Frontières germaniques  - Août 2011

 

 

J’ai le plaisir de vous présenter ici le récit de mon voyage à vélo entre Autriche, Allemagne, Suisse et France.

- Alain Postic -



 

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Samedi 13 Août 2011 - De Garmisch-Partenkirchen à Reutte   (62 Kms)

0004gare GarmischAprès une semaine de séjour à Gérardmer où j’ai eu l’occasion de sillonner les routes de la région et ce parcours de 140 Kms pour rejoindre la gare de Strasbourg, je suis en pleine forme pour entamer ce périple de Garmisch-Partenkirchen en Allemagne à Gérardmer dans les Vosges.

Le transport en train de Strasbourg à Garmisch en passant par Münich s’est très bien passé pour le cycliste et son vélo.

Pour information, la réservation d’un emplacement pour le vélo est obligatoire en Allemagne sur les grandes lignes, donc entre Strasbourg et Münich, contrairement à ce que vous dit la SNCF qui ne sait pas la fournir. On peut faire la réservation par téléphone à la Deutsche Bahn à Paris qui vous envoie les billets par la poste.

Un demi wagon est réservé aux vélos, les places sont numérotées, mais vu la quantité de vélos à l’arrivée, il semblerait qu’il y ait eu des surréservations.

Je ne m’attarde pas à Garmisch car je ne sais pas bien appréhender le parcours de cette fin d’après-midi. Je crains un peu le relief vers Reutte.

Je descends vers Oberau en empruntant de préférence les pistes cyclables, mais je me retrouve finalement sur une voie à grande circulation.

C’est un peu l’enfer entre Oberau et Ettal : trafic intense, forte chaleur et pente importante. Çà se calme après l’intersection avec la route en direction de la frontière autrichienne. J’avais imaginé ici une petite route de montagne pentue. Finalement çà monte raisonnablement, doucement. Il y a juste quelques lacets à la frontière qu’on passe sans s’en apercevoir. Il n’y a plus ensuite qu’à se laisser aller jusqu’au Plansee, superbe lac de montagne où la tentation de la baignade est forte.

A Reutte-Lechaschau, j’ai réservé à la pension Leuprecht. C’est une halte à recommander, accueil sympathique, le propriétaire parle parfaitement le français, le quartier est calme et on trouve de la restauration à proximité.

 

Dimanche 14 Août – De Reutte à Mellau    (100 Kms)

074Cette journée entre Reutte et Mellau fut tout simplement merveilleuse. La Lechtal, vallée de la rivière Lech pourrait s’appeler vallée des merveilles. De Reutte à Steeg, sur près de 50 Kms, un chemin réservé aux cyclistes longe le torrent, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. On passe et repasse sur le cours d’eau par de pittoresques ponts, souvent en bois. On peut voir, même en ce dimanche des agriculteurs qui s’occupent de leur foin, sur de petites parcelles. On voit beaucoup de petits tracteurs qui retournent l’herbe. Souvent des personnes munies de fourches et râteaux peaufinent le travail. Çà me rappelle des souvenirs d’enfance à la ferme familiale.

De nombreuses granges parsèment ces paysages très verts. J’ai l’appareil photo à portée de mains et suis émerveillé à chaque détour de chemin. Ponts, cours d’eau, maisons fleuries, églises, je ne sais plus où donner ma préférence, je mitraille.

Ce chemin est très fréquenté, aussi bien par des cyclo-sportifs  que par des familles entières. La route est en majeure partie goudronnée. Quelques passages gravillonnés me font craindre pour mes pneus de route, mais çà passe bien partout.

Sur tout ce trajet on a l’impression d’être sur du plat bien qu’on remonte le cours de la Lech. La route zigzaguant entre cours d’eau, villages, route principale, on parcourt des kilomètres supplémentaires par rapport à la route normale. Mais quel luxe, quel plaisir d’avancer dans le calme, à l’abri des voitures et des hordes de motos.

Après Steeg on rejoint cette route principale et la montée en altitude s’amorce. Il fait très chaud, çà monte sérieux sur de longues lignes droites qui ne permettent pas de bien évaluer le pourcentage. Je suis en tout cas sur le 30x28, debout sur les pédales. Une seule tactique en cette configuration : aller le plus lentement possible. Mon truc pour garder le moral est de me dire que j’accompagne un piéton et que je dois l’attendre. Çà me donne le bon rythme, le seul qui me permet d’arriver à bout de l’obstacle. Quelques passages dans des tunnels offrent l’opportunité de refroidir la machine et surtout le machin qui pédale à perdre haleine.

J’arrive enfin à Warth où je mets pied à terre pour une petite halte réparatrice près d’une fontaine apaisante. J’en profite pour prendre quelques vitamines. Du pain de seigle à l’Emmental fera l’affaire. Depuis le départ, ce régime qui consiste à m’alimenter régulièrement, plutôt que de faire un repas important vers midi, me convient bien. Il évite les problèmes de digestion difficile.

Après Warth, il reste encore 5 Kms avant d’atteindre le col. La route est ici plus humaine, plus propice aux cyclistes. C’est une route de col plus classique, moins large, des virages plus marqués. La lumière est belle en cette fin d’après-midi. Maisons fleuries, granges dans des paysages d’un vert éclatant.

Une ligne droite interminable et d’un dénivelé à casser la machine à pousser les 30 kilos de matériel vers le sommet est sans doute là pour décourager  d’éventuels cyclos  qui ne connaîtraient pas le truc qui permet d’aller le plus lentement possible. Je suis finalement surpris en voyant le panneau annonçant les 1679 mètres d’altitude. Je ne pensais pas être monté si haut. Çà explique finalement toutes les misères précédentes.

Arrivé à ce col, le Hochtannbergpass, il ne me reste plus qu’à me laisser porter jusqu’à Mellau distante d’environ 22 Kms.

Mais ici encore les paysages sont époustouflants. Descentes vertigineuses, lacets, ponts. Encore de nombreux prétextes à arrêts photos.

J’arrive vers 18h30. Je prends rapidement une douche à l’hôtel Kaniflush où j’avais réservé, car ici en Autriche on mange tôt le soir. A 19heures les tables sont complètes et à 20 heures je suis pratiquement le seul client encore à table pour terminer un excellent repas : buffet de crudités (j’en avait vraiment envie depuis quelques jours), soupe à l’oignon, poisson grillé en sauce et coupe glacée. Sans oublier bien sûr mon demi d’une bière irrésistible.

Ici encore l’accueil et la chambre sont impeccables. Le patron fait l’effort de parler un peu français.

 

Lundi 15 Août – De Mellau aux environs de Meerburg  (94 Kms)

101Quelques kilomètres après Mellau, je dois choisir entre la route principale vers Bregenz ou, sur la gauche une route secondaire indiquée en vert sur la carte et qui semble plus pittoresque, moins fréquentée que la première. Après quelques kilomètres je comprends que j’ai juste raté l’indication comme quoi cette route à priori sympathique passe par un col à 1148 m.

Donc, je n’ai pas pris la route principale très fréquentée qui semblait descendre tranquillement vers le lac de Constance, mais cette petite route tout de même très fréquentée et qui n’en finit pas de monter. Il n’est que 10 h et il fait déjà très chaud.

Ici j’ai frôlé l’implosion. Le truc du piéton que j’attends ne marche pas bien ce matin. Le piéton est plutôt devant moi et je dois faire quelques arrêts pour reprendre mon souffle. Satanée route verte. çà frôle le masochisme… C’est là que l’on voit l’importance du moral par rapport au physique. Ce col était certes difficile, mais ce qui a surtout fait difficulté, c’est  que je ne l’avais pas prévu, et que je n’ai pas bien su gérer le rythme, trop pressé de passer cette erreur de parcours.

Arrivé au col, j’espérais au moins un beau panorama sur le lac de Constance. Mais non : rien, pas de vue sur la lac, mais sur la ville de Dornbirn et toutes les agglomérations que je vais en plus devoir traverser au lieu d’arriver presque directement  au lac par la route principale. Ce matin, j’ai tout faux.

Un peu après Bregenz je fais la halte pique-nique sur les berges du lac, bien à l’ombre.

Un bain de pieds, une petite sieste, et je repars sur cette piste du tour du lac. Ici les cyclistes sont légion. C’est un défilé incessant de promeneurs. Je préfère franchement les petites routes de montagne. Il faut être très prudent et la vitesse moyenne n’est pas très élevée.

Je passe Lindau que je traverse sans vraiment visiter.

J’ai aujourd’hui juste un aperçu du lac de Constance et des villes traversées, quelques clichés. On est souvent en zone urbaine. D’ici de là, je prends le temps d’une pause avec vue sur le lac pour m’imprégner de l’ambiance. Ce passage est bien sûr trop rapide pour porter une appréciation sur cette région. Je ne suis pas « emballé » mais j’ai le sentiment de passer à côté de trésors cachés qui demanderaient beaucoup plus de temps pour être appréciés.

Friedrichshafen est atteint après quelques kms sur une voie rapide. J’avais perdu la piste cyclable. Ne souhaitant pas prendre le temps de visiter, je passe au hazard des rues.

Je me fixe comme objectif d’atteindre Meersburg d’où l’on peut traverser pour Constance. Mais je me rends compte bientôt qu’il est trop tard pour passer sur l’autre rive ce soir et ensuite parcourir la ville.

Je passe devant quelques campings qui affichent sans surprise complet.

Je fais halte finalement dans une vigne qui a l’avantage d’offrir des allées bien engazonnées. La route est proche et fréquentée, mais çà devrait se calmer la nuit, si je ne suis pas délogé d’ici là. Il est 20h15, je fais chauffer la soupe.

Deux coups de feu pas très éloignés me surprennent en plein repas. Serais-je repéré et poursuivi ? La surprise passée et quelques réflexions, c’était sans doute un système pour éloigner les oiseaux des vignes.

Il n’y aura pas d’autres tirs la nuit, mais le sommeil sera perturbé par le  trafic routier qui ne s’arrête jamais.

 

Mardi 16 Août – de Meersbourg  aux environs de Rheinau (86 Kms)

146La traversée en ferry de Meersburg à Constance est rapide. De Constance, comme des autres villes traversées, je prends au hasard du parcours quelques impressions fugitives.

La ville est séparée de Kreuzlingen par la frontière germano-suisse.

Je longe maintenant le lac en direction de Schaffhausen. La route est plutôt calme et la plupart du temps les cycliste bénéficient de voies séparées. Cette portion du lac m’est plus agréable que celle d’hier, moins urbanisée, moins fréquentée. Ici je ne vois pas de bases de loisirs aménagées avec le flot d’estivants qu’elles attirent..

On est très souvent en vue directe du lac, dans les pâturages, longeant une sympathique petite voie ferrée.

La piste fait de nombreux détours au gré de franchissement de carrefours routiers, de contournement de villages. Le dénivelé surprend parfois. Il faut souvent passer du grand plateau au petit..

Vers 13h je trouve un super coin aménagé pour pique-nique et sieste qui sont les bienvenus car la chaleur devient difficilement supportable.

Je perds la piste du tour du lac vers Eschenz et prends donc la route principale vers Stein Am Rhein et Hemishofen. Je traverse pour la première fois le fleuve et j’ai le bonheur de trouver par hazard « l’Euro vélo 6 » qui est un itinéraire balisé le long de trois des plus grands fleuves européens : la Loire, le Rhin et le Danube. Cette route va de l’atlantique à la Mer Noire

Je prends pour ma part aujourd’hui la direction de l’atlantique, vers Schaffhausen et les célèbres chutes du  Rhin. La route traverse des forêts qui offrent de l’ombre au voyageur. Quel bonheur de sillonner ces pistes aménagées. J’ai parfois l’impression grisante d’être perdu, loin de la civilisation, au cœur de l’Europe.

Le trajet rejoint maintenant le grand fleuve. La baignade est irrésistible par cette grosse chaleur. L’eau est incroyablement bonne et rafraîchissante. J’ai rarement autant apprécié de me délasser dans le courant.

La traversée de Schaffhausen se fait facilement par de belles pistes cyclables. La direction des chutes du Rhin est toujours très bien indiquée.

Le spectacle des chutes est époustouflant. On en prend plein les yeux et les oreilles.

Lorsque le Rhin a son débit moyen, ce sont 750 mètres cubes d'eau par seconde qui franchissent les rochers d'une hauteur de 23 mètres et sur 150 mètres de largeur.

La nature offre ici une attraction inoubliable.

Après m’être régalé de ce spectacle des eaux en furie, je continue ma route Trans-Européenne.

Après Rheinau, la route traverse une forêt tout en longeant le Rhin.

Je découvre vers 18h un petit coin très accueillant au bord du fleuve. Quelques groupes de personnes sont occupés autour de barbecues. D’autres se baignent au milieu du fleuve. Le jeu consiste à se laisser porter par le courant. On en voit passer, sans savoir d’où ils viennent et où ils s’arrêtent. Pour ma part, je me contente du bord du fleuve où on sent déjà un courant important.

Progressivement les groupes de personnes s’en vont à la nuit tombante.

J’installe ma tente en cet endroit idyllique, dans cette petite crique. Comme pour marquer l’évènement, je bénéficie d’un spectacle son et lumière : l’orage gronde et des éclairs zèbrent le ciel. Heureusement il ne fera que passer au loin.

 

Mercredi 17 Août – de Rheinau à Hagenthal (près de Bâle) (98 Kms)

171A 6h30 je prends mon bain dans le Rhin. Merveilleuse sensation de paradis.

Alors que je déjeune, une cavalière vient faire prendre un bain de pieds à son cheval et son chien. C’est un spectacle qui me semble un peu hors du temps. J’imagine cette scène aux siècles passés.

Je continue aujourd’hui la Route du Rhin. Le parcours est super bien fléché. Çà permet de rouler tranquillement sans avoir à consulter fréquemment la carte. Çà évite de nombreux arrêts et surtout de s’égarer. Le parcours longe la frontière avec l’Allemagne du côté suisse.

J’espère retrouver aujourd’hui une zone de baignade par cette journée torride. Malheureusement le Rhin semble de moins en moins abordable au fur et à mesure de la progression.

Je déjeune au restaurant à Bad Zurzach. Pas terrible : « salade verte » en entrée me laisse espérer un minimum de composition, mais non, c’est salade verte et rien d’autre. Ensuite vient une viande de type pot-au-feu avec riz et carotte. La bière est quand même bonne. Ce plaisir me manquait depuis 2 jours où j’ai fait pique-niques et camping sauvage.

Ici on n’accepte pas la carte bancaire en dessous de 30 euros.

Dur,dur de repartir dans la canicule, soleil au zénith.

Un arrêt sieste et digestion s’impose dans un parc ombragé à la sortie de la ville.

Cet après-midi je dois décider de la suite du parcours. J’avais initialement envisagé de passer par Fribourg. Au point où j’en suis, çà me ferait remonter de trop vers le nord.

De plus j’ai bien compris qu’il m’est toujours difficile de m’orienter dans les villes traversées, avec en plus la frustration de visites éclair. Je fais le constat définitif que les découvertes urbaines sont incompatibles avec mon trajet et le temps dont je dispose.

De plus il fait une chaleur de plomb. Le vent apparu soudainement contrarie mon avancée. Les zones traversées sont de plus en plus industrialisées à l’approche de Bâle.

Je prends finalement le train à Laufenburg pour Bâle distante de 45 Kms.

Mon plan est d’y trouver un hébergement.. Je parcours désespérément la ville pour trouver un hôtel, mais rien qui y ressemble.

Bien qu’il soit déjà 19h, je décide, dépité, de quitter Bâle en direction de la France. Je galère encore pour trouver la route pour sortir. Je m’oriente plutôt au soleil couchant qu’aux panneaux indicateurs qui me semblent incompréhensibles.

Le ciel s’obscurcissant, je crains le camping sauvage pour ce soir, mais toujours pas d’hôtel en vue.

Je passe la frontière à Benken/Leyman imaginant avoir plus de chance d’hébergement côté français. A Leyman je passe devant des chambres d’hôte. C’est complet. La propriétaire m’indique un hôtel à Hagenthal à quelques kilomètres, pas très loin, mais çà monte bien dans une belle forêt que je n’ai pas trop le temps d’apprécier, l’urgence étant le toit pour la nuit.

La nuit tombe et je repère, au cas où je n’aurais pas d’autre solution un coin pour planter ma tente.

La chance était ce soir de mon côté. Il est 2Oh30. Il reste une chambre de libre à l’hôtel Jenny. Ouf ! il fait nuit.

Ce soir le panorama ne vaut pas les rives du Rhin, mais j’apprécie quand même le confort d’un gîte 3 étoiles ! Et pour ne pas changer trop brusquement mes habitudes, je réchauffe mon eau pour la soupe au camping-gaz. Le couvert est mis sur la belle nappe. On s’habitue au luxe rapidement.

 

Jeudi 18 Août – De Hagenthal au col du Markstein (101 Kms)

186Je prends le petit déjeuner en compagnie de cadres internationaux en pleines discussions professionnelles en anglais. Je dénote un peu dans cette belle salle à manger, en short parmi les costumes-cravatés. J’ai le sentiment d’être en déplacement professionnel.

Vite, fuyons la civilisation.

J’ai le droit à un tarif spécial « cycliste inattendu du soir » : ce sera 65 euros au lieu de 95.

Hier j’envisageais un itinéraire vers l’ouest en direction de Belfort pour remonter ensuite vers le Ballon d’Alsace. Je préfère finalement aller vers le nord, en direction de Mulhouse pour rallonger le parcours et mieux équilibrer les 2 jours qu’il me reste à rouler. Le Grand Ballon aujourd’hui et le Ballon d’Alsace demain. Le peu de dénivelé de ces derniers jours m’a redonné une envie de cols. Je ne suis pas pressé de renter.

Je rejoins la charmante ville de Sierentz par de petites routes agréables souvent bordées de pommiers très nombreux dans cette région. J’ai eu l’occasion de goûter plusieurs variétés délicieuses au pied des arbres.

Après Sierentz, je rejoins une longue route forestière en forêt de la Harth. Elle me permet de contourner complètement l’agglomération de Mulhouse en roulant paisiblement sur près de 20 Kms.

Cette forêt fut d’après certaines indications le théâtre de combats acharnés lors de la libération de Mulhouse en 1944. Des blockhaus en ruine et des tombes témoignent de la guerre.

C’est émouvant de traverser cette zone aujourd’hui si paisible où des hommes se sont entretués à une période pas si lointaine. .

Le pique-nique se fait dans une clairière aménagée avec tables et bancs : du grand luxe.

La route étant encore longue, se sera un jour sans sieste.

Il est déjà 16h30 quand je refais le plein d’eau à Guebwiller. C’est l’occasion de me désaltérer d’un bon Perrier menthe bien frais avant d’attaquer la montée vers le Markstein.

Proximité de la Suisse oblige, on bénéficie dans les premiers Kms de voies réservées aux vélos. La route qui ne semblait pas vouloir monter se raidit brusquement vers Sengern.

Bien qu’assez exigeante avec des portions à 8 %, la montée est agréable, à l’ombre en cette fin de journée. Il y a très peu de circulation, ce qui m’autorise à adoucir la pente par quelques zigzags dans les parties les plus raides.

 N’ayant pas encore de logement pour ce soir, il est déjà 19h, j’aperçois un panneau indiquant un refuge de randonneurs de Mulhouse. Il est précisé qu’il est ouvert à tous. Çà tombe bien pour moi. Cette montée en fin de journée, après près de 100 kms parcourus peut bien être la dernière de la journée.

Le gîte est occupé par un groupe d’Allemands. Le gestionnaire du centre étant absent, ils sont d’accord pour m’offrir un lit de dortoir. Ils m’invitent à leur repas du soir. Des plats énormes de choucroute garnie sont apportés. Nous sommes moins de 10, il y en aurait largement pour le double. Mes hôtes n’étant pas du genre sportif, la dégustation de vins et de bières semblant occuper une partie de la journée, certains d’entre eux semblent avoir dépasser un seuil au-delà duquel les idées ne sont plus bien claires. Ils sont en tout cas d’une incroyable générosité, offrant bière, vin, plat de fromage à volonté.

La discussion se fait soit en anglais, soit en français qu’ils connaissent un peu en tant que frontaliers. Quelques uns d’entre eux vienne dans ce refuge depuis plusieurs années. A part boire et manger, je n’ai pas bien compris quelles sont leurs activités ici.

Je me couche vers 22h dans le dortoir affecté au gros ronfleur du groupe. Je crois qu’ils se sont couchés vers 6h du matin après une nuit animée. Je n’ai donc subit les ronflements qu’entre 6h et 7h30, heure à laquelle je me suis levé.

 

Vendredi 19 Août – du Markstein à Gérardmer (115 Kms)

gérard3Au sommet du Markstein je vois que j’aurais pu, sans cet accueil sympathique au gîte, planter ma tente par ici.. La solution trouvée m’a sans doute évité la pluie de la nuit, la route étant mouillée ce matin.

Le chemin est bien agréable à la fraîche .La montée vers le Grand Ballon démarre brutalement. C’est plutôt raide, mais de si bonne heure je tiens une forme du tonnerre. En cette heure matinale, des bancs de brouillard garnissent certaines vallées. La plaine d’Alsace se discerne à peine, dans les brumes à contre-jour.

J’avais envisagé de monter ensuite le Ballon d’Alsace en fin de matinée, mais j’étais loin du compte.

Après le Grand Ballon on a le droit à 10 Kms de descente vers la vallée de Thann par Wilier sur Thur.

J’emprunte ensuite la Route Joffre en direction de Massevaux. L’histoire est ici encore bien présente. Cette route fut aménagée par l'Armée française pendant la Première Guerre mondiale, afin d'assurer les communications entre les vallées de la Doller et de la Thur. Elle repris un rôle stratégique en 1944-1945 au moment de l’attaque française de Thann.

La route franchit un col qui m’avait échappé à la lecture de la carte : le col du Hundsrück à 748 m. C’est certes une bien agréable montée dans la forêt, mais çà perturbe mon planning horaire.

Qu’à cela ne tienne, on arrivera quand on pourra.

Vu qu’il est déjà près de 13h, il me faut prendre quelques forces avant d’attaquer les choses sérieuses. Des pâtes au poulet lyophilisés feront bien l’affaire.

La nuit précédente ayant été courte et perturbée, une sieste de récupération s’impose, le corps et l’esprit la réclament. Le ciel se couvrant, le risque d’ascension sous le soleil s’éloigne. Je repars  donc sans trop attendre.

Ici encore, le changement de déclivité est brutal. J’admire au passage les lacs de Sewen et d’Alfeld, ce dernier d’un beau bleu turquoise.

Les premières gouttes tombent, mais c’est pour l’instant juste un petit rafraîchissement.

Je monte assez bien, ayant trouvé le bon rythme. La température clémente est mon alliée.

Arrivé au bout de l’ascension (en fait il reste encore 4 kms avant le col), l’orage éclate. Tonnerre, trombes d’eau, je n’ai pas transporté mes vêtements de pluie pour rien. J’ai juste le temps de me mettre à l’abri d’un arbre, que déjà je dégouline. La poursuite vers le col se fait dans le brouillard et la pluie. Des bourrasques de vent rendent difficiles les derniers hectomètres. L’avantage de ce type de temps en haut d’un col, il faut toujours en trouver, est d’offrir des occasions de photos sortant de l’ordinaire. Le problème est de sortir l’appareil sans trop l’exposer, ainsi que la sacoche du vélo à l’humidité.

Dans la descente j’ai une grosse frayeur avec le câble du frein arrière qui lâche. J’arrive à m’arrêter progressivement avec le frein avant. Heureusement que j’ai eu suffisamment de longueur. J’ai quand même frôlé l’accident. Çà refroidit l’enthousiasme, tout comme l’eau dans les chaussures et le corps trempé, aussi bien de l’extérieur que de l’intérieur avec la transpiration.

La route entre St Maurice et Le Thillot sous la pluie est un cauchemar de cycliste, vu la circulation automobile.

Le col du Ménil ne pose pas de problème. Il est vite passé. Après Cornimont je suis à nouveau sous les trombes d’eau. Si je compte arriver à Gérardmer à une heure raisonnable, il n’est plus question de me mettre à l’abri en attendant une accalmie. Mouillé pour mouillé, les chaussures étant déjà saturées d’eau, j’avance, ce qui a aussi l’avantage de ne pas prendre froid.

Après La Bresse c’est l’apothéose : tonnerre, éclairs, déluge. Le ciel peut bien me tomber sur la tête. J’ai la tranquille assurance d’arriver bientôt au terme de cette belle semaine.

Il faut encore compter avec le col de Grosse Pierre à 950m. Il semble bien long quand la nuit tombe et qu’on est trempé jusqu’aux os. Heureusement que la garantie d’atteindre l’objectif décuple les forces.

J’arrive à Gérardmer vers 20h30, fatigué, mais pas dans le rouge et surtout heureux d’avoir accompli ce périple de 650 Kms en pleine forme entre Autriche, Allemagne, Suisse et France.