestioles. 

 

De St-Etienne-en-Dévoluy à Embrun (82 kms)

 151_vers Col du Noyer

Le petit-déjeuner de lève-tôt commandé hier est prêt dans la salle de restaurant. L’objectif de cette matinée est de passer le Col Du Noyer à 1664m.

Je suis vite au dessus du village, vu le dénivelé de la route et là je pressens du grandiose. On monte en longeant des champs de céréales, des prairies, des fermes. Tout ce plateau agricole est cerné de monts majestueux mis en valeur par le soleil levant.. Il est difficile de trouver les mots précis pour transmettre la joie ressentie d’être là à cet instant. C’est l’enivrement de la haute montagne qui opère. Je suis surpris de rencontrer très peu de cyclistes. Ami cyclo, si tu passes dans la région, emprunte ce chemin exceptionnel. Mais attention les pentes sont raides. N’oublie donc pas ton appareil photo pour ramener un peu de ce décor à la maison. Ceci te donnera prétexte à de nombreux arrêts. Il serait bien regrettable d’aller trop vite, de juste passer pour se faire le col.

Après le Dévoluy, la descente sur le Champsaur offre un aspect bien différent. Ici la route s’accroche au flanc de la montagne. La vue porte loin sur la vallée, mais le paysage est moins varié. Je suis bien heureux d’avoir fait l’ascension du bon côté, à la bonne heure, par le meilleur des temps.

A Poligny, l’heure est venue pour une halte, pour manger à l’hombre des arbres, pour apprécier l’immobilité après le mouvement.

Après Villard de Laye, j’emprunte sur 1 Km la Route Napoléon au trafic bien chargé en ce dimanche. C’est en descente et je reprends vite une route secondaire.

Après St Laurent du Cros, la D14 semble bien sympa sur la carte, blanche, bordée de vert. Je crois que Mr Michelin a oublié d’indiquer 1 chevron sur ce passage. A moins que ce ne soit le soleil qui me joue des tours. J’arrive quand même bientôt au col de Manse à 1268m.

De là je me lance dans la descente vers La Bâtie Neuve avec l’espoir d’y trouver un restaurant. Oui, c’est dimanche, jour de restau et de plus il me semble que j’ai le temps d’en profiter car j’ai raccourci le trajet initial projeté. Je deviens sage, j’ai renoncé au col de Moissière.

A la Bâtie Neuve, point de restau d’ouvert. Une seule solution, foncer vers Chorges, vu l’heure un peu tardive, il est près de 14h. Entre ces 2 villes, coule le flot des autos sur la route Gap-Briançon. Le temps de côtoiement sera limité vu la pente descendante qui me permet de passer le grand plateau pour arriver à temps au restau.

Salade composée aux queues d’écrevisses, voilà un plat original, de plus copieusement servi et rafraîchissant. Une petite sieste s’impose en attendant que le soleil veuille bien être moins mordant.

Pour rejoindre Embrun j’ai les petites routes dans la montagne au dessus du lac de Serre-Ponçon. J’ai bien précise »petites routes de MONTAGNE ». Les chevrons Michelin m’avaient un peu échappés pour cette montée vers Ste Appolinaire distante de 8 kms sur la carte et très lointaine sous le cagnard de fin d’après-midi. Ici j’ai transpiré, sué, dégouliné, ruisselé, pesté contre l’astre solaire. Un peu çà va, mais trop c’est trop.

Mais cet après-midi est un peu à l’image de cette semaine. Les récompenses sont souvent au rendez-vous après les efforts. Les vues sur le lac me remontent le moral au beau fixe.

Cet après-midi est la dernière du voyage et ces dernières années j’ai souvent terminé la semaine vélo sous la pluie. Je crois que le destin me prépare encore une fois le même coup.

Des nuages d’abord moutonneux et blancs pointent leur nez au-delà des sommets. Le ciel s’obscurcit bientôt, masquant les montagnes dans la direction d’Embrun. Ce ciel menaçant, sombre d’un côté et ensoleillé de l’autre procure une lumière exceptionnelle pour la photo. Ce ciel du dernier jour ne pouvait pas être comme celui des jours précédents. C’est une apothéose, une mise en scène réjouissante.

Après être monté depuis la fin de l’après-midi vers Ste Appolinaire, j’imaginais avoir donné les derniers coups de pédales avant d’entamer la descente sur Embrun. A ma surprise il y a encore quelques raidillons avant de se laisser glisser vers l’arrivée.

Finalement l’orage est passé avant moi sur la région d’Embrun. La route ruisselle et le ciel me gratifie d’un magnifique arc en ciel. Bel accueil !

 

Je n’ai pas de tendinite, pas mal aux fesses. Je n’ai pas cassé une pédale. Je n’ai pas été mordu par une vipère.

Petits miracles de la vie, j’ai déroulé au fil des jours le projet qui me tenait à cœur depuis plusieurs mois.

Un si petit rien aurait pu tout compromettre. Merci le destin.

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